Autodidactes, comment sont-ils perçus en entreprise ?

  • Amelle ZaïdAmelle Zaïd
  • Publié il y a 8 mois
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Autodidactes, comment sont-ils perçus en entreprise ?

  • Amelle ZaïdAmelle Zaïd
  • Publié il y a 8 mois

Dans un monde du travail qui bouge et qui évolue à vitesse grand V, le diplôme n'est plus le graal et le profil d'autodidacte est de plus en plus reconnu et adapté au monde de l'entreprise. Ce touche à tout, passionné semble détenir toutes les qualités dont les entreprises ont besoin notamment la curiosité, la ténacité, l’inventivité et l’engagement. 

Mais comment sont perçus les autodidactes dans le milieu du travail ? Se sentent-ils illégitimes lorsqu’ils briguent un poste de cadre face à un autre candidat diplômé ? Comment se vendre lors d’un entretien et réussir sa carrière lorsque l’on s’est formé seul ?

Un profil adapté au monde d'aujourd'hui

Un profil hors-norme dans un monde du travail en pleine mutation

Réaliser la même tâche pendant vingt ans et se cramponner au même poste dans la même société toute sa vie semble appartenir à un autre temps. Avec la mondialisation, l’omniprésence de la sphère numérique et l’accélération concurrentielle, le schéma classique qui consiste à apprendre un métier à l’école et intégrer ensuite une entreprise pour y travailler et mettre à profit ce que l’on a appris semble de plus en plus désuet. C’est dans ce contexte mouvant et instable que l’autodidacte peut trouver une place de choix. Avec son profil débrouillard, sa passion pour la nouveauté et son insatiable goût d’apprendre, il paraît être totalement en adéquation avec le contexte actuel. « On vit dans un monde où il est important de faire preuve de souplesse et d’adaptabilité. Les autodidactes qui sont non-formatés sont parfaits pour ce changement structurel. » affirme Alexis Teplitchi, co-fondateur de AssessFirst, le leader du recrutement prédictif basé sur l’analyse du potentiel.

« On vit dans un monde où il est important de faire preuve de souplesse et d’adaptabilité. » Alexis Teplitchi, co-fondateur de AssessFirst

L'autodidacte pense « out of the box »

De plus, l’autodidacte sait généralement faire preuve d’ouverture d’esprit et n’hésite pas à proposer des solutions différentes. Il saura s’épanouir et atteindre son plein potentiel dans les domaines qui touchent à l’innovation. Non-bridé par l’enseignement, la créativité reste sa force. « Les autodidactes ont cette capacité à réfléchir autrement. Ils ne sont pas formatés, ce qui en fait des candidats parfaits si on souhaite injecter de l’innovation dans son entreprise. L’autodidacte sait se créer des ouvertures intéressantes parce qu’il ne manque pas de culot. Il ose et passe des paliers de cette façon. » nous explique Stéphane Martin, Directeur de l'agence Twinin.

« Les autodidactes ont cette capacité à réfléchir autrement. Ils ne sont pas formatés, ce qui en fait des candidats parfaits » Stéphane Martin, directeur agence Twinin

L'autodidacte est passionné et curieux

Mais ce qui caractérise avant tout l’autodidacte, c’est la passion qui l’anime et la volonté d’apprendre coûte que coûte. Voici pour illustrer cette idée le témoignage de Julien Demond, Directeur technique et créatif chez Welcome to the jungle. « Quand j’ai obtenu la première version crackée de Final Cut au début des années 2000, je passais des soirées et des nuits entières à l’explorer. C’était devenu obsessionnel, je voulais tout maitriser, tout comprendre. » Grâce à sa curiosité et à son acharnement, le jeune homme à su se former seul et créer sa chance : « Peu de temps après, le timing a joué en ma faveur car une de mes cousines, qui était directrice de production pour l’agence Capa, m’explique qu’ils viennent d’entièrement équiper l’agence du logiciel Final Cut mais qu’ils ne trouvent pas de monteur compétent et disponible. Rapidement, elle me fait passer un essai, me prend en stage et quelques mois plus tard je deviens le chef monteur de l’agence. »

« Je n’ai pas le bac, j’ai arrêté l’école assez tôt parce que je trouvais le système scolaire inadapté et trop abstrait. Je savais déjà ce que je voulais faire » Julien Demond, autodidacte et Directeur technique et créatif chez Welcome to the Jungle

L'autodidacte a un esprit volontaire et pragmatique, adapté au monde de l'entreprise

L’autodidacte présente d’incroyables particularités. Bien souvent, il est un passionné, et en cultivant sa motivation personnelle, il a la capacité de devenir un vrai pro, voire même un leader dans son domaine. Les exemples de réussite d’autodidactes sont nombreux. De Thomas Edison à Steve Jobs en passant par Xavier Niel ou Alain Afflelou, les entrepreneurs et génies créatifs sont nombreux à avoir réussi sans avoir appris grâce à un cursus balisé, scolaire et universitaire. Parce qu’il est vrai que le système scolaire peut paraître totalement inadapté à leur profil. « Je n’ai pas le bac, j’ai arrêté l’école assez tôt parce que je trouvais le système scolaire inadapté et trop abstrait. Je voulais apprendre des choses concrètes parce que je savais déjà ce que je voulais faire, quels domaines m’intéressaient. » révèle Julien.

Sans passer par la case école, fac et diplômes, les autodidactes ont largement compensé leur désavantage apparent par une curiosité insatiable, une énorme somme de travail, et une créativité débordante.

Leur légitimité en entreprise ou le « syndrome de l’autodidacte »

La valeur du diplôme en France

« Et tu as fait quelles études pour obtenir ce poste ? » c’est certainement la question la plus déconcertante pour un autodidacte. S’il y répond avec humour et détachement, il passera pour un chanceux opportuniste ou alors pour un escroc qui fait très bien semblant. Très rares sont ceux qui se diront que s’il a ce poste c’est seulement parce qu’il a les compétences pour.

Il faut bien l’avouer, le plus gros souci de l’autodidacte réside dans ce manque de légitimité. Bien souvent s’il ne le ressent pas, ses collègues le lui feront ressentir. Ne nous mentons pas, même si l’autodidacte a d’incroyables atouts, le diplôme prime toujours plus que les compétences en France, et le parcours scolaire ou universitaire reste encore aujourd’hui le garant de la légitimité du poste que l’on occupe.

Remise en question chronique et syndrome de l'imposteur

« Parfois l’autodidacte voudra trop en faire pour asseoir sa légitimité, tous les moyens seront bons pour exister au sein de l’entreprise quitte à agacer. » Stéphane Martin, Directeur de l'agence Twinin

D’ailleurs, bien souvent les autodidactes se perçoivent comme des trompeurs qui abusent leurs collègues, leurs amis et leurs supérieurs. Ces personnes vivent dans le doute et pensent qu’un jour elles seront démasquées et que quelqu’un verra la preuve de leur incapacité. « J’ai toujours l’impression qu’un matin un mec de la sécurité viendra me chercher en pleine réunion de rédaction pour reprendre mon badge et me conduire vers la sortie. Je me dis que je suis une arnaque et qu’un jour mes collègues se rendront bien compte que je n’ai rien à faire là ! » explique Florence une styliste devenue journaliste pour la presse féminine.

Ce syndrome empêche les personnes qui en sont victimes de développer pleinement leur potentiel, puisqu’elles se remettent constamment en question. « Parfois l’autodidacte voudra trop en faire pour asseoir sa légitimité, tous les moyens seront bons pour exister au sein de l’entreprise quitte à agacer. » annonce Stéphane Martin, directeur d’une agence de publicité. Il est vrai que pour contrebalancer son manque de connaissances scolaires et de méthodologie, l’autodidacte peut avoir tendance à vouloir exister à tout prix par d’autres moyens. Et oui, l’autodidacte en entreprise peut parfois filer des complexes, « C’est vrai quoi ? C’est qui ce mec sorti de nulle part qui veut le même poste que moi ? » Mais il peut aussi perdre pieds dans un univers codifié où il improvise sans cesse.

Les difficultés rencontrées par les autodidactes dans le monde de l’entreprise

Des secteurs bouchés

Il est important de préciser que certains secteurs restent fermés aux autodidactes. En effet, dans certains domaines, les cadres sont tout simplement bloqués par un système d’entreprise qui ne laisse aucune liberté. Il est normal dans ces conditions de retrouver peu, voir pas du tout, d’autodidactes dans des secteurs comme l’administration ou la banque par exemple. Autre difficulté révélatrice de leur manque de considération, les autodidactes peuvent ramer plus longtemps avant d’obtenir un CDI. « Dans les grands groupes, l’autodidacte mettra beaucoup plus de temps à obtenir un CDI, et son évolution vers des postes à responsabilités sera ralentie. » affirme avec franchise Stéphane Martin, à la tête de l’agence Twinin, expliquant que « Parfois, l’autodidacte aura une très bonne idée, inventive et originale mais n’aura pas la méthodologie et les outils nécessaires pour la mettre en œuvre. Ça crée alors un plafond de verre et son avancée est compromise. »

« Même si en entretien certains candidats autodidactes nous étonnent, on aura plutôt tendance à valider la présence de quelqu’un avec un parcours classique, qui rassure », un recruteur

Une mobilité limitée

Autre point négatif, il est très compliqué pour un autodidacte de changer de job puisque son CV sera moins facilement retenu pour un entretien, le diplôme représentant souvent pour les cabinets de recrutement et les directions des ressources humaines une sorte de filet de sécurité. Si, de plus, il a passé un certain âge, autant dire que la situation risque rapidement de devenir préoccupante pour lui. « Même si en entretien certains candidats autodidactes nous étonnent, on aura plutôt tendance à valider la présence de quelqu’un avec un parcours classique, qui rassure. » déclare un recruteur sans prendre de pincettes.

Malgré tout, voici la liste (non-exhaustive) des métiers qui embauchent le plus d’autodidactes :

Dans l’univers du digital

Community manager, chef de projet, e-consultant, modérateur, content manager… Voici autant de postes ouverts aux autodidactes. En réalité, dans le monde du web, on trouve de nombreuses possibilités de métiers pour des jeunes non diplômés très doués et qui acquièrent rapidement les connaissances nécessaires en matière de marketing et de commerce en ligne. On remarque, en regardant les annonces des start-up, que le marché est de plus en plus ouvert aux profils d’autodidactes. On privilégie dans certains milieux la personnalité aux diplômes. « On préfère recruter des gens qui n’ont pas les diplômes mais qui sont passionnés. On se chargera de les former et de les faire monter en compétence. » déclare Alexis Teplitchi, co-fondateur de AssessFirst.

« On préfère recruter des gens qui n’ont pas les diplômes mais qui sont passionnés. On se chargera de les former et de les faire monter en compétence. » Alexis Teplitchi, co-fondateur de AssessFirst

Les métiers dans le domaine de la logistique et du commerce

Le secteur du e-commerce est en pleine expansion. Même si des diplômes sont souvent exigés, les recruteurs apprécient aussi les candidats sans diplôme qui ont déjà fait leurs preuves, qui ont déjà lancé un business en ligne et gérer des stocks de marchandise.

Dans les réseaux de franchise et la vente directe

De nos jours, le monde de la franchise, du commerce organisé et de la vente directe offrent de nombreux postes ouverts aux autodidactes motivés et réactifs. Les réseaux recherchent des managers, des cadres, des commerciaux, des animateurs de réseaux qu’ils n’hésitent pas à former quand ils sont sans diplômes.

5 conseils pour bien se « vendre » lorsqu’on est autodidacte :

  • Évoquez avec précision vos compétences et comment vous les avez acquises,
  • Ne pas hésitez à venir en entretien avec vos projets, votre book, ou une clé USB,
  • Échangez à propos de vos obsessions, vos passions, vos envies, après tout si vous avez un entretien c’est aussi parce que votre profil intéresse le recruteur,
  • Restez vous même, n’essayer pas de rentrer dans un moule qui ne vous ressemble pas,
  • Surtout, ne vous sous-estimez pas ! 

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