Axelle Tessandier : de la Silicon Valley à l'entrepreneuriat engagé

  • GabrielleGabrielle
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Axelle Tessandier : de la Silicon Valley à l'entrepreneuriat engagé

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À seulement 37 ans, Axelle Tessandier a déjà brillé dans le microcosme de la Silicon Valley, créé sa propre agence de communication digitale AXL Agency, marché aux côtés d’Emmanuel Macron et fondé WondHer, « une communauté bienveillante qui veut bouger les lignes avec les femmes ». Elle est entrepreneure, auteure, communicante, yogi, passionnée, engagée et curieuse, mais surtout débordante d’énergie. On la rejoint dans les locaux de Golden à Paris, son lieu de travail où elle déambule sans bureau fixe. Tout, pour elle, est espace de création.

Avant de rentrer dans le détail de ton parcours, peux-tu nous raconter d’où tu viens ? Quelle enfant étais-tu ?

Enfant j’étais assez intello, bonne élève, avec le syndrome qui va avec, celui d’un parcours très carré, scolaire… J’ai grandi à Paris dans un milieu privilégié, mais avec une enfance tout de même assez difficile d’un point de vue personnel. J’ai vite compris que la vie est plus compliquée que "la case dans laquelle on te range". D’où mon obsession de ne jamais "ranger les gens dans des cases". Quand on distribue des masques aux gens, on les limite. Derrière mon masque de bonne élève, j’étais en fait très rêveuse, hyper sensible, assez angoissée et curieuse. Je m’évadais par la lecture. J’ai grandi dans une maison de femmes auprès de mes sœurs et ma mère. J’ai toujours vu ma mère bosser, être indépendante et se relever.

Qu’est-ce qui t’a conduit à San Francisco et dans la Silicon Valley ?

J’ai fait un Erasmus en Angleterre, mais de retour en France c’était la grosse galère : je me suis faite virer de mon premier job, j'ai enchaîné les CDD, je ne trouvais pas ma voie. J'ai perdu un peu confiance, moi qui étais née du "bon côté de la barrière". Et puis un jour, j’ai répondu à une annonce sur Twitter pour rejoindre le programme Palomar 5 à Berlin. Un groupe de 30 jeunes, de tous profils et nationalités, chargé de réfléchir pendant sept semaines au futur du travail et de la génération Y. J’ai été sélectionnée et ça a changé ma vie, je me suis révélée. Après Berlin, ils m’ont envoyée à San Francisco. C’était un pari, je n’avais rien à perdre et j’ai suivi mon intuition. À San Francisco, j’étais loin de ma famille, de la pression sociale. J’étais plus libre. Il a fallu que je parte loin pour me récupérer. J’ai compris que tout ce que je cachais, ce dont j’avais honte, constituaient en fait mes forces. J’étais partie pour trois mois, je suis restée cinq ans.

À San Francisco, j’étais loin de ma famille, de la pression sociale. J’étais plus libre. Il a fallu que je parte loin pour me récupérer. J’ai compris que tout ce que je cachais, ce dont j’avais honte, constituaient en fait mes forces.

Comment s’est construit ton parcours digital dans la Silicon Valley ?

J’ai d’abord proposé aux pure players, dont The next Web et My Little Paris, d’être leurs yeux et leurs oreilles dans la Silicon Valley. J’étais vraiment "Oui-oui au pays des start-up". Yoga, rythme de vie végétarien, histoire d’amour avec un norvégien chez Apple... Je me suis vite sentie à la maison, à ma place. La maison, pour moi, c’est l’endroit où tu peux être toi-même. J’étais ultra déterminée à ce que ma vie se passe de ce côté de l’Atlantique. Je n’ai rien lâché jusqu’à l’obtention de mon visa.

Rapidement, j’ai été repérée par la plateforme Scoop it qui m’a demandé de monter le projet à San Francisco. Mais au bout d’un moment, j’ai senti le besoin de créer mon propre projet, d’être (encore) plus libre. D’ailleurs depuis je ne suis jamais restée plus d’un an dans une boîte. J’ai filé ma dem’ et, après un grand moment de doute, je suis allée à la mairie déposer les statuts d’AXL Agency. Je ne savais même pas encore ce que j’allais mettre derrière ce nom. 

Quel était le projet ? 

Axlagency c’est un mix de ma soif de liberté, mon profil engagé et mon parcours digital. Avec mon parcours dans la Silicon Valley, j’ai facilement trouvé des clients, mais ce qui a vraiment changé la donne, c’est que Kickstarter vienne me trouver pour lancer leur projet en France. Je suis donc rentrée et, cette fois, je me suis sentie à ma place. 

Axelle Tessandier


De Paris à San Francisco, comment as-tu découvert qui tu es ?

Depuis San Francisco, quotidiennement, j’écrivais, je pratiquais le yoga et la méditation. Pour moi, ce ne sont pas des outils mais de véritables ressources. Tous ces moments seule me sont nécessaires. Je crois que si tu ne te connais pas, tu passes ta vie à projeter sur les autres des choses que tu n’as pas réglées. C’est un luxe de s’explorer et d’être dans la connaissance de soi, mais je pense que c’est essentiel. Parce que si tu passes à côté de toi, tu mets des années à te récupérer.

Je crois que si tu ne te connais pas, tu passes ta vie à projeter sur les autres des choses que tu n’as pas réglées.

Est-ce la clé d'un switch réussi ? 

Un switch ça ne se fait pas sans dégâts autour de soi. Ne plus se mentir et s’affirmer pour ce qu’on est, c’est vital, mais c’est très violent. C’est une petite voix que l’on entend en soi et qui ne nous quitte jamais. Soit tu décides de l’écouter, soit tu la nies et au fur et à mesure des années ça peut devenir difficile à vivre. Je pense qu’il faut se faire confiance, s’écouter et cultiver sa singularité. Tout ce que tu détestes chez toi, c’est probablement ce que tu devrais mettre en lumière pour te révéler.

Qu’est-ce qu’un entrepreneur pour toi ?

J’ai une haute exigence de ce que doit incarner l’entrepreneur. Je le vois comme un artiste qui me propose une vision différente du monde. Il est donc visionnaire, il doit penser la société pour l’améliorer.

Or, en France, l’entrepreneur c’est encore le mec blanc, parisien, de 30 ans, qui a fait une grande école. La nouvelle économie reproduit les inégalités de l’ancienne. Alors que pour moi l’entrepreneur c’est celui qui a le droit de rêver, qui a un peu la rage. Or, on n’est pas égaux face au rêve en France. On se prive de talents, parce que le talent c’est celui qui est valorisé par un diplôme. J’ai quitté la France pour San Francisco en pensant que je n’avais aucun talent parce je ne rentrais dans aucune case... Il faut être "normal", rester entre soi, ne pas sortir des rails, pour réussir. Je pense qu'ici on a un peu un problème avec la définition du talent, on nie la singularité des gens.

J’ai une haute exigence de ce que doit incarner l’entrepreneur. Je le vois comme un artiste qui me propose une vision différente du monde.

Quels ont été tes mentors, tes sources d’inspirations ?

Les mentors pour moi sont des artistes. J’aime tous les gens qui ont fait de leur singularité leur force et qui ont transformé des doutes, des angoisses, des peurs en créations. C’est comme ça que tu crées des cœur-à-cœur, que tu touches des gens. Plus une histoire est personnelle, plus elle est universelle et authentique. David Bowie et Stanley Kubrick m’inspirent donc plus qu’Elon Musk. Johnny Hallyday, lorsqu’il est mort, a mobilisé plus de personnes que ne le fera jamais un homme politique. Outre les artistes, je suis aussi sensible aux entrepreneurs tels que Guillaume Gibault, Sébastien Kopp, Thomas Huriez ou encore Charlotte Husson qui mettent beaucoup de sens dans leur projet.

J’aime tous les gens qui ont fait de leurs singularités leurs forces et qui ont transformé des doutes, des angoisses, des peurs en créations.

Tu étais plongée dans le monde start-up. Qu’est-ce qui t’a menée à la politique ?

Le fil rouge de ma vie c’est l’engagement et la liberté. Il se trouve qu’à un moment de ma vie l’engagement s’est manifesté dans la politique. Je suis allée à la marche parisienne suite aux attentats en 2015. J’ai été énormément marquée par ça. Je voyais Trump, le Brexit, le FN à 33% aux régionales, et là je me suis dit : « Je ne vais pas regarder ça depuis la ligne de l’arbitre, c’est sûr. »

Alors quand Les Jeunes avec Macron sont venus me chercher quelques mois plus tard, j’y ai vu un signe. J’ai vu la campagne comme un projet entrepreneurial. On était quatre dans un garage tout pourri, personne n’y croyait… Il y avait un défi et tout à créer. Je retrouvais l’adrénaline que j’avais connu dans la Silicon Valley, sauf que là il y avait des enjeux monstrueux. L’engagement pour moi ce n’est pas dans un parti politique, l’engagement a lieu tous les jours, dans ton quotidien. Ma vision du monde se manifeste dans tous mes faits et gestes. Pour autant, je n’avais pas envie de devenir une femme politique, d’entrer au gouvernement. Lorsque j’ai été convoquée par Édouard Philippe à Matignon, mes tripes m’ont dit que je devais rester libre et idéaliste. J’ai refusé le poste et j’ai écrit mon livre : Une marcheuse en campagne.

Quand Les Jeunes avec Macron sont venus me chercher, j’y ai vu un signe. J’ai vu la campagne comme un projet entrepreneurial, on était quatre dans un garage tout pourri, personne n’y croyait… Il y avait un défi et tout à créer.


Peux-tu nous parler du syndrome de l’imposteur que tu évoques dans ton livre ?

Le syndrome de l’imposteur c’est de croire que tout ce qui t’arrive est toujours un coup de bol, que tu ne le mérites pas et que les gens vont finir par s’en rendre compte. J’en ai beaucoup souffert. Plus tu as des promotions, plus tu penses que tu fraudes. C’est un cercle vicieux complètement infernal. Quand je sors mon livre, j’ai peur, quand je suis sur un plateau TV, j’ai peur. Pour lutter contre ça, je ne connais aucune autre solution que d’en parler et de se rappeler que c’est juste un syndrome.

Pourquoi les femmes sont-elles particulièrement sujettes à ce syndrome ?

Je pense que c’est culturel et social. Il y a une différence de confiance en soi entre les hommes et les femmes qui est liée à notre société plus latine et patriarcale. C’est important d’en parler, de s’entraider notamment par la sororité. Mais, ce syndrome n’empêche pas de faire les choses, tant que la peur ne nous bloque pas, on peut avancer.

Il y a une différence de confiance en soi entre les hommes et les femmes qui est liée à notre société plus latine et patriarcale. C’est important d’en parler, de s’entraider notamment par la sororité.

Aujourd’hui tu as lancé WondHer, un média qui donne la parole aux femmes. Quelle est ta vision de la femme dans le monde du travail ? Quels sont les enjeux actuels et à venir ?

Lorsque j’ai écrit mon livre Une marcheuse en campagne, j’ai eu beaucoup de témoignages de femmes, notamment sur le syndrome de l’imposteur. J’étais féministe de par mon parcours, mais pas dans mon discours. WondHer s’est présenté comme un nouvel engagement pour moi. Aujourd’hui, je veux donner la parole aux femmes, leur donner de la force. Je vois vraiment WondHer comme une communauté bienveillante, un ami qui te tape sur l’épaule les mauvais jours. Avec l’écologie, l’inclusion c’est l’enjeu des enjeux. Je ne suis pas du tout étonnée d’ailleurs que le courant éco-féministe soit très puissant. Je pense qu’il y a une transformation très forts qui s’est opérée avec #MeToo mais qui existait déjà avant. L’entrepreneuriat a une responsabilité là-dessus, il faut mettre en avant les role models.

Aujourd’hui, je veux donner la parole aux femmes, leur donner de la force. Je vois vraiment WondHer comme une communauté bienveillante, un ami qui te tape sur l’épaule les mauvais jours.

Quel conseil donnerais-tu à celui ou celle qui veut se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

La peur ne partira jamais, ça ne sert à rien d’attendre d’avoir confiance. Il ne faut jamais penser à la montagne que l’on doit gravir, mais penser aux petits pas. Le plus dur, c’est le premier pas. J’ai la certitude que ne pas oser fait bien plus souffrir que de se planter. La vraie souffrance, c’est de s’empêcher et de devenir un fugitif de sa propre existence. Les meilleures expériences de ma vie sont précisément quand je suis passée de l’autre côté de la rivière et que j’ai pris des risques. Pour s’aider à passer de l’un à l’autre il faut s’entourer de gens qui vont te donner de la force. Parfois c’est un livre, une chanson, mais il faut trouver ce qui te fait du bien et te donne du courage dans ces moments de doutes.

La peur ne partira jamais, ça ne sert à rien d’attendre d’avoir confiance (...) J’ai la certitude que ne pas oser fait bien plus souffrir que de se planter.
Axelle Tessandier et son équipe - Paris 

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