Si Londres devrait rester la principale place financière européenne après le Brexit, les cartes sont-elles rebattues pour ceux qui souhaitent faire carrière en finance ? La traversée de la Manche est-elle toujours le premier réflexe ou faut-il viser une autre métropole européenne pour un début de carrière ?

Dans désormais moins d’un an - le 29 mars 2019 - le Royaume-Uni quittera définitivement l’Union européenne (UE). Le Brexit fait peser des incertitudes sur de nombreux secteurs de l’économie britannique mais la finance y tient une place importante.

Brexit : tremblements nerveux dans la City

Si les négociations en vue de définir une nouvelle relation entre Londres et l’UE échouent, la City pourrait ne plus disposer du passeport financier lui permettant d’opérer sur les marchés du continent.

Suppressions de postes par dizaines de milliers, établissements financiers qui délocalisent à Paris ou dans d’autres places importantes de l’Union… Les annonces se multiplient depuis que le Royaume-Uni a voté en faveur du Brexit, qui laissent croire à un cataclysme pour la finance britannique. Si on peut les relativiser - 10 000 emplois perdus correspondent à seulement 1% du secteur au Royaume-Uni, la sortie du pays de l’UE pourrait amener d’autres problèmes aux professionnels de la finance, nombreux à affluer à Londres. Il ne faut par exemple pas négliger la difficulté accrue à obtenir les papiers nécessaires pour s’établir Outre-Manche.

Pour les jeunes professionnels, qu’ils rêvent d’une première expérience à Londres ou aient déjà travaillé quelques années et cherchent à se diversifier à l’international, la question est claire : faut-il toujours mettre les voiles pour la place londonienne, ou faut-il suivre le mouvement vers d’autres métropoles européennes ? Et dans ce cas, quelle ville cibler ?

Londres toujours dans la partie

Une contre-attaque vient pourtant du secteur financier lui-même, qui laisse entendre que ce serait une erreur de bouder Londres. Le think tank britannique Z/Yen, qui publie depuis une dizaine d’années un classement des places financières mondiales, montre ainsi une City toujours en grande forme.

Dans sa 23ème édition du Global Financial Centers Index, Z/Yen souligne que Londres reste en tête des places mondiales, devant New-York et Hong Kong, malgré un écart de plus en plus réduit entre les trois capitales globales de la finance. C’est même la seule ville européenne à faire partie du top 15 de ce même classement. Zurich arrive à la 16ème position et la première place de l’Union européenne, Francfort, est 20ème.

Même son de cloche chez Bloomberg, qui note que les annonces d’apocalypse pour la City londonienne relèvent surtout du fantasme. Pour le journal économique, même si le lien avec l’Union européenne est distendu, Londres attire aussi les élites russes, indiennes ou saoudiennes. Enfin, Bloomberg note que les estimations d’emplois perdus dans la finance suite au Brexit varient entre 4 000 et 23 000. « En d’autres termes, personne n’a aucune idée de l’ampleur du phénomène. »


Francfort, Luxembourg ou Paris sur les rangs

Cela dit, le classement, qui fait autorité pour mesurer la compétitivité des places financières mondiales, n’est pas pour autant le meilleur indicateur des opportunités de carrière.

Parmi les huit villes candidates pour accueillir l’Autorité bancaire européenne (EBA), en partance de Londres pour cause de Brexit, Paris l’a emporté. Mais chacune de ces villes présentait de solides atouts. Une première piste pour jeune diplômé ou pour un professionnel qui envisage de donner un nouveau souffle à sa carrière ? Paris, Bruxelles, Luxembourg, Francfort, Varsovie, Vienne, Prague et Dublin ont-elles de quoi séduire ?

Elles ont évidemment toutes l’intérêt de se situer dans l’UE, ce qui facilitera nettement les démarches pour s’installer. On peut également prendre l’hypothèse que la barrière de la langue n’est pas vraiment un souci pour travailler dans la finance, où l’anglais est la règle. Par contre, pour la vie sur place, il sera toujours plus simple de choisir un pays francophone ou anglophone. Sauf à saisir l’opportunité d’apprendre une nouvelle langue. Paris, Bruxelles, Luxembourg, Dublin, donc ?

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Le cadre de vie, un élément majeur dans le choix d’une destination

Peut-être ne faut-il pas s’arrêter, après tout, à la seule présence de l’EBA. Si l’autorité financière devrait aider à dynamiser la première place financière française, cela ne signifie en rien qu’en-dehors de Paris, point de salut. Surtout si vous rêvez d’une expérience à l’international...

Comment faire ? Et si on recoupait ce premier listing avec un autre, a priori hors sujet : celui des pays ou des villes où il fait bon vivre et travailler ? C’est le but de l’Human Capital Index (WEF). La version de la carte interactive date un peu mais le WEF continue de publier ses conclusions chaque année dans un rapport plus large, le Global Human Capital Report. Les chiffres sont parlants : Suisse, Finlande, Pays-Bas, Suède, Allemagne, Norvège, Royaume-Uni, Danemark (en excluant les pays non-européens). Ces pays sont ceux où les conditions sont les meilleures pour les travailleurs, selon le WEF.

En croisant les données des villes les plus compétitives sur le secteur financier et celles où il fait bon travailler, la Suisse, les Pays-Bas et la Scandinavie font donc figure d’excellents candidats. Zurich et Genève sont bien classées parmi les places financières mondiales (respectivement 16ème et 26ème). Amsterdam, Oslo ou Copenhague sont toutes dans le milieu du classement.

Et donc, où débuter ou poursuivre sa carrière en finance ?

On l’a vu, beaucoup de villes de toutes configurations sont prêtes à accueillir de jeunes professionnels de la finance en quête d’une expérience internationale. La qualité de vie est comparable dans plusieurs de ces villes à condition d’en avoir les moyens - mais c’était déjà le problème de Londres, n’est-ce pas ? Voici notre top 5 :

La plus Safe : Paris. À réserver à ceux qui mettent l’expérience internationale sur un second plan. Avantages : Paris est au cœur d’une région très dynamique, elle offre un très large panel de secteurs possibles, on y trouve une place financière très sérieuse.

La plus Bankable : Francfort. Elle recycle déjà la plupart des banques en quête de relocalisation post-Brexit. Avantages : une place financière de classe mondiale, un cadre de vie de qualité et des possibilités de valorisation très fortes pour votre carrière.

La plus “I wanted London but… : Dublin. On y parle anglais avec un bel accent. Avantages : Dublin est une ville chaleureuse, sa place financière est dynamique et l’Irlande est le siège européen de nombreuses entreprises internationales.

La plus Scandinave : Stockholm. C’est celle qu’on met parce qu’on l’a visitée mais on aurait pu la remplacer par Oslo, Helsinki ou Copenhague. Les capitales scandinaves sont extrêmement dynamiques, même si plus modestes, et elles bénéficient d’un bel environnement, d’un cadre de vie assez doux et d’un système social de qualité.

La plus No Future : Londres, bien sûr. Les rumeurs liées au Brexit, vous vous en fichez. Vous le savez, Londres restera pendant longtemps dans le Top 5 mondial de la finance. Avantages : avec le Brexit, les autres débouchés vont peut-être s’intensifier. Et qui sait, la City pourrait trouver un moyen de contourner les effets du Brexit ? Sans le “passeport” qui permet aux sociétés financières de l’UE de vendre leurs services partout dans l’Union, les banques pourraient filialiser sur le continent pour continuer leur travail… en attendant d’obtenir une “équivalence réglementaire” qui leur permettrait d’opérer comme avant ?

Bonus : les autres. Bruxelles, Luxembourg, Genève, Zurich, Amsterdam, Madrid et Rome disposent toutes de places financières de qualité. N’oubliez pas de laisser une petite place à vos envies.


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Photo by Dylan Nolte

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