Depuis 30 ans, la conférence américaine TED rassemble des esprits brillants dans leur domaine pour partager leurs idées avec le monde. TEDxParis, fondé en avril 2009 par Michel Lévy-Provençal et organisé par l'agence Brightness, propose cette année de « ralentir » et de savourer le temps qui passe avec sa nouvelle édition « SLOW ». Pourtant, l’idée de cette conférence n’est pas de parler du passé ou de la décroissance mais plutôt de prendre le temps, le temps d’une soirée. On y était, décryptage d’un sHow / sLow pas comme les autres.

Le ton est donné dès la première performance artistique d’AragoRn. Un danseur allongé sur scène. Un violoncelle. Une ode à l’immobilité. C’est le moment de nous arrêter. Au tour de la voix off de la journaliste radio Pascale Clark de résonner. Dans le noir, sa voix nous invite à la déconnexion. Sa mission : entamer la décélération. Ce soir, on l’aura compris, il est bon de prendre son temps. Ce soir, on appuie sur la touche "pause". Slow down baby, c’est parti ! 


Les speakers nous donnent des pistes pour construire un futur meilleur en prenant le temps de…

Inventer une intelligence artificielle positive et réfléchie

Fondateur de Anima.ai, co-directeur programme Postdigital à l'ENS Ulm et chercheur (ENS Ulm, IBM Watson AI XPRIZE, Hyperloop), Alexandre Cadain nous parle du futur et surtout de ce qu’il y a après. « Aujourd’hui on est obsédé par la vitesse. Tout se passe comme si on courait sur un tapis roulant. On fait du sur place. On répète juste le monde un peu plus vite. On programme notre obsolescence car on n’ose pas chercher autre chose, une alternative. Pourtant nous avons la capacité de penser d’autres futurs. Il suffit juste de privilégier l’imagination à la volonté morbide de tout vouloir accélérer, tout le temps. Et s’il était temps de repenser notre rapport au temps? Y a quoi après le futur ? De meilleurs présents assurément. Soyons réalistes, inventons l’impossible. » Et cet impossible c’est l’intelligence artificielle. Celle-ci fait aujourd’hui émerger toutes sortes de fantasmes et de peurs. Et si, au contraire, elle nous permettait de nous libérer de nos contraintes, d’accroître notre créativité, de nous surpasser ? Il nous invite à prendre le temps de construire ce futur, pour le meilleur.

Mettre la lumière sur les « Sans A », les invisibles de la société

À à peine 20 ans, Martin Besson a créé un véritable média pour aider ceux dont on ne parle jamais. Ce soir, il nous donne à voir quelques visages poignants « Sans A », comme il les appelle. Sans A comme : sans-argent, sans-ami, sans-abris … Entouré de professionnels du journalisme et de la communication, il nous invite à prendre le temps de nous intéresser à ces invisibles de la société. Et il nous interroge sur notre place et notre rôle. Que souhaitons-nous être ? Acteur ou spectateur de ce monde en pleine révolution ? ll nous amène enfin à réfléchir à une économie différente, celle du temps.

Accompagner le boom des monnaies virtuelles

  • Primavera de Filippi, chercheuse au CERSA et au Berkam-Klein Center for Internet & Society à l’université d’Harvard mais aussi co-fondatrice du groupe de travail sur les technologies blockchain (COALA) au sein du Forum International pour la Gouvernance d’Internet (IGF), enchaîne en nous parlant du succès des bitcoins et autres monnaies virtuelles, qui tendent à reproduire les mêmes dynamiques d’accumulation et de spéculation que l’on observe dans le monde de la finance traditionnelle. Alors même que la blockchain a toujours été considérée comme une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle, qui viendrait révolutionner le monde de la finance traditionnelle. Pour elle, c’est certain, prendre le temps d’accompagner et réguler cette révolution est nécessaire pour éviter une crise imminente des monnaies virtuelles.

Mettre l’erreur humaine au service de la science

Greg Beller, à la fois diplômé d’études de musique et de physique, nous encourage ensuite à nous tromper. Chercheur spécialisé dans la voix, il prône l’idée selon laquelle les erreurs et les expérimentations conduisent à de formidables créations artistiques. La sérendipité comme moteur de création scientifique et artistique. Également fondateur et directeur artistique de SYNEKINE, il crée, en collaboration avec des performeurs, des moments artistiques, installations et performances : « Je ne sais pas où ça va nous mener et c’est tant mieux comme ça. ».Il laisse la place à une performance vocale unique encore en work in progress : femme et machine à l’unisson, un moment surnaturel.

Vivre au ralenti pour voir les choses autrement

Catastrophe, collectif artistique, fondé en 2015 autour de l’idée que tout pourrait être autrement, continue à nous parler d’erreur. Se tromper pour réapprendre son rapport au temps. Se tromper par exemple en réglant son vinyle et découvrir un tout autre son. Changer de tempo. « On a tous dans la vie le pouvoir de se mettre au ralenti. En prenant le temps, on voit mieux, on voit autrement. Tout devient magnifique quand on ralentit. Les instants se dilatent. Le ralenti, c’est de la poésie. »

Dormir pour mieux vivre

Dilplômé de l’École Polytechnique et co-fondateur et CEO de Rythm (start-up de neurotechnologies dont le bandeau connecté améliore la qualité du sommeil profond, ndlr), Hugo Mercier nous conseille de dormir. L’accélération des rythmes de vie et de la société a conduit de plus en plus de personnes à sacrifier des heures de sommeil. « Tout a changé depuis que Thomas Edison a inventé l’ampoule. Nos nuits sont électrisées, nos smartphones en permanence à quelques centimètres de nos oreillers. En 70 ans, nous avons perdu 60 jours de sommeil par an. » Le manque de sommeil pourrait bel et bien devenir le mal du siècle, provoquant des dégâts considérables sur notre cerveau. Mieux dormir pour mieux vivre, c’est le conseil à retenir.

Considérer le temps comme une une chance et une opportunité

Rania Mustafa Ali revient avec émotion sur son exil. En 2016 alors qu’elle s’apprêtait à entamer ses études, Rania quitte la Syrie pour échapper aux mains de l’État Islamique et tenter de rejoindre l’Europe. Un périple qu’elle filme et qui sera diffusé sous la forme d’un court métrage via le média britannique The Guardian. Aujourd’hui, elle est réfugiée en Autriche où elle a demandé l’asile politique. Sur la scène du Grand Rex, elle nous livre la perception du temps lorsque l’on tente simplement de survivre au jour le jour. Son discours poignant se termine par un cri du coeur empli d’espoir qui fait lever la salle « You have the luxury to consider time not as a dangerous concept that might kill you, but as an opportunity to thrive. So make it count ».

Réapprendre à apprendre

Ancien prof de maths, Jean-Baptiste Huynh a appris que l’éducation traditionnelle ne fonctionne pas avec tous les enfants. Il nous explique que, de ce constat, lui est venu l’idée de créer une méthode alternative basée sur les jeux vidéos pour transformer les mathématiques en expériences motivantes et ludiques. Il est désormais CEO et co-fondateur de DragonBox et expérimente sa solution sur 1 200 enfants issus de classes de CP et CE1 en Finlande, en Norvège et en France. Il nous invite à prendre le temps de challenger nos certitudes et réapprendre à apprendre.

Penser le présent et se concentrer sur ce qui n’a pas de date de péremption

Michaël Dandrieux, sociologue de l’imaginaire, nous rappelle que l’homme est fasciné par le futur. Il se projette sans arrêt, imagine ce qu’il va vivre dans les mois, les années à venir et finit par vivre dans l’attente. « Nous vivons dans un monde de crises collectives (crise d’adolescence, crise de la quarantaine, crise du logement, crise économique, crise d’angoisse). Ces crises loin d’être négatives matérialisent simplement le fait que le monde dans lequel nous vivons est en train de changer. Il est grand temps de revenir au présent. » Et pour lui, cela veut dire porter plus notre attention sur les choses qui n’ont pas de date de péremption, ces constances qui demeureront toujours : la maison, la famille, l’amitié…

Faire le vide pour faire le plein

Étienne Klein, diplômé de l’École Centrale de Paris, physicien, directeur de recherches au CEA et docteur en philosophie des sciences, nous invite, pour finir, et avec beaucoup d’humour à faire le vide. « Faire le vide c’est quoi? C’est le contraire de faire le plein ? Faire le plein c’est facile. C’est aller à la pompe. Mais faire le vide? Faire le vide c’est plus subtil que de tomber en panne. » Il joue avec les mots pour nous faire réaliser que faire le vide c’est finalement précisément faire le plein. Ce n’est pas le néant, ce n’est pas l’absence, c’est même tout le contraire d’un passage à vide. Faire le vide, c’est ressortir plus vivant, tout simplement.

Et de rire

Parce que oui, on a même eu le temps d’aborder le SLOW avec humour avec les humoristes Agnès Hurstel puis, en clôture, Haroun.

Clap de fin d’une soirée hors du temps qui nous rappelle les mots déjà slow de Françoise Sagan. « Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps ». Se hâter lentement, comme dit l’adage. Et si le meilleur moyen d’avancer c’était finalement de ralentir ? 


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Photos by © Jacob KHRIST / hanslucas

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