Peut-on afficher ses convictions politiques au travail ?

  • September 18, 2018

En famille ou entre amis, les Français aiment parler de politique… surtout avec ceux qui pensent comme eux. Alors quid de ce sujet en entreprise ? Des frasques de Donald Trump aux dernières réformes de la SNCF, difficile de ne pas débattre autour de la machine à café : près de 3 salariés sur 4 parlent d’ailleurs politique sur leur lieu de travail. Mais peut-on exprimer ses opinions au bureau ? Comment le faire avec diplomatie ?-

La politique au travail : un terrain glissant

Tout le monde en parle, et pourtant le sujet reste tabou. La politique demeure un terrain à querelle que la majorité des collaborateurs cherchent à éviter. Le sociologue Ronan Chastellier explique pourquoi ce sujet si sensible finit irrémédiablement par surgir dans les conversations : « Généralement, on ne va pas directement dans une discussion politique frontale. Ce qui amène à en parler, c'est par exemple quand on aborde la situation économique, ou un fait divers qui concerne un politicien. »

Mais afficher ses opinions, c’est se dévoiler, se mettre à nu. Les risques vont d'innocentes moqueries des collègues, à la peur d’être mal vu et de se voir freiné dans sa carrière suite à un débat trop enflammé. 12% des Français se disent prêts à dissimuler leurs véritables opinions pour se faire mieux accepter de leurs collègues. Nonna Mayer, politologue française, explique pourquoi ce sujet si fréquent dans la sphère privée est abordé avec beaucoup plus de précautions au bureau : « C’est sur le lieu de travail que les probabilités de converser avec des personnes d'avis opposés sont les plus élevées. » En dehors de certains secteurs très homogènes ou dans lesquels la politique est un élément central (journaux d’opinion, associations engagées, etc.), il est effectivement rare de se trouver uniquement face à des collègues qui partagent votre point de vue.

12% des Français se disent prêts à dissimuler leurs véritables opinions pour se faire mieux accepter de leurs collègues.

6 conseils pour en parler sans se fâcher avec ses collègues

Suite à de grandes prises de décisions politiques ou encore à l’approche des élections, il est parfois compliqué d’éviter le sujet. Alors comment l’aborder sans vous faire des ennemis ?

  1. Assurez-vous que votre audience est réceptive. Tendez une perche et voyez si ça mord, mais évitez d’insister sur le sujet si vous voyez que ce n’est ni le moment, ni l’endroit pour aborder le sujet. Évitez également d’en discuter avec vos collègues les plus belliqueux : celui qui aime débattre de tous les sujets pour l’amour de la rhétorique, celui qui n’est jamais content, les extrémistes en général, etc.
  2. Abordez les sujets les moins sensibles. Pour se fâcher, rien de tel que parler politique d'immigration ou mariage pour tous. Ces sujets amènent à des questions de valeurs et conduisent rarement à un consensus. Privilégiez des sujets plus “légers” : le système de retraite, le Brexit, le revenu universel, le changement climatique, l’éducation, etc.
  3. Évitez d’aborder des sujets que vous ne maîtrisez pas un minimum. Gare au bal des idées creuses ! Rien de pire que de passer pour un idiot en abordant un sujet sur lequel vous êtes totalement ignorant. On vous pardonnera plus facilement les idées contraires que la bêtise.
  4. Modérez vos propos et restez diplomates. Si vous travaillez en équipe, vous pouvez avoir une idée de la couleur politique de vos collègues. Auquel cas - et si vous savez qu’elle est complètement contraire à la vôtre - sachez rester souple et ne pas rentrer dans une altercation qui vous desservirait.
  5. Halte au prosélytisme ! Si vous êtes en droit de donner votre opinion, il est toujours mal vu (et à la limite de la légalité) de chercher à convaincre vos collègues à tout prix, qu’ils aient raison ou tort. Comme le disait déjà Dale Carnegie dans les années 30 : « Si vous avez prouvé à votre adversaire qu’il a tort, vous lui avez fait sentir son infériorité, vous l’avez blessé dans son amour-propre et son orgueil. Or, homme convaincu malgré lui, il garde toujours le même avis. »
  6. … Mais surtout, posez des questions. La meilleure façon de parler politique sans froisser votre interlocuteur, c’est de parler de ses opinions à lui. Ecoutez-le, interrogez-le, cherchez à comprendre ce qui l’a conduit à cette vision de la société. En vous mettant en retrait et avec de simples questions, vous apprendrez bien plus et vous pourrez plus subtilement amener votre interlocuteur à remettre en question sa pensée. Tout le monde peut changer d’avis, mais rarement sous la contrainte ou lors d’un débat enflammé.

Comment éviter le sujet

De nombreuses raisons peuvent vous conduire à éviter le sujet politique. Que vous ayez des opinions considérées comme “extrêmes” que vous préférez garder pour vous ou simplement un profond désintérêt pour la politique, rien ne vous oblige à vous exprimer.

On vous demande si vous avez suivi le dernier débat ou ce que vous pensez de la dernière réforme ? N’hésitez pas à couper court et indiquer clairement que vous n’avez pas envie d’en parler. Et si vous vous retrouvez malgré vous au cœur d’un débat dans lequel on vous demande d’intervenir, essayez de remettre le sujet à plus tard. Un simple « Tu abordes un point très intéressant, laisse moi réfléchir à ce sujet et je reviendrai vers toi » suffit généralement à calmer vos interlocuteurs sans les froisser.

Ce que dit la loi

Sur son lieu de travail, un salarié bénéficie de la liberté d’expression. Un principe protégé par la Convention européenne des droits de l'homme et le Code du travail. Un licenciement justifié par une prise de position politique est considéré comme nul et comme une atteinte à la liberté d’expression pouvant conduire à 3 ans d’emprisonnement et 45.000€ d’amende pour l’employeur.

Cependant, certaines limites doivent être observées. Tout d’abord, la loi est tolérante sur le sujet tant qu’elle ne nuit pas à la sécurité ou au bon fonctionnement de l’entreprise. La Cour de Cassation indique qu’un employeur peut imposer certaines limites si elles sont « justifiées par la nature de la tâche et proportionnées au but recherché. » C’est pourquoi vous êtes tout à fait en droit d’aborder des sujets politiques entre collègues à la machine à café, mais vous commettriez une faute en essayant de convaincre un client lors d’un rendez-vous commercial. De la même façon, le prosélytisme est interdit : un salarié n’a pas le droit de déposer des tracts politiques (ou tractage syndical) ou encore envoyer un mailing à toute l’entreprise sur un sujet politique.

Dis moi pour qui tu votes, je te dirais qui tu es. Parler politique au travail, c’est possible et ça peut même très bien se passer si vous parvenez à garder une conversation constructive. Pour cela, sachez choisir le bon moment et les bons interlocuteurs. La clé ? Restez raisonnable et respectez les opinions des autres.

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Marlène

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