« La chute n'est pas un échec. L'échec, c'est de rester là où on est tombé » Socrate

L’échec est une forme d’apprentissage, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, il faut tomber pour mieux se relever.. Certes, mais dans la pratique c’est souvent un peu plus compliqué que ça. Perte de confiance, remise en question, réorientation, objectif revu à la baisse, échouer, on ne le souhaite à personne (eh oui)... Et bien en fait non. Nous sommes en 2017, et les échecs n’ont jamais été aussi bien vus qu’aujourd’hui !

Pourquoi ? Comment les valoriser ? Quels exemples peuvent nous aider à combattre définitivement le syndrome de l'imposteur ? Nous nous sommes penchés sur le sujet.

Comment perçoit-on l’échec aujourd’hui ?

Honte vs Opportunité 

« La plupart des choses que j’essaie échouent, mais ces échecs sont souvent invisibles, alors que mes succès eux sont bien visibles. » Selon Johannes Haushofer, professeur assistant en psychologie de l’université de Priceton, il est plus simple de valoriser un échec compte tenu du nombre de supposés succès. Facile quand on travaille pour l'une des plus prestigieuses institutions du monde ! Mais c’est justement sur ce point que Johannes nous fait réfléchir. « J’ai remarqué que ça donnait parfois l’impression à mon entourage que tout roule toujours pour moi. Résultat, ces personnes ont tendance à s’attribuer leurs propres échecs à eux-mêmes, plutôt que de prendre en compte le fait que ce monde est imprévisible, qu’une candidature est un acte hasardeux, et que les comités de sélection et d’arbitrage peuvent simplement être de mauvaise humeur. » 

En gros, vous devez arrêter de penser qu’une personne à qui tout semble sourire est une personne qui n’en a jamais bavé, et surtout : arrêtez de vous torturer l’esprit avec vos propres échecs, absolument tout le monde fait fausse route dans la vie. Pour vous prouver en quoi il n’est pas aussi fort que vous le pensiez, Johannes a réalisé un “CV of failures”, un CV qui présente tous ses pires échecs. Formations auxquelles il a été refusé, postes qu’il n’a jamais eus, diplômes ratés : ce document a eu plus de succès que toutes les recherches académiques qu’il a menées jusqu’ici.

Entretien d'embauche : une question difficile à aborder

« De toutes vos expériences, quel fut votre plus bel échec ? ». En l’espace de trois secondes, il se passe plein de choses dans votre tête : avouer le plus gênant ? Certainement pas. Un plus petit ? Pas assez valorisant. La majorité des candidats optera pour une réponse à mi-chemin, c’est clairement le genre de question qui promet son lot de sourires gênés en entretien. Pour Johannes Haushofer, vous venez de passer à côté d’une question rêvée ! Gros échec signifie souvent  grande ambition. En entretien, n’hésitez pas à évoquer avec sourire l’un de vos plus beaux échecs, puis faites preuve de maturité en mettant en avant la part de vous qui a grandi depuis. C’est précisément ce recul objectif, et cette évolution positive que l’on va retenir : pas votre échec.

Les experts en recrutement vous diront sûrement que le système américain est un peu plus sensible à la valorisation des échecs comme ceux de Johannes, et qu’en France, où beaucoup considèrent encore les échecs comme des tabous, cela ne fonctionnerait pas. Eh bien rassurez-vous : avec la montée en puissance de startups frenchies ambiance Silicon Valley, les mentalités évoluent. Plutôt rassurant non ?

Les startups, ces machines à échouer

Entreprendre c’est prendre des risques, or prendre des risques c’est s’exposer à l’échec. Entreprendre c’est donc... s’exposer à l’échec, Socrate n’aurait pas dit mieux.

De tous les entrepreneurs qui se lancent et réussissent, croyez-nous bien, de nombreux sont d’abord allés droit dans le mur. Voir, tous. Et on ne vous parle de pas de personnalités auxquelles personne ne peut se comparer comme Bill Gates ou Steeve Jobs, non. On vous parle bien de jeunes startupers - tout aussi inspirants - qui se cramponnent chaque jour à la barre pour garder leur projet à flot. Selon eux les échecs prennent vraiment de la valeur lorsqu’ils sont partagés. Les Failcon ça vous parle ? Ce concept américain débarqué en France en 2014 consiste à mettre en avant les flops de jeunes entrepreneurs afin de mieux comprendre en quoi ils sont presque utiles pour bien démarrer. Mauvaise campagne de financement , échecs commerciaux, faillites éclair ou projet qui ne décolle pas… des exemples de fails à la pelle.

C’était également le thème d’une autre conférence organisée en 2014 entre Sciences Po et Fleur Pellerin - alors ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie Numérique - ayant pour thème cette citation de Proust : « Il n’y a pas de réussite facile ni d’échecs définitifs ». Ce qu’on y apprend ? Que l’on n’est pas un vrai entrepreneur tant qu’on a pas affronté et surmonté un échec, que ce soit sur le plan financier, émotionnel ou pratique. Plus généralement, on prend simplement de bonnes vieilles leçons de vie. Quand cette dernière décide de vous flanquer une raclée façon Teddy Riner, c'en est pas forcément fini pour vous… loin de là ! Rebondir, innover, réorienter ces entrepreneurs vous feront relativiser sur vos échecs personnels, voire, vous convaincront qu’ils ont finalement été plus bénéfiques qu’autre chose.

UrbanWebParis / Sciences Po Paris ©

3/ Paroles d’entrepreneurs

“Arrêter de se voiler la face, c’est le début des solutions.” Xavier Zeitoun - Zenchef

Fin 2015 la start-up lève 6 millions d’euros, un vrai succès. Mais les mois suivants cette bonne nouvelle éloignera pourtant son fondateur Xavier Zeitoun de la réalité du terrain. Il atteint un seuil critique. Quelques mois plus tard sur son blog Xavier explique alors ce qu’il se passe dans sa tête à l’heure où tous les voyants sont au rouge : « Je n’arrive pas à prendre de recul par rapport à ma vie d’entrepreneur, je n’arrive plus à être lucide, j’ai peur du jugement de l’autre et mon ego m’empêche de partager ouvertement les expériences vécues ».

L’entrepreneur comprend ses erreurs, et sur les conseils de la directrice de son agence de communication, il décide d’en faire part à tous ses collaborateurs en abordant le sujet sous l’angle du “self-branding”. Elle lui assure que décrire et assumer ses erreurs ferait office de mea culpa crédible, et “pas du tout dévalorisant” pour l’avenir.

S'ensuit une prise de conscience générale de la part des collaborateurs, les troupes se motivent, prêtes à déplacer des montagnes. Une histoire plus que prometteuse à écrire. Devinez quoi depuis ? Zenchef retrouve petit à petit la plénitude. Ils recrutent à nouveau et ça se passe juste ici.

4/ Êtes-vous vraiment à la hauteur ? Le syndrome de l’imposteur

Définition & Historique

Vous avez été recruté, bien joué ! Maintenant à vous de faire vos preuves, sauf que voilà… vous avez l’impression de vous être un peu survalorisé auprès du recruteur. Tous vos collègues sont hyperactifs, ont un lexique que vous maîtrisez mal, et des idées géniales qui fusent. Vous doutez de vos capacités... Êtes-vous vraiment à la hauteur ? Il n’est pas simple de trouver sa place quand on a l’impression d’avoir été frappé par la chance pour en arriver là. Pire encore, vos collègues pourraient le remarquer, et commencer à se poser la même question. En fait : vous êtes un peu un imposteur.

Ce syndrome vous dit quelque chose ? Oui, non… peu importe, car en fait vous avez sept chances sur dix de le connaître cette situation un jour dans votre vie. Et ce n’est pas nouveau, c’est Pauline Rose Clance qui l’affirme depuis 1978. Cette professeur de psychologie à l'Université de Géorgie (États-Unis) a mené une étude sur ce mal qui ronge les plus petits stagiaires comme les plus grands chefs d’entreprise. Si vous voulez évaluer la part d’imposteur qui est en vous, vous pouvez grâce à un test élaboré par Pauline elle-même, disponible juste ICI (pour les anglophones).

Conseils pour s'en sortir

Les personnes atteintes ont tendance à se donner à fond, en faire trop, pour remplir leurs missions. À l’inverse, elles peuvent aussi en faire un minimum en se préparant à l’échec : dans les deux cas, ces réactions ne font que renforcer le problème. Le mieux pour se tirer de là est de prendre du recul sur ces pensées dévalorisantes qui vous minent le moral. Avoir conscience qu’il s’agit d’un mal connu, et que le problème vient juste de votre manque d’objectivité, aide déjà beaucoup, énormément même. Concentrez-vous aussi sur vos points forts pour remplir vos missions, sans en faire trop, et profitez de votre situation pour apprendre. Vous reprendrez petit à petit confiance en vous et sortirez de ce cercle vicieux de l’imposture (cette épreuve !), plus fort que jamais.

N’oubliez pas que vous êtes entourés d’humains imparfaits, qui ne laissent transparaître aucune de leurs lacunes, c’est notre culture - changeante - qui veut ça. Mais aussi de parents, de proches, amis ou collègue sympa avec qui vous, l’imposteur que vous êtes, pouvez discuter. Une parole bienveillante ou même brusque de leur part peut vous remettre purement et simplement les idées en place, et vous faire prendre conscience que non, vous n’êtes pas un imposteur, et que vous êtes bien là pour une raison.

Les exemples qui boostent la confiance et la motivation

Ils sont aujourd'hui mondialement connus et pourtant... leur parcours a été semé d'embûches !

  • Winston Churchill : si après avoir été rejeté de son parti politique il avait perdu confiance en lui... il ne serait certainement jamais devenu Premier Ministre
  • Thomas Edison : s'il n'avait pas cru en ses capacités et appris par lui-même, ce n'est pas sur ses professeurs qu'il aurait pu compter ! Ils affirmaient que ses compétences étaient limitées pour bien apprendre... Il a pourtant déposé plus de 1000 brevets et créé des appareils qui sont devenus de vraies révolutions.
  • Walt Disney : les enfants du monde entier grandissent aujourd'hui avec ses dessins animés. Jeune adulte, on lui avait reproché de manquer d'imagination...
  • Steven Spielberg : renvoyé de l'University of Southern California School of Cinematic Arts, il n'a pas perdu sa passion pour le cinéma qui lui a permis d'obtenir 3 Academy Awards et de réaliser des films d'anthologie !
  • Vera Wang : c'est un échec qui a conduit à sa réussite  ! Un échec sportif avec l'équipe olympique de patinage artistique américaine qui l'a incitée à se reconvertir et à devenir rédactrice puis rédactrice en chef pour Vogue.
  • Albert Einstein : turbulent à l'école, il avait des difficultés à apprendre. Cela ne l'a pas empêché de recevoir un Prix Nobel de physique pour ses découvertes (effet photoélectrique et théorie de la relativité).

Dites-vous bien aussi que la personne qui vous dirige fait sûrement partie de celles qui ont connu le plus d’échecs dans leur vie. Alors, répondez maintenant, c’est quoi votre échec ?


Suivez Welcome to the Jungle sur Facebook pour recevoir chaque jour nos meilleurs articles dans votre timeline !

Photo by Jukebox @nod-A


Newsletter

Suis-nous !