La “fuite des cerveaux”, les jeunes diplômés “quittent le pays”, l’exode des talents … Un phénomène dont les médias parlent beaucoup et qui serait particulièrement présent en France. Ce phénomène se définit par l'immigration de talents quittant leur pays pour aller travailler à l’étranger. Si cette mobilité internationale existe depuis longtemps, la tendance s’est accentuée ces dernières années chez les jeunes diplômés.

Les raisons possibles ? Premièrement, il est devenu courant pour un étudiant de partir un an à l'étranger pour ses études ou pour un stage. De facto de nombreux jeunes diplômés cherchent leur premier job à l'étranger. Deuxièmement, le peu d’opportunités pour une première expérience professionnelle, la quête de sens dans son travail ou l'envie de découvrir le monde peuvent des facteurs  de questionnement et donc de départ potentiel.

En général cette circulation des cerveaux est une véritable chance pour les pays puisqu’elle enrichit le parcours et la culture de chaque travailleur nomade. Sauf quand ces cerveaux ne retournent jamais dans leur pays d'origine. Pourtant, si de plus en plus de jeunes diplômés choisissent l’étranger pour leur premier emploi, la France ne manque pas d’attractivité. Qu’est-ce qui pousse ces jeunes diplômés à partir puis à revenir ? Welcome to the Jungle décrypte pour vous ce phénomène.

L’expatriation des Français : état des lieux

Selon une étude parue en février 2018 commandée par le Ministère des affaires étrangères, le nombre d’inscrits au registre des Français établis hors de France s’élève à 1 821 519, soit une progression de 2.2% par rapport à 2016. L’inscription au registre n’est pas obligatoire et on estime qu’au global entre 2 et 2,5 millions de français vivent à l’étranger.

On estime qu’au global entre 2 et 2,5 millions de français vivent à l’étranger.

Cette augmentation est inférieure à la tendance moyenne d’accroissement de la communauté française à l’étranger au cours des dix dernières années, à savoir une croissance annuelle moyenne de 3,24 %. Enfin 34% des inscrits ont moins de 25 ans, quand 51% ont entre 25 et 60 ans et 15% plus de 60 ans.

La fuite des cerveaux un problème franco-français ?

La réponse est non.

La France est loin d’être le seul pays à connaître ce phénomène. Il peut même être plus marqué dans d’autres pays européens. Les autorités italiennes, par exemple, dénombrent un peu plus de 5 millions d’inscrits sur leur registre consulaire et les autorités britanniques estiment à environ 5,5 millions le nombre de détenteurs de passeports britanniques établis à l’étranger. En Italie, entre 2008 et 2015, ce sont 260.000 diplômés de moins de 40 ans qui sont partis à l’étranger. Quant au Royaume-Uni, les conséquences du Brexit risquent de peser sur les expatriations comme sur le retour des actifs étrangers qui y travaillent. Dans une étude menée par Deloitte en juin 2017, 47 % des travailleurs qualifiés originaires de l'UE au Royaume-Uni envisagent un départ d’ici cinq ans. Une opportunité pour la France d’attirer ces talents ?

 Conséquence du Brexit :  47 % des travailleurs qualifiés originaires de l'UE au Royaume-Uni envisagent un départ d’ici cinq ans.


Partir oui, mais où ?

Les destinations privilégiées des Français

D’après une étude réalisée en 2017 par Expat.com pour Les Echos auprès de 15 000 Français de moins de 35 ans, les États-Unis et le Royaume-Uni sont les deux destinations les plus prisées des candidats. Mais de nouvelles destinations émergent également, comme l’Espagne, le Portugal ou encore les Émirats Arabes Unis. Ils sont 9,3% à souhaiter s’expatrier aux USA, et 9,8% au Royaume-Uni une tendance en légère baisse (respectivement 12% et 11% en 2016). En quatrième place le Canada tient sa place de destination phare auprès des jeunes Français.

À la quatrième place des destinations les plus prisées par les candidats, le Canada tient sa place de destination phare auprès des jeunes Français.

Pour aller plus loin : découvrez les pays où aller travailler en 2018.

Les grands absents

Les grands absents du classement sont l’Allemagne, la Belgique et la Suisse alors que les Français y travaillent massivement. Ce décalage s’explique entre la destination rêvée des candidats à l’expatriation et la réalité de celle-ci (coût de déplacement, contraintes linguistiques et administratives). Les candidats adaptent bien souvent leur projet et choisisse un pays plus accessible.

Partir pour quoi ?

L’aventure

Tout d’abord on part pour une expérience et la découverte d’un pays différent du sien. La facilité à trouver du travail à l’étranger n’est plus à prouver puisque 59% des jeunes expatriés diplômés disent avoir trouvé un travail en moins d’un mois. Une tendance encore plus marquée au sein des candidats français car selon une enquête Ipsos de 2015, dans 76% des cas les Français font partie des candidats recherchés par une entreprise étrangère.

 La facilité à trouver du travail à l’étranger n’est plus à prouver puisque 59% des jeunes expatriés diplômés disent avoir trouvé un travail en moins d’un mois. 

Les jeunes diplômés recherchent avant tout une expérience dépaysante à l’étranger, et une opportunité professionnelle. Le succès du V.I.E par exemple s’explique par ses avantages : un poste à responsabilité et des missions challengeantes, une progression plus rapide dans les responsabilités confiées, une belle entrée en matière pour lancer sa carrière professionnelle etc.

À lire aussi : Le V.I.E, une bonne opportunité pour partir travailler à l'étranger

Un meilleur train de vie

L'attrait des rémunérations explique également en partie ce choix. L’écart de salaire pour un jeune diplômé en 2016 atteignait 25% en moyenne entre la France et l'étranger. Enfin, l’enrichissement de son CV et de sa vie personnelle constituent également des moteurs importants.

Partir pour mieux revenir : les raisons pour lesquelles les expatriés Français reviennent en France

Des difficultés rencontrées sur place

Les premières raisons évoquées par le retour des expatriés sont souvent liées aux difficultés rencontrées sur place : l’éloignement des proches, la qualité de vie en France, les protections sociales… Ces facteurs comptent souvent beaucoup, à long terme, dans le choix d’une poursuite d’expatriation. Le Courrier des Expats a publié une infographie suite à une enquête de la Maison des Français de l’étranger sur les difficultés les plus souvent rencontrées par les expatriés.

Revenir pour valoriser son expérience

Par ailleurs, revenir en France signifie avoir la possibilité de valoriser son expérience et ses nouvelles compétences. Il est donc possible de rejoindre une structure et de mettre à profit son savoir-faire et savoir-être acquis à l’étranger, comme une nouvelle langue par exemple ! 

Un regain d’attractivité

Ces dernières années la France a fait un bond entrepreneurial et attire de plus en plus. Les aides à la création de business se multiplient (incubateurs, formations, lab etc.) Les preuves de l’attractivité tombent chaque jour dans l’actualité. La dernière en date ? Au mois d'avril, Young S., le PDG de Samsung Electronics annonçait l’installation en France du troisième plus grand centre de recherche au monde dédié à l'intelligence artificielle ! Une bonne nouvelle pour l'enseignement supérieur français et pour ceux qui s’inquiètent de la fuite des cerveaux.

Au mois d'avril, Young S., le PDG de Samsung Electronics annonçait l’installation en France du troisième plus grand centre de recherche au monde dédié à l'intelligence artificielle.

Le député et mathématicien Cédric Villani explique également que pour attirer les chercheurs et scientifiques et endiguer le flot d’expatriation vers les États-Unis la rémunération n’est pas le seul facteur. Les problèmes soulevés en France par les chercheurs ? Lourdeur administrative, difficulté à recruter, difficulté à acheter du matériel etc. Un environnement de travail plus attractif reste donc à créer pour garder les talents.

Et si on attirait tous les talents ? L’exemple du projet “Reviens Léon”

En 2015, Frédéric Mazzella fondateur de Blablacar et une dizaine de start-up lancent un appel aux jeunes diplômés expatriés Français pour les convaincre de revenir. Aujourd’hui l’objectif de “Reviens Léon” est non seulement d’attirer les expatriés Français mais aussi tous les talents internationaux peu importe leur nationalité. Avec un nouveau nom plus international - “Wonderleon” - l’objectif est  désormais de rassembler les diplômés grâce à l’écosystème dynamique du monde des start-up françaises. Malin.

Moralité : Partez loin mais revenez vite.


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Photos by WTTJ

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