L’impact du full-remote, ou 100% télétravail, sur la santé mentale

  • January 10, 2019

Le full-remote est un terme particulièrement doux à l’oreille de celui ou celle qui estime passer trop de temps au bureau. Pourtant, parmi les personnes ayant déjà eu la chance d’en faire l'expérience, certain(e)s espèrent ne jamais avoir à la renouveler. Que ce soit à cause de la distance avec ses collègues, d’un environnement de travail non-adapté ou même d’un ras-le-bol de Skype qui plante, le télétravail systématique ne plaît pas à tout le monde et peut avoir des conséquences plus ou moins graves sur le moral et la santé mentale en général. Pour vous aider à éviter les pièges, Welcome to the Jungle s’est penché sur les aspects négatifs de cette nouvelle façon de travailler.

Le full-remote, à double tranchant

Selon un sondage IFOP de 2017, le télétravail est pratiqué par 15% de la population active française, de manière occasionnelle tandis que 4% s’y adonnent régulièrement. En retard, en comparaison aux autres pays européens, il n’en reste pas moins que 58% des interrogés en dressent un bilan positif. Mais le télétravail est bien différent du full-remote, une méthode de travail affectionnée par les entreprises internationales, qui consiste à laisser le choix aux employés de travailler quand ils veulent et d’où ils veulent, sans jamais avoir à passer par les bureaux de l’entreprise (quand il y en a). À noter qu’il faut différencier deux types de full-remote : le full-remote total où tous les employés travaillent en full-remote et le full-remote partiel, où des bureaux existent mais où seulement quelques employés travaillent à distance.

Lucile a 24 ans lorsqu’elle obtient son diplôme de Master en Marketing et décide de rejoindre Doist, "The Fully remote company" : 60 personnes venant de 28 pays différents qui travaillent d’où ils veulent. Plutôt attractif, qu’en pensez-vous ? Naturellement, sur le moment, le télétravail ne semble présenter que des avantages mais Lucile, de par son expérience, préfère tout de suite nous mettre en garde : « Le premier risque lié au travail en full-remote, c’est de ne pas réussir à être efficace, que ce soit par manque de motivation ou de contrôle, tout simplement. Mais le principal danger, c’est l’isolement. »

Lucile est loin d’être la seule à avoir connu les côtés négatifs du travail en remote. En effet, sans une bonne connaissance de soi et la création d’un cadre, le travail à distance peut rapidement impacter la santé mentale du télétravailleur. En 2017, une étude de 80 pages réalisée par l’Organisation Internationale du Travail et s’appuyant sur des recherches effectuées dans 15 pays, tirait la conclusion que l’excès de télétravail peut-être dangereux. Le full-remote est, par définition, un excès de télétravail, pouvant créer une situation où la santé mentale de la personne pratiquant le full-remote peut être impactée.

« Le premier risque lié au travail en full-remote, c’est de ne pas réussir à être efficace, que ce soit par manque de motivation ou de contrôle, tout simplement. Mais le principal danger, c’est l’isolement. » - Lucile.

Le mal-être

L’avantage le plus couramment cité lorsque l’on parle de télétravail ou de full-remote, est l’équilibre entre la vie privée de la vie professionnelle. Cependant, cet avantage peut naturellement se transformer en un inconvénient majeur : les horaires des télétravailleurs étant bien plus flexibles, le risque de voir s’estomper la limite entre "vie perso et vie pro" est considérable. Quand on est en full-remote et qu’on aime son travail, il n’y a personne pour nous arrêter à part nous-même. Bien que les entreprises en full-remote encouragent leurs collaborateurs à ne pas travailler plus d’heures qu’ils ne devraient et à déconnecter le week-end, le fait est qu’on est seul devant son ordinateur à décider de mettre cette limite (ou non). Résultat, le risque de burn-out ne disparaît pas de l’équation.

Le conseil de Lucile

« Il est important d’apprendre à compartimenter sa vie professionnelle et de se créer une discipline. Avoir un espace dédié au travail (un co-working ou un espace bureau chez soi) et arrêter de travailler quand on en sort est une façon de compartimenter. » Il est même possible d’aller plus loin pour éviter ce chevauchement entre vie privée et vie professionnelle : en séparant vos outils de travail tels que le smartphone ou l’ordinateur, de vos outils personnels pour pouvoir couper totalement lorsque vous avez fini votre journée.

« Il est important d’apprendre à compartimenter sa vie professionnelle et de se créer une discipline. Avoir un espace dédié au travail (un co-working ou un espace bureau chez soi) et arrêter de travailler quand on en sort est une façon de compartimenter. » - Lucile.

L’isolement

Des chiffres tirés de la même étude IFOP révèlent cette seconde complication liée au télétravail, et donc au full-remote : le risque d’isolement. « Ma première année et demi s’est super bien passée. Je vivais à Lyon où j’avais des amis et de la famille donc, quand je ne travaillais pas, je n’étais jamais seule. Ça, c’était jusqu’à ce que mon copain et moi partions vivre en Nouvelle-Zélande. Une fois là-bas, je me suis retrouvée à travailler de chez moi, seule, sans faire de rencontre, et la seule personne que je retrouvais le soir était mon copain. J’ai rapidement souffert d’isolement, qui a entraîné de l’anxiété et de la dépression. Il a fallu créer une nouvelle routine, aller au co-working et faire du sport en groupe pour rencontrer du monde et combattre ce sentiment », nous confie Lucie.

En France, 47% des salariés en télétravail choisissent de le pratiquer depuis leur domicile, contre 23% dans des espaces de co-working et 22% dans des bureaux secondaires de leur entreprise. Encore une fois, travailler de chez soi occasionnellement ne présente aucun danger mais c’est lorsque cela devient systématique, que la réelle menace apparaît. Damien est développeur dans une start-up parisienne. À la différence de Lucile, son entreprise possède des locaux dans lesquels se réunissent ses collègues quotidiennement pour travailler. De son côté, il travaille en full-remote depuis maintenant un an d’un village à 30km du Mans. Il témoigne : « Il m’arrive parfois, quand je passe aux bureaux parisiens, d’avoir l’impression d’avoir manqué quelque chose, comme quand on rentre d’une semaine de vacances et que tes collègues parlent de quelque chose que tu ne comprends pas car tu étais absent. Ça peut être une soirée ou simplement une private joke... »

Ne pas avoir de bureau où se présenter tous les matins réduit drastiquement les occasions d'interagir régulièrement avec des collègues que ce soit pour des interactions informelles ou des réunions de travail. Être le seul à travailler en full-remote peut donner l’impression de ne pas être totalement intégré dans l’équipe et de n’être qu’une adresse mail, un phénomène de déshumanisation dangereux et auquel il faut apprendre à remédier rapidement.

Le conseil de Damien

« En ce qui concerne ma sensation d’isolement, la solution est simple : il m’a suffit de privilégier les sorties entre amis de mon côté, pour parler de tout et de rien ensemble, ce qui se fait généralement entre collègues autour d’un café. En ce qui concerne l’impression de manquer quelque chose, c’est plus compliqué, ça fait partie du travail full-remote et il faut juste l’accepter. Mais j’essaie quand même d’être présent autant que possible pour tous les événements organisés entre collègues. » En travaillant en full-remote, vous serez facilement privés des petites interactions de tous les jours. Il faut donc faire l’effort d’aller chercher du contact.

« En ce qui concerne ma sensation d’isolement, la solution est simple : il m’a suffit de privilégier les sorties entre amis de mon côté, pour parler de tout et de rien ensemble, ce qui se fait généralement entre collègues autour d’un café. » - Damien, Développeur en full remote.

L’homme est un être social par définition et la solitude est l’un des plus grands maux de l’humanité. Vous travaillez en full-remote, vous n’êtes pas malade. Alors sortez, allez travailler dans un café ou dans un espace de co-working, organisez des déjeuners et des afterworks avec des collègues ou des amis. Et lorsque vous travaillez, privilégiez les contacts au téléphone plutôt que par mail, cela vous fera beaucoup de bien et vous participerez au raffermissement de vos liens professionnels.

Le stress

Selon le rapport de l’OIT sur le télétravail, « 42% des personnes travaillant en permanence à domicile racontent se réveiller plusieurs fois par nuit alors qu'ils ne sont que 29% chez les personnes employées sur leur lieu de travail. » Un phénomène expliqué par les hauts niveaux de stress dont souffrent les employés travaillant à distance qui se mettent automatiquement la pression pour paraître occupés, particulièrement lorsqu’ils font partie d’une minorité travaillant à distance. N'étant pas présent dans un bureau, ils ou elles se sentent obligé(e)s de rester en ligne un maximum sur Slack ou Skype afin de prouver aux collègues qu’ils ou elles passent leur temps de manière productive. Vient s’ajouter le fait que l’esprit d’équipe est naturellement perturbé et que l’accès à une quelconque assistance devient plus compliquée : moins de possibilité de se glisser dans le bureau voisin pour demander un conseil rapide à un collègue.

Chez Doist, ils ont choisi de répondre à cette problématique en développant leur propre outil de communication. « Nos équipes ont créé Twist, un outil de communication où il n’y a pas d’indicateur de présence en ligne. Le présentiel disparaît et nos relations se basent donc sur la confiance : personne ne sait si je suis en train de travailler ou non. »

Pour certains employés en full-remote vient s’ajouter le fait que du point de vue de la direction, un collaborateur qui travaille de chez lui se doit d’être plus productif, du fait qu’il sera moins sujet aux distractions qu’un employé sur site - pas de discussion à la machine à café, aucun collègue à aider, moins de temps de transport, etc. Une pression supplémentaire dont ils pourraient se passer. Du côté de Lucile, cette pression disparaît logiquement étant donné que, dans son cas, tout le monde est logé à la même enseigne.

Notre conseil

Vous êtes chez vous, alors à la pause dej’, pourquoi ne pas se permettre une petite sieste ? Il a été prouvé que 15 minutes de repos suffisent à réduire fortement les niveaux de stress. Et rappelez vous que vous n’êtes pas seule(e). N’ayez surtout pas de réticence à vous rapprocher de vos collègues lorsque vous êtes en difficulté ; vous faites partie intégrante de l’équipe et vous gagnerez beaucoup lorsque vous l’aurez compris. Vous réduirez considérablement votre niveau de stress si vous savez que vous pouvez compter sur vos collègues.

« Désormais équipée et organisée pour affronter les difficultés du travail en full-remote, je profite pleinement des avantages que m’offrent cette façon de travailler, sans stress, et j’ai toujours l’impression de faire partie d’une entité, même si je ne parle pas tous les jours à mes collègues. » Depuis son épisode compliqué en Nouvelle-Zélande, Lucile a réussi à trouver la solution en se disciplinant et en allant à son espace de co-working tous les après-midis. Elle a même été le moteur d’une initiative interne afin d’aider son équipe à prendre soin de leur santé mentale en échangeant quand celle-ci va moins bien.

Pour les actifs Français qui commencent à peine à adopter le simple télétravail dans leur vie professionnelle, le full-remote est un nouveau mode de travail qui peut sembler très attractif au premier abord. Pourtant, travailler à distance constamment ne s’improvise pas : quand ses collègues travaillent depuis un bureau, le télétravailleur se perçoit en position de faiblesse par rapport à l’entreprise, comme si une faveur lui avait été accordée, et la pression qui en découle naturellement augmente le risque d’en faire trop. Pour conserver un rythme de vie sain, il devient alors essentiel de s’imposer une discipline adaptée et de s’y tenir.

Les nouvelles technologies continuant de faire évoluer nos méthodes de travail, le full-remote pourrait, dans les années à venir, devenir un modèle beaucoup plus courant. Alors autant s’y préparer dès aujourd’hui.

Et pour en savoir plus sur comment travailler en full remote, découvrez l'épisode de notre série vidéo HOW TO sur le sujet.

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Photo by WTTJ

Gabriel Boccara

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