4 bonnes raisons de ne pas faire d'heures supplémentaires

  • Marianne ShehadehMarianne Shehadeh
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4 bonnes raisons de ne pas faire d'heures supplémentaires

  • Marianne ShehadehMarianne Shehadeh
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En théorie, et votre patron utilisera certainement cet argument, faire des heures supplémentaires permettrait de gagner en productivité. Rien n’est plus erroné, notamment quand le phénomène devient la norme de votre entreprise… Explications.

En France, un tiers des travailleurs réalise en moyenne 15 heures de travail supplémentaires par semaine contre une moyenne mondiale de 14%, selon une étude du fournisseur d’espaces de travail Regus. Mais cette habitude engendre plus d’effets négatifs qu’on ne le pense. Pourquoi ne faut-il pas abuser des heures supplémentaires ?

1. Maladies, fatigue, stress : les heures supp’ impactent la santé

Le rapport du département scientifique américain de la santé (2004) sur les conséquences physiques, mentales, émotionnelles et sociales du temps supplémentaire de travail est accablant :

  • Plus de 10 heures de travail par jour augmente de 60% le risque de problèmes cardio-vasculaires
  • Une semaine de plus de 40 heures poussent à consommer davantage d’alcool et de tabac, et cause une prise de poids anormale (surtout chez les hommes)
  • Les semaines de 50 à 60 heures provoquent des problèmes relationnels importants chez 10% des travailleurs

Pour couronner le tout, les chercheurs ont observé un risque de dépression accru dès le seuil des 11 heures supplémentaires hebdomadaires dépassé. Enfin, il va sans dire que l’overtime, ou excès de travail, cause de la fatigue et que celle-ci s’accompagne souvent de stress. S’ensuit un effet boule de neige : un fort taux de cortisol, l'hormone du stress, perturbe le sommeil, l’appétit, le système immunitaire, la mémoire, l’humeur… entre autres.

« Quand on accumule des heures de fou, cela ne signifie pas qu’on performe davantage. Les moments de repos et les vacances servent à se vider le cerveau, pour revenir en pleine forme et favoriser la création de nouvelles idées », explique Pierre Lainey, spécialiste en psychologie organisationnelle et professeur de gestion à HEC.

Finalement, les horaires fixes de travail ainsi que les pauses obligatoires et conseillées existent pour une bonne raison : vous ménager. Aucune heure supplémentaire ne justifie une prise de risque pour votre santé.

Les chercheurs ont observé un risque de dépression accru dès le seuil des 11 heures supplémentaires hebdomadaires dépassé. 

2. Les heures supp’ sont contre-productives

Les études sur l’impact des heures supp’ sur la productivité ne sont pas légion, mais les questionnements remontent à plus de trois décennies. Dans un rapport publié par The Business Roundtable en 1980, il est indiqué que « plus vous travaillez, moins vous allez devenir efficace et productif. » Au-delà des 50 heures de travail par semaine, on devient moins productif. Ainsi, une tâche qui requiert habituellement vingt minutes peut facilement prendre le double du temps lorsque la fatigue s’en mêle.

Si on prend du recul, les conséquences sont visibles sur une échelle plus large : selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), réalisé auprès de 50 000 employés dans 36 pays européens, les travailleurs les plus productifs passent moins de temps au bureau. Les chercheurs ont pu révéler une corrélation entre la productivité d’un pays (le PIB par heure travaillée) et le nombre d’heures travaillées par an.

En effet, il s’agit là d’une logique déjà établie par le philosophe et économiste Adam Smith (18e siècle) : une personne qui travaille de manière modérée et constante, éprouve moins de stress, préserve sa santé plus longtemps et peut réaliser un plus grand nombre de missions. S’ajoute à ce constat les nombreux privilèges qu’ont les pays riches ou tout du moins développés par rapport aux autres : capital plus élevé, infrastructures de qualité, meilleure organisation… Ce qui influence également la productivité sur un temps donné.

Par exemple, les Grecs sont les plus laborieux de l’OCDE avec plus de 2000 heures travaillées par an en moyenne ; les Allemands en revanche travaillent environ 1400 heures par an et leur productivité est pourtant 70% plus élevée.

Les chercheurs ont pu révéler une corrélation entre la productivité d’un pays (le PIB par heure travaillée) et le nombre d’heures travaillées par an.

3. Turnover et perte de vitesse de l’entreprise : les séquelles des heures supp’

Sur le court terme et surtout de manière ponctuelle, les heures supplémentaires peuvent permettre de profiter d’un temps plus calme en entreprise pour se concentrer sur un projet ou trouver l’inspiration sans perturbations ni distractions incessantes. Mais lorsque l’exceptionnel devient la norme, les heures supplémentaires affaiblissent non seulement les ressources humaines, mais entraînent également une baisse de productivité pour l’entreprise.

Toujours selon le rapport du département scientifique américain de la santé cité plus haut, 54% des entreprises qui font trop travailler leurs employés, enregistrent un taux d’absentéisme dépassant les 9%. Le fléau de l’absentéisme représente alors la porte d’entrée dans le cercle vicieux du turnover des employés, qui lui-même suscite instabilité, insatisfaction, stress…

Concernant les cadres, leur productivité chute de 25% si les 60 heures de travail hebdomadaires sont atteintes voire dépassées. Pourtant, dans la culture d’entreprise française, l’injonction à faire des heures supplémentaires pour les personnes cadres est normalisée… Les patrons s’attendent naturellement à ce que leurs employés cadres travaillent plus. C’est le serpent qui se mord la queue...

Lorsque l’exceptionnel devient la norme, les heures supplémentaires affaiblissent non seulement les ressources humaines, mais entraînent également une baisse de productivité pour l’entreprise.

4. Les heures supp’ nuisent à la carrière

Selon les chercheurs Argyro Avgoustaki et Hans Frankort, qui ont publié une étude pour l’Université de Londres, sur les effets de l’effort de travail sur le bien-être et la carrière des salariés : « le travail intensif prolongé a un impact dévastateur sur la qualité des carrières, la satisfaction professionnelle et les possibilités de promotion. »

En d’autres termes, la surcharge de travail, les délais surréalistes, la cadence imposée - et tous les maux qui caractérisent l’intensité du travail et, de fait, l’effort de travail - nuisent à la santé du salarié. La fatigue, le stress et toutes les autres conséquences désastreuses (voir raison 1) qui en résultent poussent alors le salarié a moins s’impliquer, à être moins concentré, moins méticuleux, moins motivé pour son travail. Ce qui, en somme, lui offre naturellement moins de chances d’obtenir une promotion.

La surcharge de travail, les délais surréalistes, la cadence imposée - et tous les maux qui caractérisent l’intensité du travail et, de fait, l’effort de travail - nuisent à la santé du salarié.

Et hop, la boucle est bouclée : à vouloir trop bien faire et bien trop faire, le salarié ne s’en sort pas et peut finir en burn-out…
Le concept d’heure supplémentaire n’est cependant pas à bannir, et peut même être positif dans le cas où, d’une part, il est choisi et non subi ; et d’autre part, s’il est reconnu à sa juste valeur - et donc rémunéré. Alors, allez-vous continuer à faire des heures supp’ ?


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Photo by WTTJ 

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