“Postulez dix fois moins s’il le faut, mais personnalisez”

À l’heure de la communication frénétique et instantanée, vous avez mille manières de contacter un recruteur. Par e-mail, par téléphone, via LinkedIn, en leur envoyant même des vidéos ou votre portfolio sur Internet. Certains vont même jusqu’à utiliser des technologies comme l’impression 3D pour manifester leur motivation de manière originale, sous forme de demande en mariage par exemple ! Dans ce contexte où les recruteurs n’ont pas le temps de lire vos lettres et où vous trouvez cet exercice fastidieux, doit-on dire que la lettre de motivation est une pratique éculée ?

Pour nous aider à faire le point, nous avons sollicité Cécile Pichon, Global Talent Acquisition Manager chez Kpler, une entreprise qui met la Data Intelligence au service de la transparence dans le marché de l’énergie. Entre 10 secondes et une minute, c’est le temps que cette dernière consacre à la lecture d'une lettre de motivation… Vous êtes prévenus ! 

30 secondes pour se mettre dans la peau des RH

Vous avez en face de vous un recruteur du grand groupe très réputé pour lequel vous mourez d’envie de bosser. Il a 25 recrutements sur les bras, dont des profils très seniors et ardus à trouver. Il reçoit plus de 500 candidatures pour un même poste, et doit gérer en parallèle les entretiens.... On vous passe les détails, vous avez compris. Vous rencontrez aussi le chargé de gestion des ressources humaines d’une start-up en pleine croissance. Dans la boîte, il gère les RH au global : il trouve les pépites  et gère les talents en interne : onboarding, formations, évolution, paie. Et ses journées font… 24h.

Entre les deux, tant de recruteurs de très bonne volonté qui ont seulement le temps de scanner brièvement vos documents, en sautant souvent votre lettre si le CV n’a pas convaincu.

Et pourtant, excellente nouvelle : votre lettre est parfois lue. Alors, se pourrait-il que toutes les lettres de motivation ne soient pas à jeter aux oubliettes ?

Une pratique à remettre dans son contexte d’origine

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, une lettre de motivation doit exprimer votre… motivation.

Or, cet exercice est devenu “une routine rhétorique” et s’est vidé de son sens premier, comme le souligne Cécile : « La lettre de motivation n’est pas inutile ; le format n’est simplement plus adapté au besoin. À l’origine, on veut comprendre ce qui a motivé le candidat à postuler. Or, quand on envoie presque la même lettre à plusieurs entreprises en postulant à la chaîne, on voit juste un candidat désespéré : la lettre s’est vidée de sa substance pour devenir un exercice rhétorique, scolaire, où il remplit un formulaire. On y découvre si le candidat connaît les codes, sait rédiger, mais pas grand chose sur ses motivations profondes. »

Au contraire, la lettre de motivation, si elle expose vos motivations, peut prendre toutes les formes. Cécile conseille de rester dans la simplicité.

Pensez la lettre de motivation comme une rencontre

Pour Cécile, la lettre de motivation idéale doit être rédigée comme si vous dérouliez un pitch court à quelqu’un que vous auriez rencontré dans le monde professionnel. Ainsi, vous éviterez les plus grands écueils, que Cécile liste avec humour :

  • La lettre-catalogue, où le candidat déroule son CV depuis le jardin d'enfant comme une frise historique commencée dans la nuit des temps ;
  • La lettre générique, copiée-collée 36 fois dans une journée, où l’on vous dit vouloir travailler dans une agence made in France alors que vous êtes un grand groupe international ;
  • La lettre graissage-de-patte, où ce job est votre rêve depuis votre première semaine dans le ventre de votre mère, ah-mais-si-vraiment.

Au contraire, l’exercice du pitch (que vous pouvez déclamer devant votre miroir en amont) vous permettra de ne garder que l’essentiel : qui vous êtes, pourquoi cette entreprise et ce job vous attirent, comment vous allez performer à ce poste.

Cécile donne un exemple pour vous aider : « Vous voulez absolument percer dans le journalisme sportif, et vous tombez sur un journaliste très connu à un event. Naturellement, vous le complimentez sur ce qu’il fait, que vous trouvez remarquable. Cela fait des années que vous êtes passionné par son métier, et vous aimeriez beaucoup discuter avec lui d’opportunités dans son journal. En somme, il faut juste répondre à la question “qu’est-ce qui vous amène à postuler”, de manière transparente et naturelle. »

Alors vous l’aurez compris, on raccourcit, et on gagne en impact et en transparence : « Ce n’est pas inacceptable de ne pas envoyer de lettre. Un mail personnalisé et droit au but a plus d’impact qu’une lettre entrée-développement-conclusion vide de sens. On veut savoir pourquoi la personne a envoyé son CV, ce qu’elle va nous apporter et ce qu'elle recherche : on est emballés quand c’est limpide en cinq lignes. Vous avez aussi plus de chances d’être lu, car on n’ouvre pas nécessairement la pièce jointe d’un mail... » assure notre experte.

Bien exécutée, la lettre reste un atout redoutable

« Ma directrice commerciale adore littéralement les lettres de motivation ! Elle regarde l’effort que le candidat a mis dans sa lettre autant que ses compétences. Plus il l’a personnalisée, plus cela montre un niveau fort d’investissement et de motivation. »

Donc, certains opérationnels prennent le temps de décortiquer les lettres. Alors, Cécile conseille, au lieu de shooter un CV avec une lettre peu personnalisée à 100 entreprises, de n’en écrire que 10. Elle assure que vous serez dans le pipe de moins d’entreprises, mais sur le haut de la pile des candidats à rencontrer. Et pour cela, vous devez adapter à 100% votre lettre à la culture de l’entreprise et au poste, jusque dans le ton, le design et le format.

Car plus que le format lettre, c’est la personnalisation qui interpelle. Si l’on prend l’exemple du candidat qui a envoyé un CV imprimé sur l’une de leurs bouteilles chez Innocent, il avait réfléchi au format, passé du temps, et adapté son discours et format.

Et Cécile de conclure : « Nous fournissons de l'information sous forme de données sur les marchés de l'énergie. On le fait en tant réel, dans le cloud, c'est très innovant sur ce secteur un peu à l'ancienne. Donc, forcément, quelqu’un qui nous dit qu’on révolutionne l’industrie, on sait déjà qu’il comprend notre valeur ajoutée sur le marché et cela fait de lui un candidat pertinent. »

Prouvez votre motivation autrement que par la lettre

Mieux que les mots, les faits ! On repère un candidat vraiment motivé s’il fait l’effort de creuser : s’il joint un collaborateur ou se renseigne sur la culture d’entreprise, s’il vient à un événement, ou s’il s’intéresse en profondeur au produit. Cécile donne l’exemple des candidats qui demandent une version d’essai pour tester son produit. C’est toujours remonté par les commerciaux et cela fait autant d’effet qu’une bonne lettre de motivation.

Tous ces éléments font une pré-sélection naturelle, qui donne envie d’accorder de l’attention et au CV… et - bouclons la boucle - à la lettre.

« On ne peut pas se dire que la candidature écrite soit morte, conclut Cécile. Sur des réseaux sociaux et professionnels comme LinkedIn par exemple, il y a une part d’écrit, mais de l’écrit transformé pour répondre aux besoins actuels. Dans le même ordre d’idées, il faut affiner votre candidature le plus possible pour la rapprocher d’une proposition de rencontre. Et en fonction de l’entreprise, du secteur et de votre caractère, vous pouvez exprimer cette motivation par bien des biais, écrits ou non. Tant que vous restez vous même, transparent et vrai. »


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Photos by Helloquence 

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