Beaucoup de jeunes diplômés en management décident, après leurs études, de se lancer dans le conseil. Paradoxalement, nombre d'entre eux s'y engagent pleinement conscients qu'il s'agira d'une carrière courte, un à trois ans, après lesquels ils partiront ailleurs faire quelque chose qui leur plait vraiment. Le conseil est donc vu comme un passage par défaut, un troisième cycle permettant à la fois d'acquérir des compétences et de développer sa valeur sur le marché du travail.

Mais concrètement, qu'attendre d'un début de carrière dans le conseil ? Quels atouts espérer en retirer ? Et au final, surtout : est-ce que ça en vaut la peine ?

Un chemin bien balisé dans la jungle du marché du travail

L'attractivité des cabinets doit beaucoup à leurs nombreuses actions sur les campus universitaires. Dans un milieu où la croissance est en général à deux chiffres et où le turn-over est très élevé (un consultant reste en moyenne entre 12 et 18 mois dans un cabinet), la concurrence est rude pour attirer les bons profils. Les sociétés de conseil ont donc tendance à développer leurs actions pour toucher les jeunes diplômés : présence au forum de l'école, interventions dans les masters, sessions de coaching et de préparation aux entretiens, invitation des étudiants à des afterworks ou à des soirées portes ouvertes... C'est une occasion pour eux de repérer les meilleurs profils et de les pousser à postuler. Pour eux, le conseil offre alors des opportunités d'évolution rapide : un tour sur le site du cabinet suffit en général pour voir à quel horizon sont proposées les promotions permettant de gagner en salaire et en responsabilités - souvent en moins de 2 ans. La forte croissance des cabinets et le taux de renouvellement des effectifs offrent énormément d'opportunités aux plus motivés.

En échange, de nombreux cabinets appliquent -plus ou moins strictement- un principe d'up-or-out : après un temps défini, le consultant est soit promu, soit poussé vers la sortie. Ce système évite toute stagnation de carrière.

Des marques renommées précieuses sur un CV

Les cabinets de conseil bénéficient aussi de marques extrêmement valorisantes, car ils profitent de la notoriété de leurs clients, et sont reconnus comme des experts dans leur champ de compétence. La présence d'un grand nom sur un CV est donc un atout précieux. Deux raisons à cela : 

  • d'abord, la sélection à l'entrée des cabinets est extrêmement rigoureuse, et intégrer un cabinet prestigieux est à la fois le gage d'un parcours antérieur brillant (CV, réussite universitaire, engagement associatif) et de grandes qualités pratiques, humaines et intellectuelles
  • De plus, un passage dans le conseil signifie acquérir d'excellentes méthodes d'analyse, et développer une forte capacité de travail et de flexibilité. Le consultant expérimenté sait traiter rapidement et efficacement des problèmes complexes. Très autonome, il développe rapidement les qualités d'un bon manager : sens de l'analyse, capacité à prioriser... Des qualités extrêmement prisées par les recruteurs.

Enfin, la reconversion est facile dans le petit monde des ex-consultants : la plupart des jeunes recrutés ne restant que deux à trois ans en cabinet, le réseau des anciens, ou alumni (prononcer a-loum-naï), est vaste et diversifié, ce qui multiplie le nombre d'opportunités intéressantes.

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Des missions variées, un environnement versatile

Les missions auxquelles est affecté le consultant sont de courte durée - quelques semaines à quelques mois. Le conseil est donc l'une des carrières qui permet de voir le plus grand nombre de fonctions, de secteurs et d'entreprises de l'intérieur en un temps si restreint. D'une mission à l'autre, le consultant ne travaillera ni avec le même client, ni dans le même type de fonction (il peut passer de la production à la logistique), ni sur les mêmes problématiques (passer de la création d'un nouveau produit à une mission de réduction des coûts...), ni même avec la même équipe ou le même manager au sein du cabinet ! Constamment poussé hors de sa zone de confort, il apprend énormément sur le fonctionnement du monde de l'entreprise, car il est très vite appelé à entrer en action et à apporter des résultats.

L'aspect stimulant des missions est aussi lié au fait que le consultant évolue fréquemment au contact des C-level, c'est-à-dire des décisionnaires : CEO (chief executive officer), COO (Chief of operations)... Ce contact permanent avec des managers de haut niveau permet d'apprendre énormément, notamment en observant leur mode de travail ou la manière dont ils dirigent leurs équipes. Au fil des missions, le consultant peut donc rapidement voir quelles pratiques fonctionnent le mieux.

La capacité d'adaptation du consultant est aussi mise à l'épreuve parce qu'il s'agit d'un métier extrêmement mobile : l'efficacité impose d'être au contact du client. Les déplacements sont nombreux et fréquents, au moins en France (de la région parisienne aux usines en rase campagne), voire en Europe et même au-delà. Dans certains cabinets, être "non mobile" signifie "pouvoir être chez soi tous les week-ends", et un collaborateur parisien peut être affecté plusieurs mois à Milan, Londres ou Munich. En échange de cette contrainte, le consultant est choyé : hôtels étoilés, repas et taxis entièrement pris en charge, voyages en première classe...

Une acquisition rapide de compétences diversifiées

Au quotidien, le consultant acquiert rapidement une bonne maîtrise de nombreux outils de travail. Habitué à analyser des données en masse, le consultant apprend rapidement à maîtriser des fonctions avancées d'Excel, VBA, etc. De plus, les slides PowerPoint deviennent une nouvelle manière de penser. Le consultant développe son esprit de synthèse, et apprend à résumer une situation, un problème et sa solution en quelques graphiques percutants.

Enfin, le consultant devient rapidement un expert du raisonnement analytique : il sait casser une problématique globale en petits blocs, puis rapidement isoler le cœur du problème, trouver ses causes, et y apporter des solutions. Il devient donc progressivement un expert en démêlage de situations compliquées.

Un salaire élevé... et qui augmente vite

Bien sûr, ce n'est pas le seul attrait des responsabilités qui attire nombre de jeunes diplômés, mais aussi (surtout ?) la rémunération associée. Le conseil est un moyen rapide d'accéder à un niveau de vie confortable : les salaires en début de carrière s'échelonnent d'environ 40 000 € (montant brut annuel, donc ~2 500€ nets par mois) pour les cabinets de conseil en organisation, à plus de 50-60 000€ dans le conseil en stratégie, où la charge de travail et les attentes sont plus conséquentes.

Et surtout, ce salaire évolue rapidement, les promotions étant régulières. Bien sûr, les responsabilités associées évoluent à la même vitesse, et comme dans toute entreprise, le salaire du consultant est annexé sur la valeur qu'il est capable de créer. Cela étant dit, on entend parfois que "certains consultants sont mieux payés que les patrons du CAC40 qu'ils conseillent". Et effectivement, un partner (le grade maximal, qui peut être atteint en une dizaine d'années) dans un cabinet de conseil en stratégie peut gagner plus d'un million d'euros par an. Belle promesse à moins de 35 ans !

Des exigences à la mesure des avantages proposés

Malgré ce tableau flatteur, le conseil a aussi une face sombre : c'est un métier extrêmement exigeant, qui peut obliger à faire des sacrifices. Le rythme de travail est très intensif : les missions sont complexes, il faut très vite monter en compétence, et le consultant semble parfois corvéable à merci : pour garantir la qualité du travail présenté au client, il doit convaincre son manager, qui doit convaincre le partner, qui lui-même sera confronté au jugement du client. Les modifications nécessaires suite à chacune de ces revues sont autant de tâches supplémentaires à réaliser -et souvent dans l'urgence.

Le conseil est aussi un milieu où la compétition est omniprésente. Processus de sélection initial, système de notation à l'issue de chaque mission... Il s'agit d'une culture qui met constamment en avant la performance comme valeur phare, parfois au détriment d'une atmosphère de travail épanouissante. Ce point demeure fortement dépendant du cabinet et de ses valeurs, et chacun y réagira différemment.

Dernière critique, les tâches réalisées ne sont pas opérationnelles. Cantonné au rôle d'expert extérieur, le consultant s'investit énormément dans des projets qui parfois ne verront pas le jour, ou qui commenceront à être mis en œuvre quand il quittera la mission... C'est pour cette raison qu'il est fréquent pour un consultant de quitter son cabinet pour rejoindre un client pour lequel il a travaillé.


Conclusion : un formidable accélérateur de carrière

Au final, le conseil demeure un catalyseur extrêmement efficace pour le jeune diplômé souhaitant faire décoller sa carrière. C'est certes un milieu exigeant et qui requiert des sacrifices, mais il offre aussi d'immenses opportunités de développer ses compétences, de construire un réseau qualifié et de voyager, tout en bénéficiant d'un niveau de vie confortable.

S'il y a de nombreux traits communs entre différents cabinets, les missions, les rémunérations et les exigences varient fortement d'une structure à l'autre. Il ne faut donc surtout pas tout mettre dans le même panier : généralistes comme spécialisés, centrés sur l'humain ou sur le dépassement de soi, structures d'une dizaine de consultants ou grandes marques internationales... Chacun peut trouver chaussure à son pied ! Si au final les carrières demeurent courtes, c'est surtout que les opportunités viennent rapidement : il est fréquent d'entendre qu'une année de conseil vaut 18 à 24 mois dans une entreprise normale, et deux à trois ans permettent donc de prétendre directement à des postes de manager dans une grande entreprise. Le conseil est donc une forme d'investissement, "un bon moyen de ne pas se fermer de portes", un peu comme faire une classe prépa : on apprend énormément, malgré les difficultés.

Bien sûr, il existe de nombreuses alternatives pour développer une vision vaste et transversale de l'entreprise tout en acquérant des compétences diverses : les graduate programs dans les grands groupes, une expérience en start-up ou dans une PME dynamique... Le conseil n'est pas incontournable ; mais il demeure un choix que l'on regrette rarement !


Article écrit par Alexandre Courbin (LinkedIn

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