Marlène Schiappa, politique engagée pour la parité

  • ClémenceClémence
  • Publié il y a 9 mois
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Marlène Schiappa, politique engagée pour la parité

  • ClémenceClémence
  • Publié il y a 9 mois

Depuis mai 2017, Marlène Schiappa est le nouveau visage médiatique du Secrétariat d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes. Engagée de longue date sur ce sujet, notamment avec son réseau Maman travaille, la trentenaire et ses équipes renforcent les politiques coercitives, tout en testant de nouvelles solutions. Parmi elles : les ateliers de formation aux entreprises et le name and shame. Nous l'avons rencontrée en novembre dernier dans le cadre du dossier « Demain, la parité ? » de notre Guide annuel.

Comment avez-vous vécu la parité dans votre parcours personnel ?

Mon parcours n’est pas représentatif puisque j’ai toujours pris le contre-pied de toutes les statistiques. On dit que les femmes sont très perfectionnistes dans les tâches ménagères, moi pas du tout. On dit que les femmes ne prennent pas de risque moi j’ai monté deux entreprises, sans aucun filet. Ensuite, je suis entrée en politique, qui est un secteur où les femmes sont sous-représentées. Quand j’étais enceinte, j’ai bien senti que j’allais subir une confrontation vie familiale/vie professionnelle, c’est pour cela que j’ai démissionné et créé mon entreprise. Mais j’ai eu la chance d’être entourée par les bonnes personnes, qui me permettaient de changer de voies ou de mener plusieurs activités de front. Surtout, j’ai eu des enfants avec un homme impliqué dans leur éducation, ce qui m’a permis de prendre des cours du soir tout en travaillant et en ne me disant jamais : « Ça ne sera pas possible puisque j’ai une famille. »

Vous avez notamment créé le réseau Maman travaille. Secrétaire d’État et maman, ça change quoi ?

J’ai plus de temps pour mes filles que lorsque je faisais la campagne présidentielle ! Je rentre tous les soirs chez moi, c’est déjà beaucoup. Surtout, cela me semblerait indécent de me plaindre de ma situation. Les personnes qui pâtissent le plus de la conciliation vie privée/vie professionnelle sont celles qui font les trois-huit ou qui n’ont personne pour garder leurs enfants.

Il faut attaquer le problème par tous les biais. Le soft power et l’incitation ne fonctionnent pas seuls.

La parité en France souffre de chiffres assez mitigés. Jusqu’ici, les politiques ont souvent instauré des quotas et des amendes. Êtes-vous fondamentalement pour ces punitions ?

Oui, car il faut attaquer le problème par tous les biais. Le soft power et l’incitation ne fonctionnent pas seuls et on en a la preuve : en politique, on a une loi sur la parité des conseils municipaux donc on a 48 % de femmes. En revanche, il n’y a pas d’obligation dans les communautés de communes et là, on est très loin de ces chiffres. Sans quota ni sanction, c’est la jungle.

Les amendes font-elles vraiment peur ? On sait qu’elles ne sont pas toujours réglées…

C’est l’un de nos chantiers avec le ministère du Travail : renforcer les contrôles aléatoires. Et sur le terrain, oui, nous constatons que les amendes sont incitatives. Mais en parallèle, il est nécessaire d’accompagner les entreprises, notamment les PME et TPE. Aujourd’hui, c’est très compliqué pour un patron de comprendre la dizaine de lois et décrets en vigueur sur le sujet et de les appliquer. Charge aux pouvoirs publics de les rendre lisibles et faciles à mettre en œuvre.

Chacun doit pouvoir s’émanciper au-delà de son assignation à exister en fonction de son identité de genre ou de son sexe.

Certains pensent qu’il y aura toujours des métiers un peu plus masculins et d’autres plus féminins… Serait-ce grave ?

La question est de savoir ce que nous voulons comme société. Est-ce que nous voulons une société de non-mixité, où les femmes sont surreprésentées dans les missions du care et les postes peu valorisés, tandis que les hommes accèdent aux métiers de pouvoir et sont mieux payés ? Il faut que chacun(e) puisse s’émanciper au-delà de son assignation à exister en fonction de son identité de genre ou de son sexe. C’est un combat que nous menons avec le ministère de l’Éducation, notamment en encourageant les filles à aller vers les filières qu’elles se refusaient jusqu’à présent.

« Prévention, action, répression », c’est le nom du plan que vous mettez en place avec le gouvernement. De quoi s’agit-il concrètement ?

La prévention, c’est agir sur les causes des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes, par exemple en sécurisant le congé maternité ou en améliorant la transparence dans l’attribution des places en crèches. La répression, c’est le volet pénalités financières dont je vous parlais, que nous appliquons également à l’État lui-même puisqu’il n’est pas exemplaire à ce jour. Enfin, l’action comprend des politiques innovantes que nous sommes les premiers à mettre en place. Nous proposons ainsi des ateliers de sensibilisation et formation à la parité pour les entreprises qui ne respectent pas la loi : l’idée est de les accompagner dans le temps et de voir si ces rendez-vous sont utiles. Nous menons également des opérations de name and shame pour dénoncer publiquement celles qui refusent de participer à ces événements. En fait, nous avons une approche très start-up : nous testons et apprenons.

Nous menons des opérations de name and shame pour dénoncer publiquement les entreprises qui refusent de participer à nos ateliers de formation à la parité.

Vous dites souvent que l’État ne peut pas tout. Qui peut et qui doit ?

Les partenaires sociaux tout d’abord, car les négociations se font branche par branche, entreprise par entreprise. Ils doivent donc mettre ce sujet à leurs agendas. Les employeurs d’autre part, qui doivent respecter leurs obligations légales et mettre en œuvre des politiques au sein de leurs entreprises. Chaque individu est également acteur : c’est aux parents de pousser leurs enfants, fille ou garçon, à faire les études qu’elle ou qu’il souhaite ; aux hommes de prendre leurs congés paternité et à chacun de saisir le Défenseur des droits pour des questions de discrimination et d’inégalités femmes-hommes.

La parité l’aura-t-elle emporté lorsqu’il y aura un homme à votre poste ?

Pour l’instant, l’enjeu n’est pas tant qu’il y ait un homme Secrétaire d’État en charge de l’égalité femmes-hommes. Il y a encore tellement de postes de pouvoir où l’on ne retrouve aucune femme… Je regarde ma fille de 11 ans et je me dis qu’elle et ses copines seront peut-être les premières femmes « à quelque chose » : les premières femmes à être majoritaires au CAC 40, à être présidentes de l’Assemblée nationale, à siéger au Plateau du Sénat… Occupons-nous d’abord de cela.

C’est quoi, un monde du travail réenchanté ?

C’est un monde du travail dans lequel les individus peuvent être ce qu'ils sont, sans avoir à jouer un rôle. Un monde où on ne cache pas qu’on a des enfants ou un projet de grossesse, qu’on est homosexuel ou atteint d’une grave maladie par exemple.

Le job de vos rêves ?

Celui que je fais aujourd’hui.


Cet article est issu de notre dossier « Demain, la parité ? » de notre guide annuel de l'emploi 2018 

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Photos Laurence Revol

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