C’est un « métier difficile » qu’ils n’abandonneraient pourtant pour rien au monde. Jeunes trentenaires, Michel Courtois et Grégoire Dumazy ont entamé leur quatrième année de collaboration dans deux cabinets d’avocats spécialisés en droit des affaires. Un champ d’exercice très large qui peut regrouper, selon la spécialisation des cabinets, des domaines aussi variés que le droit des sociétés, le droit financier et fiscal, le droit immobilier, le droit bancaire et boursier, le droit de la propriété intellectuelle ou encore le droit commercial et de la concurrence. Ces deux amis, qui se sont rencontrés sur les bancs de la fac à Paris et qui sont aujourd’hui respectivement spécialisés en financement et en droit des sociétés (corporate), reviennent sur leurs parcours, décrivent leur job au quotidien et donnent quelques conseils bien utiles pour ceux qui souhaiteraient embrasser la carrière d’avocat en droit des affaires.

Quel parcours universitaire pour devenir avocat en droit des affaires ?

Après quatre ans de droit à l’université d’Assas, dont un Master 1 en droit des affaires, Michel a passé le concours du Barreau de Paris, qui lui a permis de suivre la formation du Centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA). Un cursus de 18 mois qui se décompose en trois périodes : six mois de cours théoriques, six mois de travail sur un projet pédagogique et six mois de stage dans un cabinet d’avocat. Après avoir décroché son CAPA (certificat d'aptitude à la profession d’avocat), il a décidé de poursuivre ses études avec un LLM (« Master of Law », un diplôme de spécialisation) et un Master 2, toujours en droit des affaires. « J’ai un peu tout fait à l’envers », confie-t-il, alors que la plupart des étudiants attendent d’avoir validé leur cinquième année universitaire pour passer le concours du Barreau. « Les deux premières années de droit, j’ai trouvé cela très austère, très dur, et pas du tout pratique. Ce n'est que lors d'un stage dans un petit cabinet d'avocats, au cours de ma troisième année, que j'ai eu un véritable déclic ! C’est pour cela que j’ai passé le concours à la fin de mon M1, je me sentais prêt parce que j’avais déjà fait quasiment un an de stage et je savais que je voulais vraiment m’orienter vers une carrière d’avocat », explique-t-il. Après plusieurs expériences dans différents cabinets, Michel s’est spécialisé en financement d’acquisitions et travaille désormais depuis un peu plus d’un an chez White&Case, un cabinet d'avocats d'affaires international, fondé à New-York en 1901 et présent à Paris depuis 1926.

« Les deux premières années de droit, j’ai trouvé cela très austère, très dur, et pas du tout pratique. Le fait de faire un stage a été un vrai déclic pour moi. » Michel Courtois

Le parcours de Grégoire a été un peu différent. Après deux années de droit en Suisse, il rejoint l’université d’Assas en troisième année de licence, à l’issue de laquelle il s’oriente vers un Master 1 puis un Master 2 recherche en droit des affaires. Il empile ensuite sur un deuxième Master 2 en droit bancaire et financier afin d’approfondir ses compétences en droit français et passe, la même année, le concours du Barreau de Paris. Il profite de cette année d’étude pour réaliser son premier stage en cabinet d’avocats, avant de suivre la formation du CRFPA. Depuis l’obtention de son diplôme, il travaille au sein du département corporate du cabinet américain Willkie Farr & Gallagher, implanté à Paris depuis 1921.

En quoi consiste concrètement votre métier ?

Spécialisé en conseil boursier et en private equity (capital investissement), Grégoire « conseille des investisseurs dans le cadre de leurs participations ou prises de participations dans des sociétés cotées françaises, mais aussi des fonds d’investissement qui entrent ou sortent du capital de sociétés non cotées dans le cadre d’opérations de LBO (rachat avec effet de levier) ». « J’ai un rôle de conseiller mais ne fais pas du tout de contentieux », explique-t-il. « Au quotidien, mon job consiste à rédiger toute la documentation corporate propre à la société (procès verbaux des actionnaires, des conseils d’administration et autres pièces utiles à la transaction), et de plus en plus, avec mes années d’expérience, des documents plus importants comme les contrats de cession ou les pactes d’actionnaires », précise-t-il. « Je travaille du côté du fonds d’investissement : après avoir identifié une société dite cible qui souhaite être rachetée, le fonds signe un engagement de confidentialité pour avoir accès à des informations financières plus détaillées sur cette structure, afin de faire éventuellement une première offre. Si le fonds est toujours intéressé et que son offre est acceptée, intervient la signature d’un contrat de cession avant que le closing de l’opération, c’est-à-dire le transfert de propriété de la société, ne soit acté. En tant qu’avocat, nous intervenons à toutes les étapes du processus », détaille Grégoire.

« J’ai un rôle de conseiller mais ne fais pas du tout de contentieux (...) Au quotidien, mon job consiste à rédiger toute la documentation corporate propre à la société. » Grégoire Dumazy

« Grégoire travaille sur la partie corporate, sur l’acquisition des dossiers, alors que moi je suis sur la partie financement », précise Michel. « Lorsqu’une société en achète une autre, il y a différents moyens de financer l’acquisition, parmi lesquels figurent la dette bancaire. L’acheteur fait appel à plusieurs banques qui vont se réunir pour lui prêter une somme définie afin de financer son acquisition. Notre rôle est de conseiller les banques qui vont prêter cet argent, et notre job consiste à préparer toute la documentation de crédit et toute la documentation annexe qui permet notamment à la banque de prendre différents types de sûretés sur les actifs de l’emprunteur (comptes bancaires, créances, titres…). Nous intervenons souvent très en amont, dès que l’emprunteur dépose son offre auprès du vendeur », explique-t-il.

« Notre rôle est de conseiller les banques qui vont prêter de l'argent (pour l'acquisition d'une entreprise par une autre, ndlr.), et notre job consiste à préparer toute la documentation de crédit et toute la documentation annexe. » Michel Courtois

Quelle est la journée type d’un avocat en droit des affaires ?

« Difficile de décrire une journée type. C’est à la fois l’avantage et l’inconvénient de ce métier, on ne sait jamais vraiment trop ce qui va arriver », affirme Michel qui explique que ses journées sont rythmées par de nombreux calls - mais peu de réunions physiques -, beaucoup d’échanges de mails, d’analyses et de relectures de documents. « Chaque personne a un rôle très défini dans le cabinet et dans la gestion d’un dossier mais tout le monde travaille avec tout le monde et les documents sur lesquels nous nous penchons circulent de manière très fluide entre tous les membres de l’équipe », assure-t-il. Au niveau des horaires, Michel et Grégoire parlent d’une même voix : de grosses journées de travail et une implication maximale, en général de 9h à 21h.

« Difficile de décrire une journée type. C’est à la fois l’avantage et l’inconvénient de ce métier, on ne sait jamais vraiment trop ce qui va arriver. » Michel Courtois


Les cabinets d’avocats, un environnement difficile et concurrentiel ?

« C’est très variable d’un cabinet à l’autre mais, comme dans toutes les entreprises je pense, l'environnement peut en effet être négatif. La nuance c’est que l’on passe beaucoup de temps au bureau, donc il faut que tout le monde essaye de faire en sorte que l’ambiance soit agréable », assure Michel. Un constat partagé par Grégoire qui estime qu’il faut apprendre à « estomper parfois son caractère pour trouver sa place et travailler en harmonie avec les autres ». « La chose la plus difficile à cerner lorsque l’on veut changer de cabinet, c’est justement de savoir comment les gens réagissent au quotidien en situation de stress et de surcharge de travail. On ne peut pas le percevoir en entretien et on peut parfois être très surpris », déclare Grégoire. Pour eux, les avantages offerts par les grands cabinets prennent le dessus : des transactions importantes et intéressantes, souvent de dimension internationale, qui leur permettent de progresser plus vite et des équipes plus nombreuses qui offrent un encadrement plus diversifié.

« La chose la plus difficile à cerner lorsque l’on veut changer de cabinet, c’est justement de savoir comment les gens réagissent au quotidien en situation de stress et de surcharge de travail. » Grégoire Dumazy

Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon avocat d’affaires ?

« De la motivation ou plutôt de la détermination parce que c’est un métier qui demande beaucoup d’implication et de sacrifices vu le nombre d’heures passées au bureau », estime Grégoire qui ajoute que dans l’exercice concrète du métier, la rigueur est « une qualité indispensable ». Un point de vue partagé par Michel, qui souligne également le niveau d’exigence très élevé imposé par les clients.

« Il faut de la motivation ou plutôt de la détermination parce que c’est un métier qui demande beaucoup d’implication et de sacrifice vu le nombre d’heures passées au bureau. » Grégoire Dumazy

Quels conseils pour un jeune qui souhaiterait embrasser cette carrière ?

« Il faut oser », martèle Michel car selon lui, « les études de droit ne préparent pas au mieux pour trouver un job, à la différence des écoles de commerce ou d’ingénieurs qui délivrent des formations beaucoup plus pratiques ». Le trentenaire suggère de « bien identifier ses envies et de réfléchir très en amont à un plan de vie, encore plus qu’à un plan de carrière. » « Pour être bon dans ce que l’on fait et pour que sa détermination ne fléchisse pas, il faut que ce soit une véritable envie de faire ce métier, de travailler dans ce type d’environnement », explique-t-il. Les deux avocats conseillent ainsi de faire le maximum de stages, notamment à partir du Master 1, pour d’une part être certain de la spécialité vers laquelle on souhaite se diriger, mais aussi pour rendre son CV plus cohérent et étoffer son réseau, afin d’optimiser ses chances d’intégrer le cabinet qui correspondra le mieux à ses attentes.

Cependant, pour Grégoire le CV ne fait pas tout. « Au cabinet nous faisons passer pas mal d’entretiens à des jeunes et souvent je trouve que, malgré de brillants parcours universitaires, ils n’ont pas grand chose à raconter et manquent d’esprit d’initiative. » « Être pris en stage avant d’arriver en Master 1 est souvent difficile, mais cela ne veut pas dire qu’il faut passer ses trois mois de vacances à ne rien faire. Il existe plein d’autres façons de se constituer une expérience personnelle, de s’enrichir et de grandir, notamment avec des projets associatifs, humanitaires, un projet d’entreprise… Cela permet de se confronter au monde du travail, de devenir plus débrouillard et de développer son aisance », souligne-t-il. Sur ce point, il est d’ailleurs formel : « Il y a une telle concurrence, il y a tellement d’élèves qui sortent de l’école d’avocats chaque année, avec souvent des CV impeccables, que ce qui va faire la différence, c’est vraiment la façon dont on va se présenter, le fait de pouvoir parler d’une passion ou d’un projet que l’on a développé en parallèle de ses études et qui montre vraiment qui l’on est. »


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