Chez l'être humain, le sommeil occupe près d'un tiers de la vie en moyenne. Pourtant, en 70 ans, nous avons perdu 60 jours de sommeil par an. L’accélération des rythmes de vie et de la société a en effet conduit de plus en plus de personnes à sacrifier des heures de sommeil. Et un tiers de la population déclare même ne pas dormir bien ou suffisamment selon une étude récente de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS). Stress, environnement, évolution des modes de vie, les raisons sont nombreuses et la question du sommeil est en passe de devenir l’un des sujets majeurs de société de ces prochaines années.

Hugo Mercier, co-fondateur et CEO de Rythm (start-up de neurotechnologies dont le bandeau connecté améliore la qualité du sommeil profond) nous aide à y voir plus clair et nous explique l’impact de notre sommeil sur notre quotidien.

On dort moins. Pourquoi?

« Tout a changé depuis que Thomas Edison a inventé l’ampoule. Nos nuits sont électrisées, nos smartphones en permanence à quelques centimètres de nos oreillers. En 70 ans, nous avons perdu 60 jours de sommeil par an. »

C’est par ce constat, qu’Hugo Mercier ouvrait son discours lors de la dernière édition TedxParis en novembre dernier. Avant, le rythme de nos vies était calqué sur le rythme solaire : on se couchait avec la nuit et on se levait avec le soleil. Mais l’apparition de l’électricité a peu à peu désynchronisé cet équilibre. Ces soixante dernières années ont également vu naître une profonde modification du temps de travail. « Culturellement les choses ont changé. On a été élevé en pensant que travailler beaucoup et dormir peu était un signe de réussite. Le film Wall Street sorti en 1987 en est un parfait exemple. Jusqu’à très récemment, c’était le modèle pour la grande majorité d’entre nous. »

« On a été élevé en pensant que travailler beaucoup et dormir peu était un signe de réussite. »

L’autre facteur majeur, ce sont les nouvelles technologies et notamment le smartphone.  Les 18-30 ans y sont connectés l’équivalent d’une journée par semaine. Selon la dernière infographie de Merci Alfred, 41% des Français affirment le consulter au milieu de la nuit et 40% des 18-25 ans le consultent dans les 5 minutes suivant leur réveil. Le téléphone a donc remplacé le réveil sur les tables de nuit et les troubles du sommeil ont commencé à se multiplier.

Pour Hugo Mercier, l’utilisation tardive et prolongée de nos écrans détériore réellement la qualité du sommeil par son effet stimulant et addictif. « Si on est connecté en répondant à des mails professionnels par exemple, ça ne nous permet pas d’être dans de bonnes conditions pour trouver le sommeil. Un mail va nous faire penser à la tâche à accomplir le lendemain, avec potentiellement du stress engendré. Le cerveau n’est pas reposé, il n’est pas déconnecté. Il continue de fonctionner alors que pour trouver le sommeil il est recommandé d’être dans un état de détente. »

Et être dans un état de détente pour notre cerveau ne signifie pas non plus scroller son feed Instagram, pinner ses nouvelles idées sur Pinterest ou liker les derniers posts Facebook. Pourquoi ? À cause de la lumière bleue. La lumière bleue, c’est la lumière émise par les écrans LCD. Quand vous regardez votre ordinateur ou votre smartphone, la lumière bleue irrite l'oeil et retarde la sécrétion de la sérotonine, l’hormone de l’endormissement. Les détecteurs de lumière bleue présents dans les yeux faisant croire à notre cerveau qu’il fait encore jour et que ce n’est pas le moment de dormir.

41% des Français affirment consulter leur téléphone au milieu de la nuit

Pour changer en douceur nos (mauvaises) habitudes, Hugo Mercier nous conseille d’abord de paramètres le mode « Night Shift » sur iPhone et iPad ou de télécharger une application pour jaunir l’écran comme Twilight sur Androïd. On peut aussi télécharger des applications comme Space, AppDetox ou Moment pour connaitre le temps passé sur notre téléphone et ainsi en réduire peu à peu notre utilisation. Et pour tous ceux qui ne peuvent s’endormir qu’après un bon épisode de série, la marque Edie et Watson propose des lunettes dont les verres sont conçus pour filtrer 40% des rayons nocifs de la lumière bleue. L’idéal étant quand même d’essayer de limiter sa connexion le soir et de faire dormir votre cher et tendre (téléphone) sur le canapé.

Manque de sommeil = manque de productivité = manque de créativité

« Quand on dort peu, nos performances cognitives diminuent (manque de concentration, attention moins précise). On est fatigué, on est moins performant donc on est stressé, donc on dort moins bien. Car on le sait le stress empêche de dormir et le manque de sommeil aggrave le stress. C’est le début du cercle vicieux. »

Mal dormir c’est être moins performant, oui mais pas seulement. Car le manque de sommeil affecte également le cortex préfrontal du cerveau, soit la région contrôlant l'innovation, le self-control et la créativité. Moins productif donc, moins créatif aussi.

Le manque de sommeil affecte le cortex préfrontal du cerveau, soit la région contrôlant l'innovation, le self-control et la créativité. 

Peu dormir c’est enfin être plus fragile puisque le système immunitaire est moins efficace. On est donc plus facilement malade et enclin à des phases dépressives pouvant aller jusqu’au « burn-out ». Pour Hugo Mercier, il est grand temps de prendre conscience de ce fléau. « La privation de sommeil a un effet désastreux sur les personnes et sur leurs performances. Tout le monde est perdant. On se rend compte que le fait de mal dormir a un véritable impact économique. Chaque année, cela coûte 1 billion de dollars dont 411 milliards rien qu’aux Etats-Unis, environ 2,5 % du PIB. Et qui paie ? Ce sont les entreprises et les compagnies d’assurance. Le sommeil, c’est le nouveau tabac. »

Mettre en place des solutions efficaces pour accompagner ses employés, comme à l’époque pour éliminer la cigarette des réunions de direction, c’est là tout l’enjeu pour les entreprises d’aujourd’hui. Et concrètement, on fait comment?

Quand le sommeil s’invite au travail

Un bon début pour lutter contre la culture de privation de sommeil qui règne dans les entreprises serait d’inculquer à ses employés de bonnes habitudes de sommeil en les encourageant par exemple à se déconnecter le soir, le week-end et les jours de congés et en leur proposant des salles de sieste sur leur lieu de travail.

Car oui faire la sieste est bon pour la santé et cela peut même vraiment améliorer la performance au travail. Selon Hugo Mercier, « pour que la sieste soit efficace, il faut une pression de sommeil. Les pics de pression de sommeil surviennent en général 30 à 40 minutes après le déjeuner. C’est ce fameux " coup de barre " que l’on ressent après avoir mangé. L’idéal est donc de faire une sieste à ce moment-là d’une vingtaine de minutes. Après cette " power nap ", comprenez " sieste éclair ", on se sent reboosté pour le reste de la journée. Je le fais, mon équipe aussi et ça marche ! ».

Permettre à ses employés de faire une sieste, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Il est en effet temps de faire changer les mentalités en corrigeant notamment l'équation entre temps de sommeil et réussite. Il devient également urgent de changer les habitudes en repensant différemment les temps de travail.

« Aujourd’hui même les boites qui travaillent beaucoup réussissent à adapter le temps de travail de leurs employés, grâce au télétravail notamment. L’important, c’est de réussir à trouver l’équilibre entre les besoins personnels de chacun et les objectifs communs de l’entreprise. Chez Rythm, par exemple, les développeurs arrivent plus tard et repartent plus tard. Ça ne me pose aucun soucis, je ne compte pas leurs heures. Tant que le boulot est fait, c’est le principal. » Mieux dormir pour mieux réussir, c’est le conseil à retenir.

Suivez Welcome to the Jungle sur Facebook pour recevoir tous nos meilleurs articles dans votre timeline !

Newsletter

Suis-nous !