La SexTech : prêt(e) à travailler dans un secteur en pleine mutation ?

  • Marlène Marlène
  • Publié il y a 6 mois
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La SexTech : prêt(e) à travailler dans un secteur en pleine mutation ?

  • Marlène Marlène
  • Publié il y a 6 mois
Chaque seconde, 28 258 personnes dans le monde seraient en train de regarder un film X en ligne*

L’industrie du sexe a toujours été le moteur de grandes avancées technologiques. Les premières publications érotiques ont boosté le développement de l’imprimerie, les « films du samedi soir » et le téléphone rose celui des télécommunications, et aujourd’hui des technologies comme la réalité virtuelle sont, en partie, portées par le secteur de la pornographie. La « SexTech » fait naître chaque année de nouvelles pépites et crée des milliers d’emplois à travers le monde. Panorama des tendances et des acteurs de cette industrie en pleine croissance.

Les grandes tendances de la SexTech

À l’heure de l’intelligence artificielle, du quantified self et des Big Data, quels sont les phénomènes qui font du bruit dans l’univers décomplexé de la SexTech ?

Les sex-toys connectés

Le développement des objets connectés ne s’est pas arrêté à votre montre ou votre enceinte. Les jouets pour adultes se multiplient et ont de beaux jours devant eux. D’après le fond d’investissement 500 Partners, le marché du sex-toy connecté représenterait plus de 22 milliards de dollars au niveau mondial.

Pour les amateurs du solo, la start-up anglo-saxonne Hum a développé le premier sex-toy doté d’une intelligence artificielle qui lui permet d’adapter son comportement (en fait… ses vibrations) aux réponses physiques de son utilisatrice/eur. Mais de plus en plus, ces objets dépassent le plaisir solitaire pour s’intégrer dans le quotidien des couples. Ils sont souvent connectés à une application mobile et contrôlables à distance. Des start-up, à l’image de Kissenger, vont plus loin et utilisent des capteurs de pointe pour permettre aux couples à distance de s’embrasser via un objet connecté qui reproduit les mouvements de la bouche du partenaire.

Les applications mobiles

La majorité des nouvelles applications se positionne sur le marché de la rencontre. Une étude Clue & Kinsey Institute a étudié le phénomène à travers 198 pays pour annoncer des chiffres édifiants : 30% des participants à l’enquête utilisent des applications type Tinder ou Happn.

Autre phénomène en croissance, celui du tracking des performances. 45% des Américains utilisent déjà des applications pour suivre, noter et obtenir des conseils pour améliorer leurs prouesses. Certaines sont rigolotes et surprenantes comme l’application LickYourPhone qui permet de lécher son téléphone (oui oui) pour apprendre à maîtriser l’art du cunnilingus… D’autres sont de vraies machines de guerre et proposent de mesurer chaque aspect du rapport : temps, calories dépensées, niveau de décibels atteints, etc.

Mais attention, freinez vos ardeurs ! La jeune start-up néerlandaise LegalFling propose d’encadrer les relations sexuelles avec un service de consentement mutuel dans lequel toutes pratiques acceptées ou non sont recensées… puis inscrites dans la blockchain. Utilisation du préservatif, langage explicite, positions acceptées, pratiques exclues... tout est paramétrable. L’objectif ? Clarifier les choses pour limiter le harcèlement, les agressions sexuelles ou encore se protéger d’éventuelles poursuites mensongères. Alors pas de boogie-woogie avant de signer votre contrat du soir.

Enfin, de plus en plus d’applications se positionnent sur l’éducation à la sexualité et l’accompagnement des couples. Le marché propose aujourd’hui de l’initiation au libertinage, ou des jeux pour entretenir la flamme. Des chatbots répondent aux questions des adolescents qui s’interrogent sur leur corps sans oser en parler avec des thérapeutes ou des enseignants. D’autres applications permettent de suivre sa fertilité et ses cycles menstruels.


La réalité virtuelle

Dès 2015, le géant de l’industrie du sexe Marc Dorcel avait annoncé se lancer sur le créneau de la réalité virtuelle. Des milliers de vidéos intégrant cette technologie sont déjà disponibles, proposées par les studios de production classiques qui ont tous compris qu’elles seraient l’avenir de leur industrie.

Et combinées à la télédildonique (la stimulation sexuelle à distance), les promesses de la réalité virtuelle semblent infinies. Brian Shuster, ancien producteur de cinéma, va jusqu’à annoncer que le sexe virtuel finira par prendre le pas sur le sexe réel. D’après lui, les relations charnelles deviendront anecdotiques : « C’est une tendance qui est déjà en marche au Japon où beaucoup de jeunes de moins de 30 ans préfèrent développer une sexualité sur Internet plutôt que dans la vraie vie. »

Et bientôt… les robots sexuels ?

De toutes les tendances de cette industrie, celui des robots sexuels est le plus sujet à controverse. Au CES 2010 (The Consumer Electronics Show), la société True Companion avait présenté Roxxxy, une femme-robot au physique personnalisable et aux cinq personnalités au choix (timide, aventureuse, etc.). Rocky, son homologue masculin, n’a pas tardé à faire son apparition. Depuis, d’autres start-up se sont lancées dans la course au premier robot-sexuel. Harmony, par exemple, a demandé plusieurs années de recherche et développement. Les technologies nécessaires pour lui donner vie sont pointues : reconnaissance vocale, reconnaissance faciale, mécatronique, ingénierie animatronique, etc. Des ingénieurs aux compétences extrêmement variées sont impliqués sur ces projets à plusieurs centaines de milliers de dollars.

Des recherches qui offrent des perspectives intéressantes - traitement des troubles sexuels, réduction du trafic d’êtres humains pour la prostitution, réduction de la transmission des MST, etc - mais qui posent également des questions éthiques sous-estimées par les acteurs de l’industrie. La Foundation for Responsible Robotics s’en inquiète dans un rapport sur les relations amoureuses du futur : des robots sont déjà proposés dans certaines maisons de retraite, mais avec quels impacts sur la sexualité des personnes âgées ? Doit-on interdire les poupées infantiles utilisées pour traiter la pédophilie ? Les robots sexuels changeront-ils la perception des genres ? Peut-on se marier avec un robot ? Autant de questions en suspens qu’il est nécessaire de traiter rapidement.

La France, grande absente de la SexTech ?

Laetitia Vitaux et Nicolas Colin, créateurs de l’incubateur The Family, ont lancé un appel en 2016 sous le titre « We want more sex (startups) » pour déplorer ce puritanisme français qui retarde le développement de nos entreprises sur un marché mondial estimé à 30 milliards de dollars. Car les réseaux d’accompagnement, les fonds d’investissement ou encore les banques de l’Hexagone restent très frileux et rechignent à associer leur image au sexe. B.Sensory, qui développait un sex-toy connecté made in France et synchronisé avec des livres érotiques, en a fait les frais. L’entreprise a récemment déposé le bilan faute de soutien financier, malgré un fort engouement de ses utilisatrices et l’obtention du prix de l’innovation au CES 2016.

Le tabou met du temps à se lever, mais quelques signaux forts montrent que la France entre dans une démarche positive. Le premier hackathon français dédié à la SexTech s’est tenu en mai 2017 dans les locaux de l’Ecole 42. Pendant deux jours, douze équipes ont travaillé sur des projets innovants entre amour, sexe et santé. Parrainé par Marc Dorcel, il en a profité pour annoncer l’ouverture du premier incubateur français dédié à la SexTech. Le Dorcel Lab accompagnera chaque année cinq projets innovants sur la thématique.

Une industrie qui prend le tournant du girl power

Au-delà des débuts timides en France, la SexTech est un véritable phénomène à l’étranger. Le cabinet J. Walter Thompson Intelligence parle de « vagina-nomics », contraction des termes vagina (vagin) et economics (économie) pour décrire la multiplication des produits dédiés au bien-être des femmes. L’époque où les sex-toys se faisaient passer pour des « masseurs pour visage » dans les catalogues de vente à distance est terminée. Aujourd’hui, 40% des femmes en rangent un, sans tabou, dans leur table de chevet.

Une industrie qui pense au plaisir des femmes et dans laquelle elles entreprennent de plus en plus. Cindy Gallop, publicitaire britannique et serial entrepreneuse, a créé récemment All the Sky Holding, le premier fond d’investissement anglo-saxon dédié aux femmes de la SexTech. À travers sa conférence TED de 2009 « Make love, not porn », elle encourage toutes les jeunes (et moins jeunes) femmes à se lancer dans cette industrie passionnante et à bouleverser les codes.

La SexTech remet peu à peu en question les tabous de notre société et nous interroge sur notre sexualité. En s’appuyant sur les technologies existantes, elle promet de bouleverser la façon dont nous envisageons nos relations amoureuses et nos rapports sexuels. En France, l’industrie française en est à ses balbutiements, mais quelques signaux laissent présager un envol proche… Prêt(e) à travailler dans une industrie pas comme les autres ?


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Photo by WTTJ

*Infographie Le Sexe Digital de Uplust, 2015

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