Partir coder en Sicile et être heureuse, l'histoire d'Alix

  • Elodie Boutit Elodie Boutit
  • Publié l’année dernière
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Partir coder en Sicile et être heureuse, l'histoire d'Alix

  • Elodie Boutit Elodie Boutit
  • Publié l’année dernière

Après ses études à Science Po, elle aurait pu se lancer en politique, enseigner ou faire de la philo comme elle en rêvait gamine. Finalement, elle a rejeté la langue de bois, et s’est lancée tête baissée dans l’apprentissage du langage HTML. Et à 23 ans, entre une formation express au sein d’une start-up et des heures passées seule sur le net à dévorer des moocs en ligne, cette autodidacte a monté son agence de communication digitale. Même si elle a de l’or entre les mains, Alix Heuer a choisi de mettre ses compétences au service des milieux associatifs et culturels et garder son indépendance, en partant en Sicile pour élever son premier enfant et coder… au soleil.

Quand tu repenses à ton enfance, est-ce que quelque chose te prédestinait à cette vie de jeune entrepreneuse/serial codeuse ?

En apparence, absolument rien ! Ma mère est créatrice de mode, de lingerie plus précisément, et mon père est musicien. Dans les années 1980, il était dans un groupe de punk qui s’appelait Bérurier Noir et j’ai deux sœurs, l’une est géographe et vidéaste, l’autre est couturière spécialisée dans les arts aériens. J’ai eu une enfance très rock’n roll que j’ai adorée, mais paradoxalement, j’ai très vite développé un besoin de stabilité.

Comment as-tu trouvé ta voie, au milieu de cette famille d’artistes ?

J’ai pas mal cherché quand même… J’ai d’abord fait des études littéraires, une prépa à Paris, suivie de Science Po Lyon et c’est là que j’ai eu la chance de partir faire une année incroyable à Philadelphie. Là-bas, j’ai fait de l’histoire de l’art, j’ai pris des cours de muséographie, de scénographie, d’écriture de récits radiophoniques, un peu de tout et n’importe quoi mais surtout rien en rapport avec mes études initiales. C’est là où tu te rends compte qu’en France, on t’amène à faire des choix qui n’en sont pas vraiment. En réalité, moi, j’étais complètement paumée. J’avais voulu être prof de lettres, puis de philo, puis aucun des deux. Là-bas, on t’aide simplement à apprendre à te connaître en tant qu’être pensant et jeune adulte. Finalement, c’est tellement plus cohérent.

« Aux États-Unis, on t’aide à apprendre à te connaître en tant qu’être pensant et jeune adulte. C’est tellement cohérent. »

Comment es-tu passée de l’idée d’être prof de philo à celle d’apprendre à coder ?

Complètement par hasard ! En rentrant des États-Unis, je m’étais orientée vers la sociologie de la culture puisque mon idée, à cette époque, c’était de devenir muséographe et de favoriser l’accès à la culture pour tous, grâce aux façons de présenter l’art, notamment au sein des musées. J’ai fait ma thèse là-dessus et je devais en parallèle effectuer des stages. En cohérence avec tout ça, je suis entrée chez Ulule qui était à l’époque l’un des premiers sites de financement participatif, le mieux placé au niveau des contenus culturels. Aujourd’hui, c’est devenu un truc énorme mais quand j’y étais, c’était minuscule, on était trois à bosser dessus à plein temps. Et c’est là, au milieu des multiples missions qui m’ont été confiées que j’ai découvert l’univers du code.

Tu te souviens de ta première ligne de code ?

Non mais je me souviens du moment où j’ai eu un gros coup de foudre pour la discipline… C’est le jour où j’ai compris la chose suivante : sur le web, tu as beau avoir plein de super idées, sans un bon développeur, elles ne valent rien ! J’ai réalisé qu’il n’y avait qu’une seule personne qui avait véritablement le pouvoir dans cet univers du digital et des start-up, c’est le développeur. Et c’est ça, cette position, ce pouvoir, qui m’a donné envie de comprendre son univers. D’aller plus loin en fait. De se dire : « Ok, voilà ce que j’aimerais faire et maintenant voilà comment techniquement et concrètement je peux le mettre en place sur mon site. »

 « J’ai eu un gros coup de foudre pour la discipline...Sur le web, tu as beau avoir plein de super idées, sans un bon développeur, elles ne valent rien ! »
© Laurence Revol 
© Laurence Revol 

Et quel a été le déclic pour te lancer en solo ?

Le syndrome de la rentrée, je dirais… J’avais eu une année de malade chez Ulule, je travaillais comme une dingue, je n’avais pas pris de vacances et j’étais au bord du burn-out. Mais comme j’étais jeune, à l’époque je n’avais que 22 ans, je n’ai pas su tirer la sonnette d’alarme. Et fin août, à dix jours de la rentrée, j’ai craqué, j’ai envoyé un mail à mes boss en pleine nuit en disant que je ne reviendrais pas. Je ne me voyais pas refaire une année comme celle-là, j’avais fait le tour, j’étais à bout. Ils m’ont appelée dès le lendemain, m’ont fait des propositions très alléchantes, comme recruter des gens pour m’épauler, prendre des parts, m’augmenter, etc. Mais à 22 ans, avoir plus de thune sur ton compte à la fin du mois, et la perspective d’avoir 5 % d’une boîte valorisée je ne sais pas combien de millions, je m’en foutais ! C’était fini, il fallait que je passe à autre chose.

Et comment as-tu développé ton projet Rouge le Fil, ta propre agence de communication digitale ?

Grâce à une rupture conventionnelle, j’ai pu toucher le chômage et donc avoir quelques mois devant moi pour mûrir mon projet. Pour ça, on a de la chance en France ! Dès le départ, j’ai eu envie de choisir avec qui j’avais envie de travailler. Donc je me suis vendue gratos ou presque, en me disant, j’ai encore besoin de me former, d’apprendre : qui pourrait en profiter, qui en a le plus besoin ? Et très vite, j’ai réactivé mes contacts dans le monde associatif et culturel, des gens que j’avais rencontré via Ulule ou en lien avec la fin de mes études ou mes propres engagements associatifs. Je leur ai proposé de leur filer des coups de main pour développer leur site, pour améliorer leurs présentations. En fait, je cumulais les rôles de community manager, d’attachée de presse, de développeur web et rapidement j'ai vu que j’aimais toucher à tout mais que je n’avais aucune envie de ne faire qu’une seule de ces choses. Donc à partir de ce constat, j’ai décidé de créer ma propre agence qui propose et regroupe toutes ces compétences. Mon idée de départ – et c’est ce que je fais toujours depuis – c’était d’accompagner les structures qui n’ont pas beaucoup d’argent et qui font des choses qui me tiennent à cœur, de les aider à se développer, à résoudre tous leurs problèmes digitaux.

« Je cumulais les rôles de community manager, d’attachée de presse, de développeur web et rapidement j'ai vu que j’aimais toucher et j’ai décidé de créer ma propre agence qui propose toutes ces compétences. »
© Laurence Revol 
© Laurence Revol

Tu as aussi décidé de partir t’installer en Sicile, au soleil… Est-ce que ce n’est pas ça le comble du luxe pour un entrepreneur ?

Je sais, j’ai une chance incroyable ! D’ailleurs quand j’y pense, là encore, je me dis qu’il n’y a pas de hasard. Petite, j’ai passé une partie de mon enfance en Corse dans un tout petit village de quarante-neuf habitants parce qu’un jour mon père, sur un coup tête, avait décidé qu’il en avait marre de Paris et qu’il voulait que ses enfants aient les mains dans la terre et, finalement, moi aussi j’ai décidé d’aller donner naissance à mon premier enfant sur une île, au plus près de la mer et de la nature… Donc en effet, mon compagnon étant sicilien, quand je suis tombée enceinte, on a pris la décision de quitter Paris pour aller s’installer sur ses terres d’origine et comme je travaille seule et que je n’ai besoin que d’un ordinateur et d’une bonne connexion Internet, je n’ai pas hésité une seconde. En soit, ça n’a rien changé à mon quotidien professionnel, certains de mes clients ne savent même pas que je suis loin de Paris, sur une terrasse au soleil quand ils me parlent par mail !

Tu t’es formée seule et sur le tas mais as-tu des conseils à donner à quelqu’un qui voudrait se lancer ?

En terme de formation, il faut faire attention, il y a beaucoup d’arnaques, mais ce que je conseillerais les yeux fermés c’est l’école 42, montée par Xavier Niel. C’est à la dure mais c’est top. Il n’y a pas de fausses promesses : c’est gratuit, ça dure deux ans et à la sortie tu es vraiment développeur.

Et toi, former les autres, tu y penses ?

Oui, j’adore ça et j’aimerais pouvoir le faire plus d’ailleurs. Quand j’étais encore à Paris j’avais commencé à donner des cours via une super association Les Compagnons du Dev. C’est ouvert aux enfants dès l’âge de 4 ans avec des outils développés par le MIT pour permettre aux très jeunes d’intégrer les logiques d’algorithmes à partir d’éléments qui leur semblent être des jeux. Et j’assurais aussi des formations à destination d’un public de décrocheurs scolaires, à Villiers-le-Bel. Ça me manque déjà !

« Être en Sicile, ça n’a rien changé à mon quotidien professionnel, certains de mes clients ne savent même pas que je suis loin de Paris, sur une terrasse au soleil quand ils me parlent par mail ! »
© Laurence Revol 
© Laurence Revol 
© Laurence Revol 

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Photos by Laurence Revol pour Encore

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