Travailler moins pour travailler mieux : la semaine de 4 jours

  • CécileCécile
  • Publié il y a 8 jours
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Travailler moins pour travailler mieux : la semaine de 4 jours

  • CécileCécile
  • Publié il y a 8 jours

Non, nous ne parlerons pas ici de rythmes scolaires mais bel et bien de la semaine de 4 jours… en entreprise. Car si cette idée peut sembler utopique ou même saugrenue dans un pays où le présentéisme est roi, cette structuration du temps de travail a pourtant déjà été expérimentée dans diverses entreprises, en France comme à l’étranger, le plus souvent avec succès. Voici un petit tour d’horizon de ces expérimentations et de leurs résultats plein de promesses.

Qu’entend-on par semaine de 4 jours ?

La semaine de 4 jours consiste à travailler 4 jours par semaine au lieu des 5 jours communément admis. Concrètement, cette organisation peut se traduire de 2 manières :

  • Une baisse du nombre d’heures de travail hebdomadaire (30 à 34 heures) avec un maintien de la rémunération et des journées de travail maintenues à 8 heures.
  • Un maintien du nombre d’heures hebdomadaires avec augmentation des amplitudes horaires quotidiennes de façon à faire en sorte que toutes les heures à effectuer (soit 39 heures ou 35 heures en France) soient réparties sur 4 jours et non sur 5. Les salariés travaillent ainsi jusqu’à 10 heures par jour, 4 jours par semaine.

Dans tous les cas, la semaine de 4 jours ne consiste pas à travailler moins et à toucher un moindre revenu. Les employés conservent le même salaire mais bénéficient de 3 jours de repos hebdomadaires.

Tour d’horizon des expérimentations

D’après l’Organisation internationale du travail, le fait de réduire son temps de travail hebdomadaire est plus courant dans certains pays que dans d’autres. Par exemple :

En Suède

En Suède, plusieurs structures ont déjà testé la semaine de 30 heures réparties sur 4 jours de travail avec un maintien de la rémunération équivalente à ce que les salariés touchaient lorsqu’ils travaillaient 40 heures.

  • La semaine de 30 heures chez Toyota

C’est notamment le cas à Göteborg, une ville du sud du pays, où le concessionnaire Toyota de la ville a décidé en 2002 de passer à la semaine de 30 heures. Preuve que le test mené depuis 16 ans est concluant, les profits de Toyota ont augmenté de 25% depuis 2002 alors même que les salaires y sont plus élevés que la moyenne dans le secteur. Pour Martin Banck, directeur de l’usine : « Le personnel se sent mieux, il y a moins de turn-over et le recrutement est plus facile. »

  • La semaine de 30 heures à l’hôpital

Toujours à Göteborg, la ville a diminué le temps de travail de ses aides-soignantes, passées elles aussi de 40 à 30 heures de travail hebdomadaire. Depuis cette prise de décision, survenue en mars 2016, les arrêts maladie sont en baisse, les employés se disent moins stressés et moins fatigués. Cette décision a de plus permis de nouvelles embauches pour compenser cette baisse du temps de travail. Dans une interview donnée au Guardian, une infirmière de 41 ans explique : « Avant, j’étais tout le temps fatiguée. En rentrant chez moi, je m’écroulais sur mon canapé. Mais maintenant, je suis beaucoup plus en forme et j’ai beaucoup plus d’énergie pour travailler mais aussi pour ma vie de famille. »

Aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, réduire son temps de travail et pouvoir l’organiser librement est une philosophie de vie. Ainsi, si la loi prévoit une durée de temps de travail hebdomadaire pouvant aller jusqu’à 60 heures, dans les faits la plupart des hollandais travaillent en moyenne 30 heures par semaine et plus de la moitié des employés du pays travaille à temps partiel car là-bas, ce type de contrat n’est pas réservé qu’aux emplois non-qualifiés et est bien mieux considéré qu’ailleurs. Il est tout à fait courant de voir des personnes occupant des postes à grandes responsabilités travailler à temps partiel.

Pour les salariés à plein temps, la durée maximum de travail journalier est fixée à 10h et les employés peuvent décider eux-mêmes de leur emploi du temps, dans la mesure où ils respectent cette règle. Ils peuvent donc répartir leurs horaires de travail à leur convenance et réaliser un temps plein en 4 jours ou un temps partiel en 5 jours.

Autant dire que les hollandais ont une conception du travail à l’opposé du présentéisme à la française, qui tend à considérer que plus on passe de temps au travail, plus on est efficace et dévoué. Cette grande liberté qui leur est offerte semble d’ailleurs avoir des effets positifs puisque d’après une étude de l’Expert Market établissant un classement mondial de la productivité en 2017, les Pays-Bas arrivent en 8ème position des pays les plus productifs.

Aux États-Unis

Du 1er mai au 31 août, l’entreprise Basecamp fait travailler ses employés 4 jours et 32 heures par semaine seulement. Le reste de l’année, ils reviennent à une semaine de 5 jours et 40h de travail par semaine.

Dans un éditorial pour le New York Times, Jason Fried, fondateur de l’entreprise affirme que ses équipes réalisent un meilleur travail en 4 jours qu’en 5. Il explique : 

« Lorsque nous parlons de semaine de travail de 4 jours, nous ne sous-entendons pas 40 heures en 4 jours mais bien 32 heures de travail. C’est essentiel pour pouvoir profiter des heures d’été. Pendant l’été, ici au Colorado, ma famille adore passer du temps dehors, à faire du camping et de la randonnée. Avoir trois jours pour le faire, c'est un luxe. Nous ne nous sentons pas pressés ni stressés et je retourne au travail chaque lundi détendu, comme si j’avais passé des mini-vacances. En plus de cette énergie, notre siège social a mis en place une plateforme «Qu'avez-vous fait ce week-end? » sur laquelle tout le monde poste des images et partage le récit de ses aventures du week-end. Cela renforce les liens entre tous les membres de l'équipe. »

« Avoir trois jours de week-end, c'est un luxe. Nous ne nous sentons pas pressés ni stressés et je retourne au travail chaque lundi détendu, comme si j’avais passé des mini-vacances. » - Jason Fried, fondateur de Basecamp.

Et la France, dans tout ça ?

En France, quelques entreprises ont elles aussi déjà sauté le pas :

Je Porte Mon Bébé

C’est le cas par exemple de l’entreprise toulonnaise Je Porte Mon Bébé (JPMBB) qui emploie une quinzaine de salariés. Tout comme Basecamp qui a été leur source d’inspiration, du mois de mai à la fin du mois d’août, les salariés travaillent 4 jours par semaine au lieu des 5 jours habituels. Pour Keren et Olivier Sâles, co-fondateurs de l’entreprise, loin de freiner la productivité de l’entreprise, cette structuration qui plaît beaucoup aux salariés leur donne encore plus envie de s’investir.

Olivier Sâles, co-fondateur de Je Porte Mon Bébé, explique : « L’idée m’est venue de façon très spontanée et presque naïve. Elle date de mai 2016 où les jours fériés tombant soit le lundi soit le vendredi, nous avons travaillé de facto quatre jours par semaine pendant quinze jours, sans que cela n’impacte la qualité de service et l’activité de l’entreprise. Cela m’a interpellé. J’ai fait un rapide sondage auprès des salariés. Tous sans exception m’ont raconté avoir très bien vécu ces semaines. En fait, ils se sont organisés pour s’adapter à la charge de travail. Je me suis dit : “puisque ça marche, pourquoi ne pas continuer ?” »

« J’ai fait un rapide sondage auprès des salariés. Tous sans exception m’ont raconté avoir très bien vécu ces semaines allégées par les jours fériés. En fait, ils se sont organisés pour s’adapter à la charge de travail. » - Olivier Sâles, co-fondateur de Je Porte Mon Bébé.

YPREMA

De son côté, cela fait déjà 21 ans que l’entreprise Yprema a adopté la semaine de 4 jours. Spécialisée dans le développement durable, elle emploie 80 salariés répartis sur 9 sites en France.

En 1997, Claude Prigent, PDG de la société, décide de passer de 39 à 35 heures de travail hebdomadaire, devançant ainsi la loi Aubry. Selon lui, c’est ce qui lui a permis d’embaucher 14 personnes en CDI, passant de 42 à 90 salariés en 10 ans. Dans une interview parue dans le Nouvel Obs, il admet que cette décision a été motivée par les exonérations de charge allant de pair avec ce dispositif, mais il explique aussi que pour une entreprise spécialisée dans le développement durable, il était normal de lutter contre la pénibilité au travail. Il estime de plus que cette nouvelle organisation du temps de travail a augmenté la capacité de production de l’entreprise.

Aujourd’hui, tous les salariés de l’entreprise travaillent 35 heures par semaine et 80% d’entre eux effectuent ces heures sur 4 jours. Ce sont les salariés eux-mêmes qui choisissent leur 3ème jour de congés, dans la mesure du possible, car il va de soi que si tout le monde veut prendre son mercredi cela peut compliquer le fonctionnement de l’entreprise. Certains se sont donc vus imposer un jour de congé qui ne correspondait pas forcément à leur souhait initial, mais ceci reste aménageable en cours d’année si besoin.

Travailler moins pour travailler mieux

Travailler moins permet en toute logique d’avoir un meilleur équilibre de vie et de se préserver de nombreuses maladies liées au stress et au surmenage, mais cela permet aussi d’être plus performant dans son travail.

Selon une étude menée par Charles J. Hobson de l’Université d’Indiana Northwest, quand il y a déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée, cela entraîne du stress et des maladies liées à l’anxiété. Cela provoque aussi plus de conflits dans la vie personnelle, conduisant à davantage de divorces et de lacunes dans l’éducation des enfants. Mais paradoxalement, les effets négatifs se ressentent aussi dans le cadre du travail : baisse de la productivité, de la motivation et de la satisfaction à aller travailler, les employés sont moins investis, les arrêts maladie et l’absentéisme sont plus importants. Il semblerait donc que travailler plus n’implique pas de travailler mieux, bien au contraire.

De son côté, Jean-Emmanuel de Neve, professeur d’économie à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, a réalisé une étude sur le bonheur au travail en se basant sur l’expérience de 5000 personnes travaillant 4 jours par semaine chez British Telecom. Il a mesuré leur degré de satisfaction et de productivité durant 6 mois et est parvenu à la conclusion que le fait de travailler 4 jours par semaine améliorait la productivité de l’entreprise. Les salariés concernés étaient plus détendus, plus heureux, ils prenaient plus d’appels, avec une meilleure satisfaction client.

La qualité plutôt que la quantité

Travailler 4 jours au lieu de 5, c’est partir du principe que la qualité vaut mieux que la quantité d’heures de travail fournies. Pour le PDG de Basecamp : « Supprimer une journée chaque semaine vous oblige à hiérarchiser le travail qui compte vraiment et à laisser le reste de côté. Il ne s'agit pas de travailler plus vite, mais d'apprendre à travailler plus intelligemment et de réévaluer vos priorités. »

« Supprimer une journée chaque semaine vous oblige à hiérarchiser le travail qui compte vraiment et à laisser le reste de côté. Il ne s'agit pas de travailler plus vite, mais d'apprendre à travailler plus intelligemment et de réévaluer vos priorités. » - Jason Fried, fondateur de Basecamp. 

Une meilleure organisation

Le semaine de 4 jours requiert une très bonne organisation qui passe par des outils permettant de rationnaliser et d’automatiser certaines tâches pour gagner du temps. Pour Olivier Sâles, co-fondateur de JPMBB : « Le succès du modèle repose sur la capacité d’organisation, de motivation et d’autonomie des salariés, mais aussi sur des outils de gestion et de logistique que nous développons en interne pour nous permettre d’être plus réactifs et d’éviter les tâches redondantes et fastidieuses. »

Car en effet, selon une étude du Lawless Research menée dans les entreprises françaises de plus de 500 salariés et réalisée auprès de 300 managers, les cadres des grandes entreprises passeraient 30% de leur temps de travail sur des tâches administratives routinières. En rationalisant ou en automatisant ce type de tâches, on peut très facilement réorganiser le temps de travail.

Au-delà de l’optimisation du temps de travail, certaines entreprises ont dû mettre en place des process spécifiques pour que tout fonctionne correctement. Chez Yprema, par exemple, des postes polyvalents ont été créés, ainsi que des binômes et des trinômes, permettant d’assurer un suivi des dossiers lors des jours de congés des salariés. L’entreprise explique que ce mode de fonctionnement a favorisé la communication entre salariés, chacun apprenant des autres et se formant pour pouvoir assurer ces nouvelles missions.

Une plus grande motivation

Les salariés travaillant 4 jours par semaine sont plus reposés et donc plus efficaces. Motivés par l’idée de pouvoir profiter d’un week-end de 3 jours, ils sont plus productifs et s’acquittent de leurs différentes tâches plus rapidement, sans temps mort. Il va sans dire qu’il vaut mieux passer 4 jours à travailler sans relâche et efficacement, plutôt que 5 jours en s’adonnant souvent à la procrastination pour cause de fatigue ou de manque de motivation. 

Olivier Sâles précise : « Au-delà de ces quatre jours, mon but est d’optimiser le travail des salariés pour qu’ils passent le moins de temps possible au bureau et qu’ils puissent rentrer chez eux, retrouver leurs proches, leur famille. Je suis convaincu que le travail ne libère pas l’homme. C’est un mensonge de faire croire que l’on est mieux au travail parce qu’on peut y jouer au ping-pong ou au babyfoot. On rend les salariés captifs avec des joujoux. Ils travaillent juste moins et rentrent plus tard chez eux. Pour ma part, je préfère que le temps gagné au travail soit récupéré à l’extérieur. » Car ce n’est plus un scoop : quand on est heureux, on travaille mieux.

Mon but est d’optimiser le travail des salariés pour qu’ils passent le moins de temps possible au bureau et qu’ils puissent rentrer chez eux, retrouver leurs proches, leur famille. Je suis convaincu que le travail ne libère pas l’homme. - Olivier Sâles, co-fondateur de Je Porte Mon Bébé. 

Et demain, la semaine de 4 jours pour tous en France ?

Pour Pierre Larrouturou, économiste et grand défenseur de la semaine de 4 jours depuis les années 90, la réduction du temps de travail, c’est la solution pour faire baisser durablement le chômage, à condition qu’elle ne soit pas uniformisée et qu’elle soit mise en place sur la base du volontariat. C’est également un excellent moyen de lutter contre les maladies liées au stress et au surmenage.

Pourtant, malgré le succès des différentes expérimentations menées, les choses évoluent peu et cette mesure reste très rarement appliquée. Un état de fait que le PDG d’Yprema a du mal à comprendre : « Moi, je suis prêt à payer une étude pour rencontrer toutes les entreprises qui utilisent la semaine de quatre jours afin de montrer aux sceptiques que tout est possible. »

Gageons qu’à l’avenir, la nécessité de répartir le temps de travail et de lutter contre les maladies socio-professionnelles encouragera les entreprises à adopter cette nouvelle organisation du travail, basée sur la qualité plutôt que la quantité de travail fourni.


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Photo by WTTJ

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