Comment parler de son état de santé au travail ?

  • February 1, 2018

« Le travail c’est la santé… mais à quoi sert alors la médecine du travail ? » Pierre Dac - humoriste et comédien Français

La santé est souvent un sujet tabou en entreprise, lieu de compétitivité et de performance. Il peut être délicat et osé de baisser la garde et s’épancher sur son état de santé. Alors, comment communiquer sur sa situation médicale lorsque cela devient une nécessité ? Est-il bienvenu de tout dire quand on a le choix ? Ou cela peut-il au contraire être contreproductif et porter préjudice à sa candidature ou à sa crédibilité professionnelle ?

Welcome to the Jungle dresse un état des lieux du cadre légal de la santé au travail et vous conseille sur ce qu’il peut être préférable de communiquer ou non à sa tribu.

Le cadre légal de la santé en entreprise

À l’embauche

Le salarié n’a aucune obligation de dire à son employeur qu’il est malade. Lors d’un entretien d’embauche, le code du travail établit qu’aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire pour avoir refusé de répondre à une question sur son état de santé ou son handicap. L’employeur peut demander un certificat ou un examen afin de savoir si le salarié est apte ou non au poste de travail mais n’aura accès à aucun autre détail en raison du secret médical.

Depuis l’entrée en vigueur le 1er janvier 2017 de la Loi Travail, dite loi « El Khomri », la traditionnelle visite médicale est remplacée par la VIP (Visite d’Information et de Prévention), sauf cas exceptionnels.

Elle a vocation à :

  • interroger le salarié sur son état de santé,
  • l’informer des risques éventuels auxquels l’expose son poste de travail,
  • sensibiliser sur les moyens de prévention de ces risques à mettre en œuvre,
  • identifier si l’état de santé du salarié ou les risques auxquels il est exposé nécessitent une orientation vers le médecin du travail,
  • informer le salarié sur les modalités de suivi de son état de santé par le service et sur la possibilité dont il dispose, à tout moment, de bénéficier d’une visite à sa demande avec le médecin du travail. Le rôle de ce dernier est préventif, son but est d’éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail.

Pour pallier à la pénurie des médecins du travail, la VIP est instruite par un professionnel de santé, également tenu au secret professionnel (interne en médecine ou infirmier par exemple, sous l’autorité du médecin du travail). Elle doit avoir lieu avant la fin de la période d’essai, soit dans les trois mois suivants la prise de poste, et le délai entre deux rendez-vous ne doit pas excéder cinq ans.

Le cas du salarié en poste

Comme pour l’entretien d’embauche, le salarié n’a aucune obligation de communiquer à son employeur son état de santé lors d’un entretien d’évaluation.

Cependant, en fonction des conséquences d’une maladie, le médecin du travail peut déclarer le salarié inapte au travail. Suite à la Loi Travail, un seul examen médical suffit pour la mettre en place. Le médecin du travail doit :

  • obligatoirement échanger avec l’employeur et le salarié sur les possibilités d’aménagement ou d’adaptation de poste,
  • réaliser une étude du poste du salarié et de ses conditions de travail.

Quelle que soit l’origine de l’inaptitude, l’employeur a l’obligation de proposer un reclassement au salarié déclaré inapte, sauf si, le médecin du travail dispense l’employeur d’une recherche de reclassement. Si aucun reclassement n’est possible, une procédure de licenciement pourra être engagée. En cas de contestation, la saisine (appel ou recours, ndlr) du conseil de prud’hommes est ouverte pour un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision.

Que communiquer à sa tribu ?

Une souffrance mentale (un passage à vide, burn-out, épisode dépressif…), l’annonce d’un projet parental (notamment le début de grossesse pour un femme), ou encore une affection physique sévère (un cancer par exemple) … Autant de situations qui peuvent être dévoilées à sa tribu. Pour rappel, dans tous les cas, vous pouvez demander une visite auprès du médecin du travail, tenu au secret professionnel, sans risque de sanction par l’employeur.

Être le plus transparent possible.

On ne pourra que vous conseiller d’être transparent avec votre employeur, dès le premier entretien. En effet, comme pour toutes relations humaines, la confiance dans la relation de travail est primordiale. Une fois perdue, elle est difficile à reconquérir. Et l’autonomie du salarié, comme la performance peuvent s’en voir sévèrement affectées.

S’il est sain de pouvoir être soi-même au travail, d’assumer son parcours, sa personnalité… il peut également être judicieux de s’affirmer progressivement et de ne pas tout dire dès le départ ! Tout est une question de dosage, dévoilez-vous peu à peu pour ne pas faire peur à votre employeur qui n’a pas encore la chance de vous connaitre.

Où placer le curseur ? Prévenir si l’état de santé a un impact direct sur vos missions professionnelles.

Mais peut-on vraiment tout dire ?

Malgré l’arrivée des nouvelles technologies, la jungle de l’emploi ne s’est pas subitement transformée en monde des bisounours. Même si on vous souhaite de trouver une tribu qui vous acceptera tel que vous êtes, certains tabous et discriminations persistent.

L’épisode dépressif

Le mot « dépression » fait peur aux employeurs même si le candidat va bien aujourd’hui. Il n’y a aucune honte à y être sujet, mais en entretien, tout ce qui peut inquiéter le recruteur est à bannir. En effet, même Anna Wintour, rédactrice en chef du Vogue US, a traversé une période de cafard de dix-huit mois ! L’histoire ne dit pas si elle l’a dévoilée à l’employeur qui lui a donné sa chance après ce passage à vide …

Préférez parler de « pause », de « break » ou de « temps pris pour faire le point ». Et surtout, mettez en valeur les aspects positifs sur lesquels la situation a débouché.

Le burn-out

À évaluer en fonction de la situation.

  • Si vous êtes candidat et opérez une reconversion professionnelle et que vous sortez d’un CDI en banque d’affaire où vous comptabilisiez 75 heures de travail par semaine, votre nouvel employeur sera certainement indulgent à l’annonce de votre burn-out passé.
  • Si vous êtes candidat et postulez à une place similaire avec des missions similaires, attention à ce que vous allez dire au premier entretien, rien ne vous oblige à le mentionner !
  • Si êtes sujet à un burn-out en poste, même s’il se peut que vous écopiez d’une étiquette négative, comment votre situation peut-elle s’arranger sans en parler ? Votre santé est le plus important et d’autres personnes sont peut-être dans votre situation. Votre employeur pourra réajuster la charge de travail si celle-ci est démesurée.

Si le choix est vôtre, gardez à l’esprit que plus vous serez honnête avec votre employeur, plus ce dernier pourra vous comprendre et s’adapter à vos besoins. Après tout, selon la CFDT, près d’un Français sur trois a déjà fait un burn-out au cours de sa carrière. De quoi déculpabiliser.

La grossesse

Pourtant surnommé « heureux évènement », les femmes restent encore souvent discriminées lors de l’annonce de leur grossesse. Lorsque se pose la question d’accueillir des bambins dans un futur proche, il est préférable, dans le doute, de le taire en cas de premier entretien. En poste, cela finira de toutes façons par se voir, que vous le vouliez ou non.

Ceci est un infime échantillon de situations possibles pour illustrer le vaste sujet de la santé au travail. Le but est de vous donner des clefs de réflexion pour pouvoir apprécier la marche à suivre dans une situation similaire !

Suivez Welcome to the Jungle sur Facebook pour recevoir chaque jour nos meilleurs articles dans votre timeline !

Photo by Zhen Hu on Unsplash

Ingrid Dupichot

Freelance Content Writer

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter
  • Partager sur Linkedin

Pour aller plus loin

Les derniers articles

Suivez-nous!

Chaque semaine dans votre boite mail, un condensé de conseils et de nouvelles entreprises qui recrutent.

Et sur nos réseaux sociaux :