5 conseils pour venir à bout du syndrome de l'imposteur

  • September 6, 2019

Le syndrome de l’imposteur est un phénomène plus courant qu’on ne le pense et qui ne passe pas nécessairement avec les années d’expérience. Et les répercussions sont toujours négatives pour les personnes qui en souffrent : épuisement, troubles d’anxiété, stress voire dépression. Nous avons interrogé Pauline d’Heucqueville, psychologue du travail et consultante au sein du cabinet expert de la santé psychologique au travail Stimulus, sur les mécanismes du syndrome de l’imposteur et surtout les solutions concrètes à appliquer pour le surmonter !

Le syndrome de l’imposteur en question

Mis en lumière par deux psychologues américains, Pauline Rose Clance et Suzanne Ament Imes en 1978, le syndrome de l’imposteur doit réunir plusieurs conditions pour pouvoir être reconnu comme tel :

  • L’incapacité à s’attribuer une réussite
  • L’impression d’être surestimé (et donc de bluffer son entourage)
  • La peur d’être démasqué

Attention cependant, le syndrome de l’imposteur n’est ni une maladie ni un simple manque de confiance en soi, mais, comme l’explique Pauline d’Heucqueville, « une perception fausse de la réalité qui diminue le bien-être et la qualité de vie des personnes concernées. »

« Le syndrome de l’imposteur est une perception fausse de la réalité qui diminue le bien-être et la qualité de vie des personnes concernées. » Pauline d’Heucqueville.

Une expérience pesante qui touche environ 20% de la population (Kevin Chassangre et Stacey Callahanet, 2017) dont les causes peuvent être diverses, bien que la plupart du temps liées à l’enfance. Un décalage trop important entre le regard porté sur les performances d’un enfant par l’école d’une part et par sa famille d’autre part pourra ainsi conduire le sujet à une mauvaise perception de ses propres capacités. L’enfant pourra également avoir du mal à s’évaluer étant adulte s’il a été survalorisé, ou au contraire victime de messages négatifs répétés provenant de figures d’autorité.

Sans revenir sur les expériences personnelles de chacun, on peut cependant facilement s’imaginer qu’il est plus facile de développer ce syndrome lorsqu’on ne se sent pas pleinement légitime dans son travail. Les autodidactes ont ainsi sans doute plus tendance à souffrir de ce sentiment tenace d’infériorité malgré les réussites objectives qui ont pu accompagner leur parcours professionnel. Heureusement, le syndrome de l’imposteur n’est pas une fatalité, et on vous explique comment le surmonter avec quelques conseils pratiques !

1. Créez votre tableau de réussite

Une première solution peut être d’inscrire sur une feuille ses réussites et de les objectiver. Pauline d’Heucqueville explique qu’il s’agit ici de « déjouer les pensées automatiques du cerveau en se raccrochant à des faits concrets. » 

Ce tableau de réussite prendra la forme suivante :

  • Description de la situation de succès (par exemple une promotion)
  • Cause attribuée spontanément et automatiquement à ce succès (par exemple la chance, le hasard, une erreur d’appréciation de la part de la hiérarchie…)
  • Cause réelle du succès (compétences, travail, CV et parcours en adéquation avec le poste…)

Cet exercice peut être répété dans de nombreuses situations et vous permettra de prendre du recul afin de mieux assimiler vos réussites et dissiper votre peur irrationnelle de ne pas être au niveau des exigences du poste. Le syndrome de l’imposteur tend en effet à favoriser uniquement les paramètres externes pour expliquer une réussite personnelle et il s’agit donc ici de se recentrer sur ses propres capacités et compétences. Avec un peu de pratique, vous vous apercevrez ainsi que bien souvent le facteur chance est minime lorsqu’il s’agit d’expliquer rationnellement vos succès. Cet exercice peut s’avérer particulièrement utile dans le cadre d’une évolution de poste, car si cette opportunité de carrière est a priori une bonne nouvelle, un employé souffrant du syndrome de l’imposteur y verra lui une source d’angoisse, puisque qui dit plus de responsabilités dit aussi plus d’expositions.

Le but de ce tableau de réussite est donc de réduire au maximum le décalage entre les compétences réelles et les compétences perçues. Non, vous n’êtes pas cette mauvaise plaisanterie qui n’a que trop duré, et oui, vous méritez bel et bien toutes les bonnes choses qui vous arrivent !

2. Listez vos tâches quotidiennes

Le salarié pénalisé par le syndrome de l’imposteur aura souvent tendance à recourir à un travail intense et démesuré afin de camoufler son statut d’imposteur. Et même si à l’arrivée, le projet est porté à son terme avec les félicitations de la hiérarchie, cette façon de procéder ne fait que perpétuer et encourager le cercle vicieux du syndrome de l’imposteur puisque le succès sera uniquement expliqué par une préparation et un investissement exceptionnel.

Pour se débarrasser de cette stratégie de l’overdoing, Pauline d’Heucqueville conseille de « lister ses tâches en les hiérarchisant et en établissant pour chacune des critères de réussite permettant de considérer la tâche comme terminée. » Cela permettra « d’éviter de passer un temps infini sur une tâche pour pallier son manque de confiance en ses capacités. » Et si vous n’arrivez pas à vous arrêter malgré cela, n’hésitez pas à faire appel à une personne extérieure !

Pauline d’Heucqueville conseille de « lister ses tâches en les hiérarchisant et en établissant pour chacune des critères de réussite permettant de considérer la tâche comme terminée. »

Par ailleurs, réaliser cette liste permettra de vous fixer un cadre favorable à la réussite en vous rassurant quant à la bonne marche du processus. N’hésitez pas à rayer au fur et à mesure chaque objectif réalisé afin de favoriser votre motivation tout au long du projet. De cette façon, vous vous rendrez plus facilement compte qu’une tâche nécessite l’exécution d’un ensemble de micro-tâches qui peuvent s’avérer fastidieuses mises bout à bout. Cela est un très bon moyen de prendre conscience que vous pouvez parfois vous fixer des objectifs irréalistes.

3. Prouvez-vous que vous n’êtes pas un imposteur

Pour sortir des comportements destructeurs liés au syndrome de l’imposteur, Pauline d’Heucqueville rappelle l’importance de travailler sur la racine du problème qui est ni plus ni moins qu’une perception faussée de la réalité. Elle propose ainsi ce petit exercice facile à mettre en pratique au quotidien :

  1. Tracez une ligne sur une feuille de papier
  2. Ecrivez à une extrémité le mot “imposteur” avec la définition réelle du terme
  3. Inscrivez à l’autre extrémité “moi, mon masque” et définissez-le (savoir-faire, savoir-être, connaissances, compétences…)
  4. Placez-vous chaque jour sur cette ligne et en expliquant pourquoi vous pensez être à tel endroit

Le but du procédé ? « Faire comprendre à la personne qui souffre d’un syndrome de l’imposteur qu’elle réussit objectivement ce qu’elle entreprend. » explique Pauline d’Heucqueville. Pas de doute, le plus grand combat est bien contre soi-même !

4. Anticipez la réussite plutôt que l’échec

La procrastination est une autre technique bien connue par les personnes faisant l’expérience du syndrome de l’imposteur. La peur d’échouer ou de ne pas être à la hauteur des attentes de ses collègues ou supérieurs aura tendance à faire reculer le début du projet et il en résultera du stress, du surmenage et de l’anxiété. La procrastination allant souvent de pair avec le perfectionnisme, vous allez devoir apprendre à revoir (et non baisser) vos exigences pour vous détacher de ce culte de la performance dans lequel vous plonge le syndrome de l’imposteur.

Pour ce faire, anticiper la réussite, plutôt qu’appréhender l’échec doit constituer un leitmotiv. Même si un tel conseil est évidemment toujours plus facile à énoncer qu’à mettre en application, ce conditionnement positif est pourtant la clé pour une relation au travail équilibrée. En passant de « je ne dois surtout pas échouer » (sous-entendu afin que mon statut d’imposteur ne soit pas révélé) à « je vais faire mon possible pour mener cette mission à son terme », on se se débarrasse d’un discours perfectionniste et défaitiste au profit d’une pensée positive, réaliste, et terriblement moins anxiogène !

5. Dédramatisez le syndrome

Il y a de fortes chances qu’au détour d’une discussion avec vos collègues, vous découvriez qu’une autre personne souffre aussi de ce syndrome. Vous serez alors parfois étonné de constater qu’il s’agit de celui que tout le monde considère comme le “petit génie” de la boîte. L’accepter pleinement et en parler librement, vous permettra d’une part de vous alléger d’un poids mais aussi de relativiser face à un syndrome qui touche un grand nombre de personnes à un moment donné de leur vie.

De même, la prochaine fois que vous recevrez une critique sur votre travail, rappelez-vous que la perfection n’est pas de ce monde, et avant de tirer des leçons d’un éventuel échec, demandez-vous si la personne est elle-même légitime pour vous faire un feedback pertinent. N’oubliez jamais que la critique est elle-même critiquable ! Entourez-vous de gens bienveillants, ayant une vision réaliste de vos compétences qui n’hésiteront pas à vous dire sans crainte vos possibilités d’amélioration.

Enfin, évitez de vous laisser aller à ce que le psychosociologue Léon Festinger appelle la “comparaison sociale ascendante”. Il serait ainsi absurde pour un salarié en tout début de carrière, de se comparer à son collègue qui comptabilise une dizaine d’années d’expérience de plus que lui. En revanche, il pourra s’avérer être une source d’inspiration et de motivation s’il souhaite monter progressivement en compétence afin d’atteindre un jour son niveau d’expertise.

Les mécanismes du syndrome de l’imposteur sont relativement similaires, tout comme les méthodes pour en venir à bout. Aussi, à force de conditionnement et de répétitions vous devriez arriver avec le temps à vous libérer de ces pensées négatives qui déforment la réalité. Et n’oubliez pas que vous octroyer du temps libre régulièrement pour vous détendre ou vous adonner à des loisirs constitue une parenthèse indispensable à votre bien-être, mais aussi à la réussite de vos projets !

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Illustration par Brice Marchal pour WTTJ

Istvan Drouyer

Web editor as well as a certified web integrator

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