Valoriser les réfugiés et leur culture : le projet des Cuistots Migrateurs !

  • October 11, 2018

Rashid, Faaeq, Fariza sont iranien, syrien, tchétchène et ont tous été repérés par Sébastien Prunier et Louis Jacquot pour rejoindre leur entreprise de traiteurs pas comme les autres.

Après quelques années en finance pour le premier et dans la com’ pour le second, ils s’engagent à leur manière, en créant Les Cuistots Migrateurs. Le nom est joyeux et la cause, généreuse. L’idée : embaucher des Chefs réfugiés du monde entier pour offrir à leurs clients une cuisine du monde singulière, authentique. Le goût et le succès sont tels que le New York Times leur dédie un article dès les premiers mois de création. En rencontrant Louis, c’est à notre tour aujourd’hui.

D’où viens-tu ?

Je viens des petites montagnes vosgiennes dans l’est de la France. J’ai fait une prépa HEC à Lyon et j’ai ensuite intégré Rouen Business School (aujourd’hui NEOMA) en pensant que j’allais faire de la finance. Mais ce qui me plaisait réellement, c’était la communication, le marketing et l’entrepreneuriat. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai terminé ma scolarité avec une spécialisation en entrepreneuriat.

Qu’as-tu fait après ton diplôme ?

J’ai commencé dans une start-up qui développait une appli mobile, puis j’ai travaillé quatre ans chez ISIC, une entreprise qui commercialise une carte d’étudiants reconnue dans le monde entier et qui offre des réductions chez des partenaires. Lors de ces expériences, je m’occupais de tout ce qui était web, design graphique. Mais après 4 ans, j’ai dit stop !

Louis Jacquot - Les Cuistots migrateurs

Pourquoi as-tu décidé d’arrêter ?

Le design, la com’, le marketing me plaisaient beaucoup mais j’avais l’impression de faire toujours la même chose. Je ressentais l’envie d’une expérience plus riche. Je voulais me sentir plus utile, être à l’initiative d’un projet qui ait du sens pour moi mais aussi pour les autres. L’entrepreneuriat me titillait depuis toujours. J’ai donc quitté mon travail avec une rupture conventionnelle et j’ai commencé à réfléchir à ce que je pouvais faire...

Je voulais me sentir plus utile, être à l’initiative d’un projet qui ait du sens pour moi mais aussi pour les autres. L’entrepreneuriat me titillait depuis toujours.

Quel était ton état d’esprit à l’époque ? Savais-tu où tu allais ?

La seule chose que je savais, c’est que j’aimais cuisiner. Je cuisinais non-stop. J’imaginais donc me lancer dans un concept autour de la cuisine et de la restauration, mais je ne sais pas pour quelles raisons, je n’ai rien concrétisé à ce moment-là. J’ai fait un an de freelance en com’ avant de vraiment me lancer en créant les Cuistots Migrateurs.

Comment as-tu eu l’idée des Cuistots Migrateurs ?

C’est en discutant avec l’un de mes amis d’école, Sébastien, qui voulait aussi changer de voie et s’impliquer dans un projet qui ait du sens. On a décidé de se lancer ensemble et on a commencé à réfléchir à des projets autour de la cuisine avec une dimension sociale. Puis on a été rattrapé par l’actualité. C’était en septembre 2015 et c’est cette année-là que la cause des réfugiés prenait un peu plus d’ampleur dans les médias. La cause des migrants était devenue un sujet quotidien, traité sous un angle peu reluisant. On s’est demandé comment on pouvait, à notre échelle, les valoriser et la cuisine s’est imposée d’elle-même.

Les cuistots migrateurs 

Les cuistots migrateurs 

Pourquoi ?

La cuisine est une ouverture, sur la culture de l’autre. Elle permet de partager, elle rassemble et met tout le monde sur un même pied d’égalité. Par ailleurs, le repas est souvent un bon moment de partage, de rencontre, de paix, et les Français sont particulièrement des bons vivants.

La cuisine est une ouverture, sur la culture de l’autre. Elle permet de partager, elle rassemble et met tout le monde sur un même pied d’égalité.

Quelles ont été les premières étapes de concrétisation du projet ?

On est allé voir France Terre d’Asile et d’autres associations qui s’occupent de l’intégration des réfugiés car on n’y connaissait rien et on n’était pas particulièrement engagé personnellement. Toutes nous ont dit que notre projet semblait difficilement réalisable, ça leur paraissait compliqué de travailler avec des réfugiés, surement fragilisés par leur expérience.

C’est un événement en décembre 2015, organisé par un centre d’accueil des demandeurs d’asile, qui a confirmé que notre idée était forte. Les réfugiés avaient préparé des plats pour la soirée. Il y avait un buffet de trois kilomètres de long rempli de spécialités du monde entier. On s’est tout de suite dit que ces personnes très talentueuses devaient être mises en lumière car leur savoir-faire est précieux.

Les cuistots migrateurs 

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Les cuistots migrateurs 

Comment vous êtes-vous lancés ?

En février 2016, MakeSense nous a proposé de faire un buffet pour 30 personnes pour un événement en dernière minute. On avait une semaine pour trouver un nom, monter notre structure, faire notre logo et surtout recruter un cuisinier et imaginer un menu ! On n’avait rien, mais on l’a fait quand même. On a cuisiné chez moi et tout s’est très bien passé. C’est comme ça que les Cuistots Migrateurs est né.

Ont-ils été chefs dans leur pays ?

Non, pas du tout. À part Rashid, qui était chef en Iran, les autres sont plutôt des personnes passionnées, qui ont pu travailler dans des restau’ mais qui n’ont pas forcément appris à cuisiner de manière professionnelle. Tout l’enjeu est aussi de leur apprendre le métier de cuisinier, sachant que la plupart du temps les recettes partent vraiment d’eux.

Faaeq, notre cuisinier syrien est un bel exemple. Il a vraiment appris à nos côtés, il a amélioré ses recettes et maintenant il est chef de partie. Il gère ses recettes - comme tous nos chefs - , est en mesure de gérer des commis, il a atteint une professionnalisation incroyable. Aujourd’hui, tous nos chefs sont en CDI à temps plein. Ils montent en responsabilités et notre équipe grandit !

Vos chefs ont 8 nationalités différentes, quels sont les avantages et les inconvénients de cette diversité ?

Ils sont tous particulièrement motivés et ont réellement envie de travailler. Ce sont des personnes courageuses qui ont à cœur de travailler et de faire les choses bien. Donc, il n’y a finalement pas vraiment d'inconvénient ! Il y a une petite barrière de la langue mais ça fait partie du projet. Nos pauses dej’ se font en français, ça fait partie de l’intégration et c’est pour ça que c’est important de ne pas être un projet d’insertion mais de longue durée.

Ils sont tous particulièrement motivés et ont réellement envie de travailler. Ce sont des personnes courageuses qui ont à cœur de faire les choses bien.

Les cuistots migrateurs 

Qu’as-tu appris sur toi depuis que tu as monté CM ?

Je dirais que j’ai plutôt appris des autres. Je ne savais pas qui était ces gens-là, tout ce que je connaissais c’était la Jungle de Calais. Je n’étais pas particulièrement engagé, je voulais m’engager mais je ne l’avais jamais fait car je ne savais pas trop par où commencer. J’ai découvert des gens avec des parcours incroyables. Leur motivation se transmet et cela nous donne beaucoup d’énergie au quotidien.

Qu’est ce qui te fait le plus plaisir aujourd’hui ?

C’est de savoir que des personnes ont trouvé un logement et un emploi grâce au travail que l’on a fait avec Sébastien !

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Photo by WTTJ @Cuistots Migrateurs

Philippine

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