Ma boîte est introduite en Bourse : bonne ou mauvaise nouvelle ?

  • July 29, 2019

Airbnb, Pinterest, Uber, Slack… les dernières introductions en Bourse dans la Silicon Valley ont fait du bruit. Et pour cause, elles devraient permettre à près de 6.000 employés de ces entreprises de devenir millionnaires. Rémunérés en partie en actions, ils vont profiter d’un effet de levier en les vendant au moment de l’entrée en Bourse de l’entreprise. Pour eux, pas de doute, l’introduction en Bourse c’est le jackpot ! Mais, est-ce toujours une bonne nouvelle pour le salarié ? Perte d’indépendance, contrôles financiers à répétition et chute du cours de l’action, l’introduction en Bourse s’avère parfois très périlleuse pour l’entreprise et ses employés.

Welcome to the Jungle vous plonge dans l’engrenage de l’introduction en Bourse et vous explique les avantages et les inconvénients qu’elle comporte pour le salarié.

C’est quoi « l’introduction en bourse » ?

« Les Bourses ne traduisent pas l’état des économies, mais la psychologie des investisseurs » - Françoise Giroud, La rumeur du monde.

Une ouverture de la société

Surnommée « IPO » par les initiés, pour Initial Public Offering, l’introduction en Bourse est une opération financière qui consiste pour une société à mettre en vente ses titres de capital (actions, obligations convertibles) sur un marché boursier. Grossièrement, cela revient à faire une levée de fonds en Bourse. Mais cette levée a une particularité puisque la Bourse est un marché. Avec son entrée en Bourse, la société vit une “ouverture”. Elle ouvre du capital et des informations sensibles au public et à de nombreux investisseurs potentiels. Son objectif ? Faire croître son activité, son financement et sa notoriété.

Quelle société peut y prétendre ?

Si l’introduction en Bourse concerne aussi bien les entreprises de grande ou petite taille, seules les sociétés qui dégagent suffisamment de chiffre d’affaire peuvent véritablement y prétendre. Car, pour préparer son IPO, la société candidate devra s’entourer de solides conseils et structurer son organisation. C’est cette préparation astreignante et coûteuse qui opère une sélection naturelle des entreprises. Le caractère exigeant de cette opération aura en contrepartie pour effet d’augmenter la crédibilité de l’entreprise candidate auprès de nombreux acteurs : fournisseurs, banques, clients et assurances.

Et concrètement ?

Il existe deux sortes d’introductions en Bourse pour une société :

  • par augmentation du capital : si la société a besoin de nouveaux investissements ou de réduire son endettement, elle émet de nouveaux titres sur le marché pour augmenter sa capacité de financement.

  • par cession de titres : la société peut également décider d’ouvrir son capital en cédant ses titres existants à de nouveaux investisseurs. Cette opération permet à ses actuels actionnaires (souvent un fonds de capital-risque) de sortir de la société en vendant leurs titres avec une importante plus-value.

Ces titres créés ou cédés, peuvent être proposés à des investisseurs institutionnels, qu’on surnomme les « zinzins ». Ce sont des organismes (sociétés d’investissement, caisses de retraites, banques et assurances) qui collectent l’épargne des particuliers et les placent sur les marchés. Ils peuvent aussi être ouverts aux investisseurs privés : particuliers ou salariés de l’entreprise.

L’IPO : une opportunité financière pour le salarié ?

« Le profit d’aujourd’hui est l’investissement de demain et l’emploi d’après demain » - Gérard Schroeder, chancelier allemand.

L’IPO peut présenter une opportunité unique d’impliquer les salariés de l’entreprise dans son développement. Apparu en France lors de la vague de privatisation des années 80, l’actionnariat salarié permet aux employés d’acquérir les titres de leur entreprise à des prix préférentiels, en bénéficiant d’un cadre social et fiscal attractif (les plus-values et les dividendes réinvestis peuvent être exonérés d’impôt sur le revenu).

L’IPO, le bon timing de l’actionnariat salarié

Une introduction en Bourse de l’entreprise garantit la liquidité des actions, c’est à dire la cession des titres en Bourse à tout moment et au prix du marché. L’entreprise sera ainsi en contact direct avec les investisseurs (particuliers, salariés de l’entreprise, sociétés d’investissement, compagnies d’assurance et banques).

La perspective d’une IPO est donc le moment optimal pour faire entrer les salariés au capital. Stock-options, BSA (bons de souscription d’actions), BSPCE (bons de souscription de parts de créateur d’entreprise…) Plusieurs chemins permettent aux salariés d’entrer au capital de leur entreprise. Cette opération peut intervenir en amont de l’introduction en Bourse, avec la mise en place d’un plan collectif d’attribution d’actions gratuites, ou au moment de son entrée en bourse, en proposant d’acquérir les actions au prix public.

Un pari gagnant pour le salarié

Bénéficier des résultats financiers de son entreprise et de ses aides fiscales, sans trop de risques ? L’actionnariat salarié a de quoi séduire ! Outre les avantages financiers qu’il peut présenter, il est aussi une source de motivation et d’engagement. Devenu actionnaire, le salarié participe davantage à la vie de l’entreprise et en saisit mieux les enjeux stratégiques. Cette opération l’incite à se projeter dans l’entreprise et peut développer sa fibre entrepreneuriale. Des études ont d’ailleurs mis en évidence les liens entre l’actionnariat salarié et la stabilité de l’emploi. Un certain nombre de sociétés utilisent même les stocks-options pour maintenir leurs salariés dans l’entreprise. Tenus de rester un certain temps dans la boîte pour exercer leur option, ils ont intérêt à voir augmenter la croissance de l’entreprise et, avec elle, le cours de l’action. Mais, le pouvoir du salarié-actionnaire n’est pas sans limites. S’il est présent aux réunions d’information et aux assemblées générales, il n’aura cependant qu’un avis consultatif et un droit de vote minoritaire.

Nouvelle cote, nouveaux risques

« Spécouler, c’est faire en Bourse quelques opérations désastreuses » - Alain Finkielkraut, Petit fictionnaire illustré.

Derrière les avantages appétissants que présente l’introduction en bourse de son entreprise, se cachent de nombreuses contraintes. Fluctuations financières, communication d’informations sensibles, audits, frais d’introduction en bourse… L’entreprise et ses salariés s’exposent à de nouveaux coûts et risques.

Un coût financier pour l’entreprise

Pour s’introduire en bourse, l’entreprise a recours aux services de nombreux intermédiaires qu’il faut rémunérer. Sociétés de conseils juridiques, agences de marketing et de communication, audits financiers, sociétés boursières, ou encore avocats, sont autant de frais à sa charge. Des dépenses qu’il faudra sans doute compenser en réduisant certains budgets… Par ailleurs, la société sera tenue de transmettre régulièrement à ses investisseurs des informations sur sa situation financière (bilans, comptes de résultats). Soumis à de nouvelles obligations de transparence et surveillés de près, les employés risquent d’être plus contrôlés et maintenus sous pression.

Le risque des fluctuations boursières

Lors d’une IPO, la société nouvellement cotée bénéficie généralement d’une large couverture médiatique. Cette médiatisation offre une belle visibilité à l’entreprise, mais elle a aussi pour conséquence de l’exposer à de nouveaux risques, rumeurs, actualités néfastes, etc… On peut vite passer de la success story au bad-buzz. C’est le cas de l’appli Snapchat, qui a vécu une belle entrée en bourse avant d’être bouleversée par le tweet d’une influenceuse américaine : « Est-ce que vous aussi vous n’ouvrez plus Snapchat ? Ou c’est juste moi… oh c’est trop triste ». Un tweet qui aura fait fuir de nombreux investisseurs et fait chuter radicalement le cours de l’action Snapchat.
On l’a vu avec l’exemple de la faillite de la banque Lehman Brothers, une chute du cours de l’action peut avoir des conséquences financières et humaines dramatiques pour l’entreprise. Plusieurs conséquences négatives peuvent résulter d’un effondrement du cours d’une action :

  • des difficultés à se financer auprès des marchés ;
  • la hausse du taux d’intérêt d’un crédit professionnel ;
  • la perte de clients et de partenaires qui suivent le cours de l’action de l’entreprise ;
  • le baisse de moral des salariés actionnaires avec une forte baisse de la motivation et de la productivité ;
  • faire fuir les salariés compétents qui ne restaient dans l’entreprise que pour valoriser leurs stocks-options ;
  • le licenciement de salariés par l’entreprise à la demande des actionnaires ;
  • une image désastreuse ;
  • la faillite de l’entreprise.

Soumis à « la loi du marché »

Qui dit société cotée, dit soumission à la loi du marché. Dorénavant, l’entreprise sera passée au peigne fin des analystes et deviendra l’objet de contrôles récurrents de ses investisseurs. Sa nouvelle stratégie dépend maintenant de ses résultats financiers et du cours de la bourse. Une perte d’indépendance stratégique qui a conduit une première fois le géant Dell à quitter la bourse… avant d’y retourner ! De toute évidence, cette perte d’indépendance se ressentira au sein de l’entreprise. Objectifs de performance décuplés, pression augmentée, dictature de la rentabilité, l’employé sera confronté à la politique du chiffre à court terme.

Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? Notez qu’en Bourse comme dans la vie, « petites actions, grandes conséquences ».

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Photo by WTTJ

Gabrielle de Loynes

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