L’optique, un secteur en pleine mutation

  • December 15, 2017

Depuis quelques années, le marché de l’optique est en pleine mutation. Il faut dire que les lunettes font partie intégrante de notre quotidien (il s’en vend plus de 13 millions chaque année) et sont partout : sur le nez de 71 % des Français, dans les rayons du supermarché, dans près de 10 000 boutiques d’optique et depuis peu dans des concept stores et sur Internet. La vision du consommateur se précise, il est devenu plus exigeant, veut mieux voir et mieux se faire voir grâce à des modèles chics, éthiques, parfois uniques, au design pointu et au prix juste. Retour sur un secteur et sa révolution.

Mise au point

Il y a quelque temps, la France était encore le pays d’Europe où les lunettes étaient, en moyenne, les plus chères ! « Il peut y avoir jusqu’à cinq intermédiaires dans le processus d’achat d’une paire de lunettes. Alors forcément cela a des répercussions sur le prix… Le consommateur ne se rebellait pas car il n’avait pas l’impression de payer ses lunettes, la mutuelle et l’assurance maladie prenant en charge une grande partie du prix. On a tous besoin de lunettes de bonne qualité, mais on ne devrait pas payer 950 € pour ça. », indique Angélique Lenain, Directrice générale de Sensee.

Résultat, certains Français, moins bien couverts par leur mutuelle, rognaient sur la qualité des montures, se contentaient de modèles pratiques mais peu esthétiques, ou pire, renonçaient carrément à investir dans une paire de lunettes. Trois millions de Français qui auraient dû porter des lunettes déclaraient ne pas en avoir les moyens. Il faut dire que les devis étaient assez flous et qu’il était difficile d’y voir clair dans les prix annoncés chez certains opticiens leaders du marché.

Lunettes pour Tous

Des start-up qui voient loin

De nouveaux acteurs ont changé les règles du jeu, avec pour ambition de transformer nos modes de consommation de lunettes de lecture, de soleil ou correctrices. Rezin et ses lunettes éthiques en bois, Sensee avec ses modèles made in France vendus en ligne, Izipizi et ses collections de lunettes de lecture sexy et Lunettes pour tous avec ses prix uniques imbattables. Tous revendiquent plus de transparence sur leurs marges et leurs méthodes de fabrication, un prix juste et la possibilité de changer de lunettes comme de chemise. Les lunettes ne sont plus seulement un dispositif médical, elles sont un accessoire de mode à part entière, un marqueur de style fort. « Il y a six ans, nous avions un regard neuf sur le secteur car nous venions du digital et non de l’optique. » confie Étienne, cofondateur de Rezin. La vente en ligne a permis au consommateur d’accéder plus facilement au « vrai » prix de ses lunettes, à contre-courant d’un marché trop flou, et la possibilité de les choisir et de les acheter à tout moment, comme n’importe quel produit. L’attention portée au marketing joue un rôle décisif dans notre relation à l’achat, à la consommation, et les nouveaux acteurs l’ont bien compris (et anticipé): « Nous avons choisi de lancer nos premières collections chez Colette, pour montrer que les lunettes de lectures pouvaient être sexy, que l’on était une marque fraîche, qui s’adresse à tout le monde. » confie Quentin, de Izipizi. Le packaging est élaboré et soigné. « C’est avant tout un achat plaisir. Un toucher gomme, des montures légères, colorées. On est loin de l’achat pratique : le packaging donne envie d’offrir les lunettes, et la diversité des couleurs et des formes incite à collectionner nos modèles, en changer, jouer avec. »

Du style, du choix et des prix justes

Tous s’accordent à dire que le consommateur est devenu plus exigeant, d’abord parce qu’il est mieux informé sur les méthodes de fabrication et de vente des lunettes, mais aussi parce qu’il est plus attentif au style qu’elles lui donne, au soin apporté à son design, à l’ADN de l’entreprise qui les produit, ses valeurs, etc.

Des prix de plus en plus bas

« La montée en compétences du consommateur est une excellente chose pour le marché ! » s’enthousiasme Angélique. Certains consommateurs veulent plusieurs paires de lunettes, d’autres ont une vue qui évolue ou se dégrade plus rapidement que les plafonds de remboursement de mutuelle et ne peuvent suivre la cadence financière, et d’autres aiment tout simplement changer. C’est pourquoi Lunettes pour tous décide par exemple d’ouvrir ses propres boutiques, en offrant aux clients la possibilité d’acheter des lunettes à 10 € parmi les 400 montures au choix et de les adapter à sa vue en…10 minutes. Un concept inédit en France et déjà implanté dans six grandes villes. Son arrivée sur le marché a permis de “dédramatiser” l’achat des lunettes : on peut venir sur un coup de tête, entre deux courses, quant à son prix, il vous passerait presque l’envie de prévenir votre mutuelle de votre récente acquisition.

Une distribution différente

Les lunettes ne sont plus seulement un dispositif médical qu’on achète en pharmacie ou en tête de gondoles de supermarché, c’est un objet stylé, que l’on trouve dans des concept stores, dans des musées, etc. Créé il y a sept ans, Izipizi a ouvert le marché à des consommateurs qui n’ont pas besoin de corrections sur mesure, en vendant des lunettes de lectures, anti-lumières bleues, plus liées au confort qu’au soin, et d’iconiques modèles solaires. « Avant les gens achetaient leurs lunettes de lecture sur des tourniquets en pharmarcie, c’était ‘pratique’… Chez Izipizi, on a tout de suite considéré qu’au contraire, ça devait être achat plaisir. »

Vente en ligne

Arrivé sur le marché avec l’idée de secouer le réseau traditionnel d’opticiens, Sensee a tout misé sur la vente en ligne, malgré quelques réticences : « il faut arrêter de penser que le digital déshumanise le service ! On peut acheter ses lunettes sur Internet et avoir la garantie d’un service compétent avec de vrais professionnels (opticiens, stylistes) à l’écoute ! C’est un marché qui doit bouger, et le consommateur a tout à gagner dans cette mutation. » explique Angélique. L’ambition des e-opticiens est de maintenir la qualité et baisser les prix, en supprimant tous les intermédiaires.

Des montures uniques

D’autres acteurs, comme Rezin, choisissent de travailler le bois pour créer des montures uniques : « C’était une façon pour nous de détourner le produit en le rendant plus créatif, plus orignal. Le bois est une matière qui vit, qui réagit, qui se patine plus ou moins, donc aucun de nos clients n’a la même paire de lunettes ! »

Si l’opération séduction des start-up qui se sont intéressées aux lunettes a marché, c’est avant tout parce que la plupart venaient de secteurs très différent de l’optique. Ils ont apporté un souffle nouveau, avec des outils marketing jusque-là réservés à la mode ou la beauté.

Limiter les intermédiaires en fabriquant les lunettes en France, répondre aux exigences esthétiques des clients, offrir une transparence totale des prix des montures, proposer des modèles en vente en ligne et chez des opticiens indépendants, rendre accessible un design pointu, des matières innovantes, voilà comment les nouveaux acteurs de l’optique s’appliquent à transformer notre vision des lunettes. Le marché engendre un chiffre d’affaires phénoménal, puisqu’il se vend chaque année 13 millions de lunettes. Et comme un débat n’arrive jamais seul, la législation sur le remboursement des mutuelles du matériel optique est en pleine mutation.

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Photos by WTTJ @Rezin

Claire Hollebeque

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