« La surveillance de marché s’apprend sur le terrain, en se jetant dans l’arène »

  • April 25, 2018

« Je travaille à la bourse de Paris. »
« Ah ok, donc tu es trader ! Trop classe. »
« Euh...non. »

Voilà l’un des clichés les plus répandus dans le monde de la finance. Car quand on pense bourse, le fantasme du Loup de Wall Street n’est jamais loin. Cet homme (oui bizarrement on ne pense que rarement à une femme à ce moment-là) hurlant, manches retroussées, presque debout sur son bureau, transpirant à grosses gouttes… Mais il s'agit bien d'un cliché car les traders ne sont pas des métiers que l’on trouve à la Bourse. Déçus ? Laissez-nous vous faire découvrir deux métiers tout aussi challengeants, même si peut être un peu moins filmogéniques, qu’exercent Thomas Barette et Léo Piquée au sein de la bourse de Paris, Euronext.

Cette rencontre est pour nos deux interviewés une opportunité bienvenue pour parler de leur métier - parfois méconnu - et de déconstruire, au passage, quelques stéréotypes bien ancrés dans l’imaginaire collectif. Première rencontre avec Thomas, Surveillant de marché.

Quel est ton parcours Thomas ?

J’ai fait un BTS Commerce International, puis j’ai travaillé à la BNP en back office sur des applications administratives en intérim, avant d’arriver chez Euronext en tant que consultant, il y a huit ans. Je faisais le lien entre la surveillance et la technique et j’ai été embauché à mon poste actuel en 2013. Depuis quelques années les nouveaux membres embauchés au sein de l’équipe sont des BAC+5 et nous accueillons de plus en plus de profils féminins ! Ce qui est une très bonne chose car la diversité des profils est importante pour le groupe.

Quel est ton métier aujourd’hui ?

La bourse est un marché réglementé et il faut que les règles soient respectées par tout le monde : les sociétés, les intervenants de bourse, et tous ceux qui viennent traiter. En tant que Surveillant de marché, mon rôle est de garantir que la séance se déroule de façon “fair and orderly”, c’est-à-dire de façon équitable et réalisée en bonne et due forme.

« En tant que Surveillant de marché, mon rôle est de garantir que les actions soient "fair and orderly". »

En quoi cela consiste exactement ?

Il s’agit de surveiller et d'opérer 80 000 valeurs de la bourse - les actions, les obligations - et de veiller à ce qu’il n’y ait pas de déviation ni de manipulation, que les gens n’essaient pas de manipuler des valeurs pour faire du profit de manière sauvage ou illégale, en accord avec les règles de marchés définies par la directive Mifid2. Comme on ne peut pas avoir en permanence une vue sur tout le marché, on travaille avec énormément d’écrans et d’outils pour nous alerter et nous aider à agir.

Euronext Paris - Salle de Surveillance des marchés

En cas d’anomalie, que fais-tu et quels autres départements ou métiers sollicites-tu ?

Il faut savoir avant tout que c’est un travail d’équipe même si, dans un premier temps, j’agis seul parce qu’il faut que je puisse comprendre ce qu’il se passe, pourquoi il y a cette anomalie et si, oui ou non, elle nécessite une intervention. Si je dois intervenir, je sollicite d’abord mes collaborateurs directs. Nous sommes quinze dans notre équipe à Paris à faire à peu près la même chose mais jamais sur les mêmes valeurs ni en même temps. Donc si je repère une déviation sur une valeur, je dois réagir vite et communiquer mes intentions et mes actions aux autres membres de mon équipe, en temps réel et à haute voix. En fait, on se parle en permanence pour comprendre ce que fait l’autre et l’aider en cas de besoin.

Puis, si nécessaire, je peux solliciter l’équipe IT via les développeurs, ceux qui ont livré l’outil ou le support d’analyse. À ce moment-là, j’agis comme une sorte de pivot entre l’erreur détectée et celui ou celle qui va pouvoir intervenir dans les autres corps de métier. À la surveillance, nous avons vraiment un rôle central parce que nous sommes directement connectés à toutes les autres équipes, à la donnée et aux clients.

« À la surveillance, nous avons vraiment un rôle central parce que nous sommes directement connectés à toutes les autres équipes, à la donnée et aux clients. »

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?

L’adrénaline. Pas tout le temps, parce que ce serait intenable, mais il peut se passer n’importe quoi à n’importe quel moment et il faut toujours être prêt à réagir, être alerte. Le Brexit, l’élection de Donald Trump… Ce sont des journées historiques où on ne peut pas bouger de nos sièges, où le téléphone n’arrête pas de sonner parce que l’impact est énorme. Pouvoir être aussi profondément impliqué dans le monde de la finance, au cœur du réacteur, c’est une chance énorme d’un point de vue professionnel.

Des journées comme ça sont assez rares…

Oui, heureusement. D’autres journées peuvent être proportionnellement calmes ! Donc il faut aimer faire un métier en dents-de-scie. Mais les journées plus calmes nous permettent aussi de mener d’autres projets, de prendre un peu de recul et de temps pour analyser nos outils, améliorer nos process et travailler avec d’autres équipes, notamment avec l’IT.

« Pouvoir être aussi profondément impliqué dans le monde de la finance, au cœur du réacteur, c’est une chance énorme d’un point de vue professionnel. »

Quelles sont ces interactions particulières avec les équipes IT ?

On travaille avec eux notamment lors de la création de nouveaux processus d’amélioration ou la création de nouveaux systèmes. On agit comme un board de conseil et on donne notre avis sur comment les applications sur lesquelles on va travailler tous les jours devraient ou non se comporter, ce qu’on aimerait bien voir/ne pas voir, et sur la création de nouveaux outils qui pourraient faciliter notre travail. Eux doivent ensuite retranscrire ces besoins, détailler les étapes techniques de ces demandes, voir avec les développeurs comment ça peut se faire, combien de temps ça va prendre, comment ça va marcher, etc. Nos deux équipes, business et technique, sont vraiment étroitement liées.

Léo Piquée  et Thomas Barette - Euronext Paris  

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer le métier de Surveillant de marché ?

Ce n’est pas un métier facile mais c’est un métier assez unique pour lequel il faut être parfaitement bilingue, savoir résister à la pression, aimer le challenge, et aimer apprendre. Parce que ce n’est pas un métier que tu peux vraiment apprendre sur les bancs de l’école. Même si tu connais beaucoup de choses sur le secteur de la finance, le métier de surveillance s’apprend sur le terrain, en se jetant dans l’arène. Il faut aussi aimer : le travail en équipe, l'interaction permanente et tes clients. Car on est un peu les ambassadeurs d'Euronext !

Enfin, aucune journée ne se ressemble. Il ne faut pas croire que tu pourras te cantonner à une tâche que tu vas répéter tous les jours. Il faut rester très souple, aimer cette flexibilité et cette part d’imprévu !

« C’est un métier assez unique pour lequel il faut être parfaitement bilingue, savoir résister à la pression, aimer le challenge et aimer apprendre. »

Face à la digitalisation des métiers dans le secteur de la finance, la montée des cryptomonnaies et toutes les questions - et inquiétudes - liées à la blockchain, comment envisages-tu le futur de ton métier ?

Pour l’instant, tout ça ne l’impacte pas directement. On ne sait pas si les lanceurs de nouvelles monnaies cryptées sont pionniers d’un mouvement pérenne ou si ce dernier va s’essouffler…Je ne sais pas si c’est le futur de notre secteur parce que je pense qu’il y aura toujours des actions, des obligations et des produits de bourse.

Et puis, je pense que même si on peut être assistés par des outils extrêmement performants, la décision finale ne peut pas être complètement digitalisée. Ça arrangerait peut-être parfois nos clients que les décisions soient prises uniquement par des machines, comme ça ils n’auraient plus à nous appeler et à négocier quand ils ne sont pas d’accord avec nos décisions. Mais il y a autant de comportements qu’il y a de personnes, et donc de transactions, donc il faut pouvoir analyser ces comportements entre intelligences humaines pour prendre les meilleures décisions possibles pour le marché.

Léo Piquée et Thomas Barette - Euronext Paris

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Photos by WTTJ

Agathe Morelli

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