Rencontre avec le groupe Clarins, pionnier en beauté responsable

  • November 3, 2017

Depuis sa création, le groupe de cosmétiques, parfums et mode s’engage sur le front du développement durable. Conscient que son business est dépendant de la nature, il ne se contente pas de travailler dans son coin mais prêche la bonne parole à travers le monde.

Rencontre avec Guillaume Lascourrèges, Directeur du Département Développement Responsable chez Clarins.

Depuis les années 1990, Clarins est pionnier dans le développement durable. Quel a été le déclencheur d'une politique aussi engageante ?

Le terme développement durable s’est démocratisé dans les années 1990 après le rapport de Brundtland, qui a mis des mots sur les urgences environnementales, sociales et économiques. Mais cette sensibilité est au cœur de Clarins depuis sa création en 1954 ! Et c’est normal : Clarins doit tout à la nature. Sans plante pas d’actif, sans sable pas de pot ou de flacon en verre, sans forêt pas d’étui. Notre politique développement responsable rejoint notre objectif de performance économique. En préservant et en utilisant intelligemment les ressources nous sommes dans une démarche de pérennité. Le fait que nous soyons une entreprise familiale influe également sur notre manière de penser le développement durable : nous privilégions les trois domaines que sont la santé, l’éducation et l’aide aux enfants ainsi que la préservation de la biodiversité.

« Clarins doit tout à la nature. Sans plante pas d’actif, sans sable pas de pot ou de flacon en verre, sans forêt pas d’étui »

Le développement durable est triptyque, comment contribuez-vous à la protection de l'environnement ?

D’une part, nous participons de manière désintéressée à des programmes de préservation. L’aide à la réintroduction du Gypaète barbu dans les Alpes ou notre soutien depuis 2004 à l’association Jardins du Monde, pour la réappropriation des savoirs de la santé par les plantes ainsi qu’un programme d’accès à l’eau, sont des initiatives que nous sommes fiers d’accompagner. D’autre part, pour le choix de nos matières premières, nous avons par exemple mis en place un programme de culture du kalanchoe officinal biologique et équitable à Madagascar. Cette méthode de culture durable a en plus un impact social et économique positif sur les populations locales.

« Naturel » ne veut pas forcément dire « Bio », quelle est la politique de Clarins sur le sujet ?

Lorsque c’est possible, nous privilégions l’accès aux plantes issues de l’agriculture biologique. Mais si le label biologique nous permet de certifier que nous avons minimisé notre impact sur l’homme et la nature, il faut garder en tête que cela ne rend pas le produit plus efficace.

Une fois conçus, il faut emballer et transporter les produits...

En tant que société de cosmétiques mondialisée, les emballages et le transport sont les premiers postes d’impact sur notre bilan carbone. Au fil des années, nous avons réduit le poids de nos pots en verre puis nous avons décidé d’aller plus loin en incorporant 25 % de verre recyclé. Pour nous, les emballages doivent devenir une future ressource plutôt que de s’arrêter au stade de déchets : c’est la boucle fermée de l’économie circulaire que nous devons sans cesse améliorer ! Nous pensons notre responsabilité de manière globale : la conception du produit, son transport (en limitant l’avion par exemple) et sa distribution en boutique.

« Le simple fait de créer de la valeur et des emplois, c’est du développement durable. »

Quid des volets économie et social ?

On le minimise souvent, mais le simple fait de créer de la valeur et des emplois, c’est du développement durable. Pour ce qui est de notre politique sociale, c’est finalement beaucoup de Ressources humaines. Faire grandir ensemble l’organisation et les collaborateurs, anticiper les besoins de compétences, développer et former les équipes, attirer et retenir les talents sont les missions essentielles de nos Ressources humaines. D’ici 2018 par exemple, nous souhaitons que 50 % des postes soient pourvus en interne afin d’accompagner le développement de nos équipes. Nous avons également la volonté d’étendre certaines politiques sociales comme le congé maternité dans l’ensemble de nos filiales, au-delà des obligations légales. Pour Clarins, la responsabilité sociale, c’est aller au-delà de la réglementation.

Votre département développement responsable existe depuis 2007 et est directement ratttaché à la direction du groupe. Cependant, vous n'êtes que quatre pour emmener un groupe de 10 000 personnes... Est-ce suffisant ?

Dans chaque service, nos collaborateurs sont sensibilisés et formés au développement responsable. Le rôle de mon équipe est d’être aux côtés des métiers, nous jouons le rôle de révélateur. Il est inutile d’être nombreux, il faut simplement capitaliser sur l’expertise dans chaque métier. Chez Clarins, les collaborateurs voient leurs métiers avec un œil nouveau car ils l’enrichissent d’éléments responsables. Cela donne un vrai sens à leur travail.

« Chez Clarins, les collaborateurs voient leurs métiers avec un œil nouveau car ils l’enrichissent d’éléments responsables. Cela donne un vrai sens à leur travail. »

Nous sommes dans une société du Claim, où les marques s'affichent Bio, équitables, avec, derrière, un vrai argument de vente. Pourtant, Clarins met peu en valeur son engagement, dans ses publicités par exemple, pourquoi ?

Nous pensons que nous pouvons toujours mieux faire. Nous préférons donc axer nos efforts sur nos réalisations responsables plutôt que sur une campagne de communication pour les promouvoir. Surtout que notre secteur est très souvent scruté voire critiqué...

Le développement durable n'est donc pas aujourd'hui un argument de vente pour vous ?

Le développement responsable est rarement un critère premier d’achat dans les cosmétiques... Par contre, nous pouvons mettre en lumière notre engagement pour certaines de nos actions. Nous sommes, par exemple, partenaire de FEED, l’entreprise à vocation sociale fondée par Lauren Bush-Lauren. En achetant une trousse contenant nos soins, notre cliente offre des repas en milieu scolaire pour des enfants. De même, pour chaque Huile Tonic vendue, nous contribuons au financement d’un programme de recherche sur les maladies rhumatismales avec la Fondation Arthritis. Tout cela donne du sens aux achats de nos clientes.

Vous parliez tout à l'heure de protéger les matières premières avant qu'elles ne disparaissent. Peut-on faire cela seul ?

Non. C’est pour cela que nous entreprenons des actions concertées avec nos concurrents, via le Natural Resources Stewardship Circle (NRSC). Lorsqu’une ressource essentielle est menacée, comme actuellement le Vétiver de Haïti, nous pouvons former les populations locales aux pratiques agricoles durables, réévaluer le prix d’achat afin que la plante devienne une source de revenus intéressante pour les agriculteurs locaux. Mais quoi qu’il en soit, notre démarche doit toujours être sur le long terme, répondre aux vrais besoins d’un lieu et d’une population.

Vous donnez l'exemple du prix vétiver qui a augmenté. Toutes vos actions ne vous coûtent-elles pas forcément plus chères, et au consommateur également ?

Ce n’est rien par rapport aux enjeux associés ! Si un ingrédient augmente de 5% parce qu’il est désormais équitable, c’est un coût qui peut être assumé par toute la chaîne de valeurs jusqu’au consommateur.

À part le NRSC, qui est un cercle de professionnels, Clarins, et notamment votre Président du Conseil de Surveillance Christian Courtin-Clarins, participe à des évènements comme l'Université de la Terre. C'est votre manière détournée de communiquer sur vos engagements ?

Cela correspond à notre engagement d’entreprise citoyenne, avec l’envie de s’investir dans la pédagogie vis-à-vis du public. Lorsque Christian Courtin-Clarins s’exprime publiquement, il le fait au nom du groupe et c’est une manière de diffuser notre message de développement responsable. Le développement durable est l’un des rares sujets où les concurrents peuvent s’écouter, ont un intérêt commun. Ce n’est pas un sujet de concurrence, même si, bien sûr, nous sommes fiers d’avoir été pionniers sur certaines initiatives ! Il y a un vrai intérêt à la diffusion des bonnes pratiques. Si nous sommes dans une démarche responsable, nous espérons bien être copiés, que les savoirs soient diffusés et majoritairement adoptés.

« Le développement durable est l’un des rares sujets où les concurrents peuvent s’écouter, ont un intérêt commun. »

Donc, si je viens vous voir demain avec l'envie de monter une marque de cosmétiques responsable, vous m'ouvrirez tous vos dossiers ?

Bien sûr, sans aucun problème ! Honnêtement, tout est très logique dans le développement durable. Il suffit, à chaque étape de la création du produit, de vérifier l’impact social, environnemental et économique. Le secret : il faut qu'une vraie volonté anime la direction, et que les collaborateurs soient impliqués et convaincus !

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Photo by Clarins

Clémence Lesacq

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