Avoir ses règles au travail, on en parle ?

  • March 6, 2019

"Cachez ce sang que je ne saurais voir". Honteuses, contraignantes et douloureuses, les règles sont toujours un tabou, notamment dans le monde de l’entreprise. Mais cette malédiction des menstrues a-t-elle toujours existé ? Non. Il y a quelques centaines d’années, les tribus Navajo (peuple amérindien d'Amérique du Nord, ndlr.) invitaient les femmes qui avaient leurs règles à diriger le groupe, car ils pensaient qu’elles étaient sacrées et recevaient des intuitions spirituelles pendant cette période. Mais que s’est-il passé depuis ?!

Comment dédramatiser le sujet ?

La moitié de la population mondiale est composée de femmes, dont une grande partie travaille. Abondance des pertes, douleurs, endométriose et autres joyeusetés font vivre à certaines femmes des moments particulièrement difficiles.
Et si certains métiers permettent de la flexibilité, d’autres demandent un engagement physique ou une position debout prolongée qui peuvent rapidement transformer la vie des collaboratrices en cauchemar.
Alors, comment gérer cette période mensuelle parfois compliquée dans le contexte professionnel : doit-on en parler ouvertement, peut-on se coucher en PLS sous son bureau sans affoler ses collègues et comment vaincre le tabou ?

Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé Fanny, fondatrice de la start-up de culottes menstruelles Fempo née de l’envie de Fanny et Claudette d’interroger les femmes sur leur ressenti pendant cette période. À travers un questionnaire de 10 questions posté sur Facebook, elles réalisent qu’elles soulèvent un sujet sensible. « Nous avons reçu 3 000 réponses en 2 jours et beaucoup de message de soutien de femmes qui nous remerciaient d’enfin s’intéresser à leur opinion sur le sujet. », explique Fanny. Un an plus tard, elles sortent leur premier prototype de culotte menstruelle et l’améliorent auprès de leurs clientes. Aujourd’hui, elles comptent déjà 30.000 utilisatrices en France. De cette expérience, elles proposent plusieurs conseils pour aider les femmes à dédramatiser le sujet des règles :

1. Apprendre à se connaître

Les femmes doivent commencer par se réconcilier avec cette période. « Les règles peuvent être vécues autrement. C’est un moment pendant lequel on est contraint de ralentir, ça a bien évidemment un impact sur le travail, mais c’est aussi une porte d’entrée pour apprendre à écouter son corps et ses besoins. », ajoute Fanny. Éviter de multiplier les réunions à cette période ou aménager son emploi du temps pour rentrer plus tôt et elles auront un impact minimal sur votre travail si vous l’avez anticipé.

2. S’adapter et tirer le meilleur des variations hormonales

Chez Fempo, pas de tabou : un calendrier menstruel est partagé entre les deux associées, et chacune veille à alléger la charge de travail de l’autre pendant ces quelques jours difficiles. Cette transparence permet de vivre ce moment plus sereinement, et même d’aménager ses tâches en fonction des avantages de ces variations hormonales (car oui, il y en a) : « Je sais que je suis plus créative lorsque j’ovule. Alors autant que possible, j’en profite pour aborder des sujets qui vont demander une pointe d’imagination ! », ajoute Fanny.

3. En parler librement avec les hommes

« Les hommes ne peuvent pas comprendre, mais on peut leur expliquer. », ajoute Fanny. Elle suggère d’en parler ouvertement, dans son cercle amical ou familial pour commencer, car chaque manager et chaque collègue est aussi le frère, le père, l’ami d’une femme qui peut l’aider à comprendre.

Et concrètement, en entreprise, comment on fait ?

Stop au menstrues gate ! La majorité des femmes parviennent à vivre cette période sans que leur travail ne soit impacté, mais comment gérer quand ce n’est pas le cas ? Comment faire face aux petites situations du quotidien ?

1. En parler à son boss et/ou ses collègues

Les règles ne doivent pas être un sujet tabou. Attention, il reste cependant plus judicieux d’éviter d’en parler sans filtre, entre le fromage et le dessert, pour protéger la sensibilité et l’innocence de nos chers collaborateurs masculins. Dans tous les cas, c’est à vous seule de décider où vous placez la barrière de votre intimité, si vous souhaitez en parler, et avec qui.
Mais légalement, vous n’avez pas l’obligation d’expliquer en détails les raisons de vos douleurs. Vous pouvez simplement consulter un médecin et demander un arrêt de travail.

2. Assister à une réunion ou un séminaire

Souffrir en silence n’est jamais une option. Des douleurs importantes peuvent gêner votre concentration ou votre productivité et vous rendre moins efficace. Alors si ce n’est pas gérable, prenez votre boss à part pour lui expliquer. Quand ces douleurs sont récurrentes, pourquoi ne pas réfléchir avec lui à la manière d’aménager votre emploi du temps pour affecter votre travail au minimum ? Aucune situation n’est insurmontable tant qu’elle peut être anticipée.

3. Gérer un accident

Vous avez oublié qu’on était le “Jour J” et portez votre plus beau pantalon blanc... Aïe. Plusieurs solutions : adopter la mode “cour de récré” en arborant votre manteau autour de votre taille jusqu’à la fin de la journée, emprunter le legging de sport de votre collègue (et rétorquer « c’est la mode à New-York » lorsqu’on vous regarde avec un air surpris), ou prendre votre courage à deux mains et expliquer à votre boss que vous êtes contrainte de repasser chez vous.

4. Réagir en cas de réfléxion déplacée

Les variations d’hormones peuvent impacter le comportement de certaines femmes pendant cette période. Vous venez justement d’entendre Roger et Bernard sortir le célèbre « elle est de mauvaise humeur, elle doit avoir ses règles. » ? Les réflexions sexistes et misogynes ne doivent pas être tolérées sur un lieu de travail. Consultez notre kit de survie contre le sexisme ordinaire pour affûter votre répartie.

Le congé menstruel, on en parle ?

C’est un débat qui divise en France comme ailleurs : accorder deux jours de congés payés aux femmes chaque mois. Aujourd’hui, le code du Travail ne prévoit aucune disposition légale permettant de faciliter la vie des femmes à cette période. Alors, avancée ou régression ? Quand certains y voient un progrès et un confort pour les personnes qui en souffrent le plus, d’autres craignent de développer le préjugé d’une “faiblesse féminine” ou encore d’accélérer la discrimination à l’embauche. Pour Fanny : « Beaucoup de femmes pourraient en profiter, notamment dans les cas de maladie ou de souffrance. Mais ça ne doit pas devenir un automatisme lorsqu’on n’en a pas besoin. De mon côté, je sais que je suis un peu moins performante, mais je peux travailler. »

En Asie, cet aménagement légal est autorisé dans 5 pays... mais reste peu utilisé. Au Japon par exemple, il existe depuis plus de 70 ans mais seules 0,09% des japonaises en auraient bénéficié en 2016. Pour beaucoup, c’est la quantité de travail à faire qui les conduit à se rendre au travail en dépit des douleurs. Et pour 21% d’entre elles, elles auraient également “honte” d’en parler à leur supérieur.
En France, le télétravail est poussé par certaines femmes, comme une alternative séduisante et plus modérée**. Il permet en effet à chacun de s’absenter sans se justifier auprès de tous ses collègues, tout en continuant à travailler dans un environnement plus agréable en cas de douleur.

Les subtilités du corps féminin restent un sujet encore trop peu abordé dans les entreprises. Mais les fondatrices de Fempo en sont sûres, c’est amené à évoluer : « On voit déjà des papas qui achètent nos culottes menstruelles pour leurs épouses ou pour leurs filles ! » Alors on y croit, le "débarquement des anglais" sera peut-être, finalement, un sujet comme un autre.

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Illustration by Marcel Singe pour WTTJ

Marlène Moreira

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