Rejoindre une association : les différents statuts pour s'engager

  • September 13, 2019

Vous recherchez un travail en accord avec vos valeurs et vous vous dites que l’associatif peut être LA solution pour vous ? Mais malgré votre envie de vous investir dans une cause, un tel tournant dans votre carrière vous fait un peu peur… Serez-vous à même de retrouver, dans une association, des responsabilités à la hauteur de vos attentes ? Et d’ailleurs, quels sont les métiers à pourvoir dans ce type de structures ? Et sous quels statuts ?

Pour répondre à vos interrogations, nous avons rencontré Adrien Meaudre, Directeur du Personnel et du Volontariat au sein de l’ONG Enfants du Mékong, une association française qui agit pour la scolarisation des enfants défavorisés en Asie du sud-est. Après un parcours plutôt classique, Adrien s’engage pendant un an, puis deux, puis trois en tant que volontaire au Cambodge pour l’association. À son retour de mission, on lui propose un poste au siège, qu’il accepte. Il nous partage son expérience.

Association vs. entreprise. Quelles différences ?

Le terme d’Organisation Non Gouvernementale est parfois utilisé pour désigner certaines associations. Ce qui peut être source de confusion. Les grandes associations viennent souvent compléter les actions des gouvernements au service du commun, voire les compenser dans les régions où les infrastructures sont insuffisantes. On les nomme donc “non-gouvernementales” pour les distinguer des services publics.

Les associations sont des organisations spécifiques encadrées par la loi 1901. Si elles donnent parfois l’impression de fonctionner comme des entreprises commerciales classiques, leur objectif est cependant autre que la distribution des bénéfices aux membres de l’association (fondateurs, dirigeants et membres actifs). C’est pourquoi on les qualifie parfois d’associations à but non-lucratif ou de Non-Profit Organisations (NGO).

Néanmoins, « si la finalité n’est pas la même, une ONG fonctionne comme n’importe quelle entreprise ! » nous explique Adrien Meaudre. Le métier de RH qu’il exerce au sein de l’ONG est d’ailleurs similaire à celui qu’il exercerait dans une entreprise classique. À une différence près : le sens que chaque salarié met derrière chacune de ses actions.

Rejoindre une ONG : trois statuts pour trois types de missions

Si vous souhaitez rejoindre une ONG, trois options principales s’offrent à vous :

1. Salarié : l’engagement rémunéré

Si de nombreuses ONG vivent grâce à l’investissement de bénévoles, à partir d’un certain seuil, et en fonction de l’activité, elles peuvent avoir besoin de se structurer.

Pour que la boutique tourne et puisse accomplir sa mission sociale ou sociétale, une association a souvent besoin d’experts à plein temps. Des salariés sont donc recrutés sur des contrats de travail classiques, en fonction des compétences nécessaires au bon fonctionnement de l’association : administration, recherche de fonds, communication, IT, etc.

Toute la complexité pour les ONG est de parvenir à se structurer sans ralentir son action terrain ni alourdir son budget avec une masse salariale trop importante. « On essaie de limiter les frais de fonctionnement et de garder les fonds pour la scolarisation des enfants » nous confie Adrien à propos des Enfants du Mékong qui compte aujourd’hui une quarantaine de salariés en France et des équipes permanentes en Asie. L’objectif est de s’assurer qu’un maximum de dépenses sont allouées à la mission sociale, qui reste la raison d’être de l’organisation.

2. Bénévole : au cœur de l’action

Le nerf de la guerre pour les ONG

À l’origine de chaque ONG, des personnes de bonne volonté se mettent gratuitement au service d’une cause qui leur tient à cœur. C’est ainsi qu’Enfants du Mékong a commencé il y a plus de 60 ans, et aujourd’hui, l’ONG compte près de 300 bénévoles en France et plus de 800 en Asie. Autant dire que, sans eux, les 40 salariés seraient vite débordés ! Si le secteur associatif se professionnalise, les bénévoles restent donc indispensables.

Mais comment devenir bénévole ?

Le bénévolat est un engagement libre, sans condition d’âge ou de formation. Il n’existe pas de statut officiel qui l’encadre : tout le monde peut être bénévole ! Il vous suffit de trouver une association dont le projet vous parle et de proposer gratuitement votre temps et vos talents, et ils sauront vous transmettre leurs besoins.

En 2019, la France compte 13 millions de bénévoles… Un effectif considérable, sans lequel de nombreuses ONG ne pourraient fonctionner ! « On est très conscient de la richesse que nous apporte nos bénévoles, qui représentent les deux tiers des personnes qui travaillent pour nous ! » nous partage Adrien avant de nous raconter l’histoire d’une de leur bénévole, une femme, qui vient bénévolement, un jour par semaine, s’occuper du courrier et ça, depuis 30 ans ! Un bel exemple d’engagement sur le long terme.

3. Volontaire : des missions de terrain

Les volontaires occupent un statut intermédiaire, entre celui des bénévoles et des salariés. À la différence des bénévoles, ils sont liés à l’association par un contrat encadré par la loi, bénéficient d’une protection sociale et touchent des indemnités. Leurs missions sont précises et limitées dans le temps. Sur le terrain et à plein temps, ils reçoivent de réelles responsabilités, au même titre que des salariés.

Il existe plusieurs statuts qui encadrent le volontariat dans le secteur associatif dont les principaux sont :

Le statut de volontaire, qui - il faut le savoir - est un statut avantageux fiscalement pour les ONG, est une bonne porte d’entrée si vous envisagez une carrière au sein d’une ONG. Il permet d’acquérir de l’expérience sur le terrain avant de postuler pour des contrats plus long terme.

Que faut-il pour rejoindre ONG ?

Des compétences diverses et variées

Il n’y a pas de profil type pour travailler en ONG ! Bien sûr, les ONG tendent de plus en plus à se professionnaliser, et de nombreuses formations spécifiques émergent, mais il n’est pas nécessaire d’avoir suivi ces formations pour s’engager. Les ONG, comme toutes les entreprises, ont besoin de comptables, de recruteurs, d’acheteurs, etc. Vous pouvez très bien y travailler sans changer de métier !

C’est uniquement pour les missions terrains que les associations ont tendance à vous demander une première expérience concrète en ONG, en tant que volontaire par exemple, et c’est bien naturel !

Un réel intérêt pour le projet de l’ONG

Le plus important reste votre motivation : en quoi leur combat vous tient à cœur, qu’est-ce qui vous donne envie de les rejoindre…? Bref, quel sens cela a pour vous. « Il faut s’engager dans une cause qui vous fait vibrer, par exemple si l’éducation est un sujet qui vous touche, venez chez Enfants du Mékong » nous dit Adrien en riant ! C’est cela qui le motive depuis maintenant deux ans, parce qu’il sait que chaque petite tâche de sa journée, même la plus insignifiante, sert la cause des enfants par ricochet : « Il n’y a pas eu un matin où je suis allé au boulot en traînant les pieds, c’est assez exceptionnel par rapport à pas mal de personnes autour de moi qui râlent tous les jours en allant travailler. »

Un engagement qui n’est pas sans conséquences

Des sacrifices matériels

Travailler pour une association demeure assez spécifique et les salariés doivent accepter les règles du jeu : à part dans certaines grosses ONG, les salaires restent d’ordinaire modestes car les associations essayent d’allouer un maximum de leur ressources à leurs actions sur le terrain. Les avantages salariaux sont souvent moins nombreux que dans les entreprises classiques, par exemple, vous n’y recevrez pas de participation, puisque l’association, non-lucrative par définition, ne fait pas, à proprement parler, de bénéfices. Tout cela dépend bien sûr de la taille de la structure, de sa mission, et de sa portée (locale, nationale, internationale…)

Un tel projet de carrière doit s’inscrire dans un questionnement plus général. Adrien est lui-même passé par là. Après trois ans de volontariat, il a hésité à retourner dans le monde de l’entreprise avant de finalement décider de rejoindre Enfants du Mékong en tant que salarié : « J’ai pesé le pour et le contre : soit j’avais un métier dans lequel je gagnais bien gagner ma vie au sein d’une entreprise dont le projet ne m’emballait pas, soit je rejoignais l’association, ce qui impliquait quelques sacrifices mais qui me permettait d’avoir un travail en accord avec mes valeurs, de garder une sorte de cohérence de vie après trois ans de mission sur le terrain. »

Des bénéfices immatériels

Les bénéfices que les salariés en retirent sont plutôt d’une autre nature : du sens, d’abord, un sentiment d’utilité, mais aussi une bonne ambiance de travail, qui permet un épanouissement quotidien. « Les salariés ont fait un choix de vie en nous rejoignant. Nous n’offrons pas forcément les mêmes avantages qu’une entreprise traditionnelle, alors on essaie de les chouchouter humainement : on a une super cantine, on fait des teambuilding, on va boire des verres en fin de semaine… On est vigilant aux petits détails sympas. » nous explique Adrien, qui a lui-même pu y trouver un équilibre entre travail et vie familiale.

Une solution : s’investir étape par étape

« À quelqu’un qui hésite à quitter une entreprise classique pour rejoindre une ONG, je dirais qu’il faut qu’il s’assure de quitter son boulot pour les bonnes raisons » nous explique Adrien. Il n’est pas conseillé de se rabattre sur l’associatif par rejet du monde de l’entreprise après une expérience compliquée, par exemple. Un tel tournant de carrière nécessite une période de discernement, et le plus important avant de se lancer est de s’assurer que le projet de la structure nous convienne vraiment, tant au niveau de nos valeurs que de nos compétences et de nos aspirations.

Adrien conseille à tous les indécis d’y aller progressivement : « C’est pas mal de commencer doucement, via du bénévolat ou du volontariat. » En effet, commencer par s’investir petit à petit, le soir ou le week-end, puis au fur et à mesure, en faire un peu plus, peut être un bon moyen de voir si travailler dans cet univers vous conviendrait, tout en dissipant peu à peu vos craintes et vos doutes. Certains profitent du laps de temps entre deux emplois, d’un emploi à temps partiel ou d’une année sabbatique pour davantage s’investir dans ce secteur.

Tout le monde peut s’engager à son échelle et selon ses combats en fonction des moments de sa vie professionnelle. Les associations ont besoin de toutes les bonnes volontés ! Mais vous pouvez tout aussi bien vous rendre utile sans quitter votre poste, en dédiant chaque semaine, chaque mois, quelques heures auprès de l’organisme de votre choix. D’ailleurs, si vous avez peur de faire le grand saut vers l’emploi associatif, le bénévolat reste la solution idéale pour faire avancer les choses en dehors du travail !

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Photo d’illustration by WTTJ

Cécile Pichon

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