Votre cerveau vous joue des tours, d’Albert Moukheiber

  • July 8, 2019

Notre cerveau fonctionne par approximation. En d’autres mots, il se contente, par moment, d’utiliser des raccourcis, voire des illusions, avant de prendre une décision ou d’entamer une action. Non pas par fainéantise, mais simplement parce qu’il n’a pas la capacité d’intégrer et de traiter toutes les informations que nos cinq sens lui renvoient continuellement. Dans son ouvrage, Albert Moukheiber nous apprend à identifier ces « biais » puis à adopter la flexibilité mentale nécessaire pour éviter d’en être victime.

Ce travail de sensibilisation à des phénomènes cognitifs généralement méconnus du grand public aura pour effet de vous faire gagner en lucidité, en ouverture d’esprit et en capacité d’assimiler des opinions différentes des vôtres.

Albert Moukheiber est docteur en neurosciences cognitives, psychologue clinicien et professeur à l’université de Paris XIII. En s’appuyant sur une pédagogie ludique et de nombreux exemples de la vie quotidienne, il nous familiarise tout d’abord avec le monde des sciences cognitives avant d’entrer dans le coeur du sujet : l’illusion de la certitude. Après cette lecture, votre cerveau se jouera toujours de vous mais, dans certains cas, vous saurez utiliser ces situations à votre avantage.

Doit-on se méfier de sa mémoire ?

« Nous ne sommes pas des êtres exacts, notre cerveau nous joue souvent des tours et nous pousse parfois à l’erreur. »

Pour le commun des mortels, la mémoire est considérée comme un outil comparable à une caméra vidéo qui enregistrerait certains moments importants de nos vies afin de les conserver en sécurité. À première vue donc, aucune raison de douter d’elle, au moins avant d’avoir atteint un certain âge. Pourtant, la mémoire est un mécanisme très complexe qui a pour habitude d’altérer volontairement nos souvenirs. C’est la raison pour laquelle, entre les années 70 et 90, des chercheurs américains ont réussi à démontrer que la majorité des témoignages réalisés par des témoins oculaires avaient été altérés.

Car si notre mémoire peut être influencée inconsciemment à travers ces biais cognitifs, certaines personnes ont appris à maîtriser des techniques de suggestion et de manipulation leur permettant de modifier volontairement la mémoire de leur interlocuteur. Des études ont d’ailleurs révélé qu’en changeant simplement la sémantique d’une question, nos souvenirs pouvaient être corrompus. Bien que très précieuse, notre mémoire est donc un outil à manier avec précaution et il est important d’apprendre à la remettre en question, tout comme votre intuition.

Intuition ou réflexion ?

« Chacune de nos actions quotidiennes nécessite des décisions, immédiates et inconscientes. Monter un escalier, applaudir, planter un clou… tout cela implique une prise de décision. »

Aviez-vous remarqué que lorsque quelqu’un vous tend sa paume ouverte, votre corps réagit automatiquement ? Même pas besoin d’y penser, votre main s’élance d’elle-même et va saisir celle de votre interlocuteur. Ce principe porte un nom, c’est un “heuristique”. Ces derniers peut être physiques, mais aussi mentaux comme arrondir l’heure par exemple. Ces réflexes instinctifs sont utilisés par le cerveau pour éviter d’avoir à analyser trop d’informations lorsqu’une situation familière se présente. Mais attention aux raccourcis !

En effet, les heuristiques sont des pensées intuitives qui se basent sur des signaux usuels, qui renvoient parfois la mauvaise information. Lorsque c’est le cas, ils sont plus communément appelés des “biais”. Ces biais peuvent être de plusieurs natures, comme le biais d’ancrage par exemple, qui nous amène à prendre la première information d’une phrase comme étant la plus importante. Un homme décrit comme “colérique, mais compétent et créatif” sera moins apprécié qu’un homme qualifié de “compétent et créatif, mais colérique”. Quand les risques de biais sont trop nombreux, l’instinct fait alors place à la réflexion, plus fiable, même si cela demande des efforts et du temps supplémentaires.

Pour certains scientifiques, le modèle réflectif (qui privilégie la réflexion) est plus efficace que le modèle intuitif (qui privilégie l’intuition), étant donné que nous laissons le temps à notre cerveau de rassembler les informations nécessaires à une bonne analyse de la situation. Pour d’autres, c’est l’intuition qui prend le dessus sur la réflexion et ce pour deux raisons. Non seulement il existe des biais cognitifs propres au modèle réflectif mais aussi parce que trop réfléchir peut entraîner une inhibition et donc un sentiment d’insatisfaction. À vous d’apprendre à discerner les contextes et de choisir entre faire confiance à votre instinct ou prendre le temps de la réflexion.

Le stress : meilleur ami du Cro-Magnon et pire ennemi de l’homme moderne

« Nous pouvons nous entraîner à mieux interpréter nos réactions au stress, à les anticiper et à les déjouer quand cela est possible car celles-ci conditionnent notre rapport aux autres et au monde et influencent nos opinions et nos croyances. »

Considéré comme le mal du siècle, le stress n’avait pourtant pas si mauvaise presse il y a plusieurs milliers d’années. Au contraire, il a d’ailleurs participé activement à la survie de notre espèce. Imaginez-vous en Homo-Erectus, notre ancêtre. Lorsqu’un soupçon de danger était aperçu, immédiatement le stress faisait son apparition : l’énergie du corps était redirigée vers les muscles, les poumons et le cœur pour permettre une fuite plus efficace. À l’époque, le stress ne se manifestait qu’en un pic de quelques secondes, une fois la retraite réussie, il disparaissait.

De nos jours, les dangers auxquels nous faisons face sont différents, mais nos mécanismes de défense sont restés les mêmes. Nos inquiétudes ne vont plus aux bêtes sauvages mais à des notions plus abstraites comme le fait de s’exprimer devant un large public ou d’avoir un rendez-vous important avec un client important. Vous ne vous étiez jamais demandé pourquoi le stress vous faisait transpirer et accélérait votre rythme cardiaque ? Maintenant vous savez pourquoi : vous êtes prêt à courir. Le problème avec ces nouveaux “dangers”, c’est qu’ils sont difficiles à distancer et le pic de stress se transforme en journées voire en semaines de stress, entraînant des effets désastreux sur notre corps.

Apprendre à douter de ses certitudes

« À l’heure où le dialogue social se transforme en une série de monologues, les opinions se radicalisent, la société se polarise, la violence augmente. »

Mais le stress n’est que le cadet de nos soucis. Si Albert Moukheiber prend le temps de nous présenter des aspects méconnus de notre cerveau, c’est avant tout pour que chacun puisse comprendre le réel message de son livre : il est nécessaire d’apprendre à douter de soi en prenant du recul sur nos certitudes. Nous possédons tous une culture, des expériences et un entourage qui nous sont propres. Cet environnement, spécifique à chacun, nous amène à nous créer nos propres évidences qui deviennent alors notre réalité. Naturellement, nous prenons cette réalité pour universelle et des certitudes rigides apparaissent. Conséquence : nous devenons davantage hermétiques aux avis extérieurs.

De plus, à l’heure des réseaux sociaux, nous avons accès à une manne d’informations dont certaines vont servir à nourrir ces certitudes. Nous suivons des personnalités qui pensent comme nous, tandis que nous ferons le choix d’ignorer ou de négliger celles qui risqueraient de contredire notre point de vue. En science cognitive, on parle de “biais de confirmation”, c’est-à-dire que nous recherchons des avis qui nous conforteront dans le nôtre. En refusant de s’ouvrir à la contradiction, nous nous enfermons dans des bulles et nous rompons le dialogue avec quiconque aurait une réalité différente de la nôtre. Les débats deviennent alors stériles et les causes n’avancent plus.

C’est pourquoi, pour se conforter dans nos certitudes, nous pouvons même être assujettis aux infox - ces informations fausses basées sur des preuves anecdotiques mais relayées en masse. Une preuve supplémentaire que le doute n’est plus à la mode et que nos systèmes de pensée se radicalisent. Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Albert Moukheiber donne quelques conseils pour apprendre à se protéger de ce phénomène en adoptant une mentalité flexible.
Par exemple : prendre avec des pincettes les arguments énoncés par quelqu’un mettant en avant sa position ou sa profession et vérifier le bien-fondé de son argument. Ou encore, de repérer les fausses analogies qui comparent deux situations qui ont finalement peu de points communs.

Votre cerveau vous joue des tours est un ouvrage indispensable pour quiconque souhaiterait en savoir plus sur les mécanismes qui gouvernent notre pensée et nos actions au quotidien. Grâce à un discours à la pédagogie agréable, les concepts les plus complexes régissant notre comportement deviennent faciles à assimiler. Grâce à ce livre, plus question de se laisser avoir par les illusions créées par votre cerveau ! Vous apprendrez à identifier les différents biais façonnés par vos deux cervelets, à gagner en flexibilité mentale et à douter des autres mais surtout de vous. Vous verrez enfin au-delà de ce que votre raison a décidé de vous montrer et vous pourrez observer la réalité sous un autre jour, voire même comprendre la réalité d’un autre.

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Photo by WTTJ

Gabriel Boccara

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