Le métier de graphiste, un art appliqué

  • March 20, 2019

Julien Crespel est graphiste et le cofondateur de Papier Tigre. La marque pense, conçoit et fabrique des collections de papeterie qui sont vendues directement dans la boutique parisienne attenante, mais aussi dans leur boutique au Japon et chez près de 300 revendeurs dans le monde. Il nous parle du métier de graphiste, un art appliqué selon lui.

Quel a été votre parcours avant de devenir graphiste ?

J’ai fait une école de design, l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), plus communément appelée Les Ateliers. C’est la première école nationale en design. Ensuite, je n’ai jamais été salarié d’une entreprise, j’ai fait le choix de travailler pour moi. J’ai fait du design graphique, de l’édition, de la com, beaucoup de multimédia (sites Internet, applis). J’ai monté une première Web agency de création multimédia, puis un studio de création qui m’a amené à faire beaucoup de communication culturelle et visuelle pour des opéras et des théâtres.

Aviez-vous des prédispositions qui vous ont poussé à vous lancer dans ce domaine ?

Je suis né dedans puisque mon père était graphiste ! Il avait son atelier à la maison, donc j’ai grandi autour de sa planche à dessin. À l’époque, il ne travaillait quasiment pas sur ordinateur, tout était fait à la main, donc le voir créer des logos et des affiches étant petit m’a naturellement orienté vers cette profession.

Mon père était graphiste. Il avait son atelier à la maison, donc j’ai grandi autour de sa planche à dessin.

Comment décririez-vous le métier de graphiste aujourd’hui ?

Pour moi, c’est la liaison entre la forme, le fond et l’usage, entre ce que l’on a envie de dire, de montrer, de promouvoir et la façon de le faire. On ne peut pas être un bon graphiste si l’on ne comprend pas quel est le contenu et quel est le message à faire passer. C’est un art qui est toujours appliqué à un sujet. Je fais assez peu de différences entre le design et le graphisme, si ce n’est que le design se développe en 3D alors que le graphisme reste davantage en 2D. Au-delà de cet aspect, la démarche est la même selon moi. Un projet doit toujours être lisible et relié à une intention.

On ne peut pas être un bon graphiste si l’on ne comprend pas quel est le contenu et quel est le message à faire passer.

Concrètement, à quoi ressemblent les missions d’un graphiste ?

Les missions démarrent toujours par un brief : quel est le sujet, qu’a-t-on envie d’exprimer et comment ? Un brief est toujours orienté, donc il faut l’analyser, le critiquer et ne pas formaliser tout de suite les premières idées ou impressions que l’on a pour ouvrir le champ des possibles. Ensuite, il y a tout un travail de recherche d’images de référence, d’exploration, et un travail de dessin, de croquis. Ça peut aussi consister à aller voir une expo, un spectacle pour se nourrir du sujet le plus possible et commencer à voir comment on va pouvoir le traduire visuellement. Après quoi, il y a des étapes de formalisation sur ordinateur pour essayer de mettre au propre les premiers jets puis, très rapidement, il faut confronter son travail au regard des autres, que ce soit son boss, l’équipe ou le client. Généralement, on présente plusieurs pistes, on argumente et on voit un peu les réactions de tout le monde. Puis on corrige éventuellement le tir si nécessaire. Finalement, la journée type d’un graphiste, c’est un peu une succession de phases de travail en commun et de sessions de réflexion en solo.

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Quelles sont les qualités à avoir pour être ou devenir un bon graphiste ?

C’est beaucoup de travail, associé à une certaine culture visuelle. Je ne pense pas qu’on puisse devenir graphiste en autodidacte. Il y a toute une partie technique, des théories, des bases à connaître, d’où l’importance de passer par une formation supérieure de qualité. Puis il y a aussi des références indispensables à avoir en tête. Il ne faut pas uniquement maîtriser les notions de couleurs et de proportions, il faut également faire preuve d’une culture vaste pour ne pas perdre de temps à réinventer la poudre. C’est un métier créatif, et pour être créatif, il est nécessaire de connaître les références pour s’en détacher ensuite et pouvoir être innovant. C’est assez complexe, il faut à la fois une certaine fraîcheur et aussi beaucoup de maturité, de rigueur et de persévérance.

Comme nos productions sont toujours soumises à discussion, il est aussi important d’avoir des qualités d’écoute et de persuasion pour amener le client à envisager quelque chose auquel il n’aurait pas initialement pensé, par exemple.

C’est un métier créatif, et pour être créatif, il est nécessaire de connaître les références pour s’en détacher ensuite et pouvoir être innovant.

Quelles sont les compétences techniques indispensables ?

C’est d’abord tout ce qui est typographique, car c’est la base de la communication écrite et du graphisme. Ensuite, il faut savoir composer un texte, choisir le bon interligne, choisir la bonne typographie en adéquation avec le message. Il y a énormément de détails à maîtriser.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de graphistes en agence ou installés en free-lance, comment faire pour se distinguer ?

Encore une fois, avoir une culture de l’image aide énormément. Aujourd’hui, on est abreuvés d’images, on les surconsomme et donc il est important d’être capable d’analyser ces contenus, de comprendre ce qu’ils veulent dire pour ne pas refaire inconsciemment la même chose. Il faut pouvoir maîtriser son contenu pour ne pas faire de redites inutiles ou moins bonnes que les originaux.

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Je pense aussi qu’essayer de suivre la mode est voué à l’échec. Pour se distinguer, il faut pouvoir expliquer de façon intéressante sa démarche de travail. Il faut être suffisamment curieux pour aller voir ce qu’il se passe dans d’autres cultures, d’autres milieux, d’autres pays ou d’autres arts. Si l’on singe ce que tout le monde est en train de faire, cela signifie que l’on est déjà en retard, et c’est ce qu’il faut éviter.

Je pense aussi qu’essayer de suivre la mode est voué à l’échec. Pour se distinguer, il faut pouvoir expliquer de façon intéressante sa démarche de travail.

Qu’est ce qui est le plus enthousiasmant au quotidien ?

L’aspect expérimental et de recherche à partir de thématiques et de sujets assez éloignés les uns des autres. Ce que je trouve le plus enthousiasmant, c’est de regarder la nature, aller voir une expo puis un défilé de mode, d’observer en détail ce qui m’entoure et d’y voir un matériau pour la création. Le moment où l’esprit vagabonde avant de commencer à synthétiser pour créer est agréable. À l’extrémité du processus créatif, le moment où le produit est terminé et imprimé, où il existe enfin et où on le vend, est aussi très plaisant.

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Au contraire, quelles sont les difficultés ou obstacles à surmonter ?

Il y a les difficultés techniques qui sont liées à la fabrication et à la production. Ça peut être les problèmes d’impression pour le print ou toutes les problématiques de développement technique quand on travaille sur le Web : changer de langue ou de multimédia, adapter le contenu à un certain type d’écran ou de format.

Les difficultés peuvent aussi être liées à la partie commerciale de notre travail. Quelles que soient nos idées ou nos créations, on doit toujours s’adapter au budget de l’entreprise et du client. Il faut absolument faire cette optimisation des coûts, surtout aujourd’hui, car il y a de plus en plus de grosses productions graphiques qui peuvent être en 3D, au format vidéo, avec des grosses équipes derrière, et donc il faut maîtriser tout ça aussi. Il y a nécessairement des contraintes de délai, de planning et de budget qui sont associées aux métiers des arts appliqués.

Il y a nécessairement des contraintes de délai, de planning et de budget qui sont associées aux métiers des arts appliqués.

Finalement, quel conseil donneriez-vous à ceux qui souhaitent devenir graphiste ?

Ne pas négliger la formation, ni la culture générale dans son ensemble et ouvrir son esprit à toutes les autres formes de création.

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Photo by WTTJ

Aglaé Dancette

Fondateur, auteur, rédacteur @Word Shaper

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