Le 100% télétravail raconté par ceux qui le vivent

  • April 4, 2018

C’est dans les années 1970 que le terme et le concept de “télétravail” voient le jour. Avec la généralisation des téléphones et des fax, les employés gagnent le droit de travailler de chez eux. Mais ce sont surtout aux entreprises que cette pratique est bénéfique : c’est un outil de délocalisation et d’externalisation du travail pour en réduire les coûts. Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises proposent à leurs employés de travailler de chez eux s’ils le préfèrent et cette pratique s’est popularisée.

Mais plus encore, certaines entreprises fonctionnent uniquement en télétravail. Nous avons voulu en savoir plus sur les réalités de cette pratique en interrogeant Céline Méchain, la DRH de Platform.sh, une entreprise française qui emploie 70 collaborateurs travaillant en télétravail partout dans le monde ; ainsi que Maxime Berthelot, le Growth Manager de Buffer, l’une des sociétés pionnières dans le 100% remote.

Tous les deux sont d’accord pour dire que travailler uniquement en télétravail a changé leur vie. Ils ne regrettent et ne changeraient de mode de fonctionnement pour rien au monde, et ils nous expliquent pourquoi travailler de n’importe où est devenu si essentiel pour eux. S’ils travaillent dans des entreprises qui proposent un fonctionnement par télétravail à 100%, seuls 16,7 % des Français télétravaillent plus d’une journée par semaine, la majorité (64 %) chez eux ; selon les chiffres rendus publics par le gouvernement en 2016.

Lorsque tu fais partie de la société, on te fait confiance, c’est le contrat de base.

Comment avez-vous décidé de postuler dans une entreprise qui propose à ses collaborateurs de travailler uniquement en télétravail ?

Maxime Berthelot : J’ai rejoint Buffer il y a trois ans pour plusieurs raisons. Déjà, la culture de l’entreprise m’intéressait énormément, Buffer c’est un vrai laboratoire d’idées : lorsque tu fais partie de la société, on te fait confiance, c’est le contrat de base. Personne ne va regarder combien de temps on travaille, tant que le travail est bien fait. Nos salaires sont publiés, tout est très transparent. Je pense qu’on est en avance sur cette culture du travail qui va bientôt se généraliser. J’ai eu envie de rejoindre Buffer pour toutes ces raisons-là.

Céline Méchain : Ça fait 20 ans que je suis RH généraliste dans des petites structures françaises et internationales et dans le domaine de l’IT. J’ai choisi Platform.sh parce qu’ils me proposaient de créer leur structure de la RH. Je ne connaissais pas du tout le télétravail, je me posais beaucoup de questions et je regardais ça avec un regard un peu mitigé. Et puis maintenant que je suis dans la société, je vois très bien les bons côtés du télétravail, et je comprends ce qui fonctionne avec Platform.sh.

Pourquoi est-ce que ça fonctionne avec Platform.sh ? Quelle est la recette magique ?

Céline Méchain : Platform.sh a une longue histoire du télétravail, et sa réussite fait que nous n’avons jamais souhaité changer d’organisation. L’une des raisons pour lesquels le télétravail semble bien fonctionner chez Platform.sh est que nos collaborateurs sont autonomes. Notre moyenne d’âge est actuellement de 37 ans, ce qui est assez élevé pour une start-up de l’IT. Une autre raison est que l’ensemble de la société fonctionne de cette façon. Les investissements que l’entreprise ne met pas dans des bureaux sont utilisés pour les outils de communication adéquats au télétravail et aux déplacements. Il est important que les collaborateurs se rencontrent de façon régulière. En tant que RH, travailler avec des gens partout dans le monde, c’est très intéressant. Mon terrain de jeu c’est le monde, et nous offrons une vraie culture internationale.

En France, avec le télétravail, on a l’impression qu’on doit rester chez nous, mais en fait, on peut voyager partout.

On parle parfois de « remote » à la place de télétravail, quelles sont les différences ? Et comment se positionnent les sociétés dans lesquelles vous travaillez par rapport au 100% télétravail ?

Maxime Berthelot : Je ne sais pas s’il y a une vraie différence. Le remote est une expression anglaise. En France, avec le télétravail, on a l’impression qu’on doit rester chez nous, mais en fait, on peut voyager partout. La différence, c’est peut-être l’image qu’on met derrière le mot. Chez Buffer, il n’y a pas de bureau du tout, on est vraiment à 100% en télétravail, en remote.

Céline Méchain : Chez Platform.sh la norme est le télétravail, même si nous avons quelques bureaux (à Paris, en Angleterre et à San Francisco). J’habite par exemple en région parisienne, et j’ai la chance d’avoir le choix entre travailler de chez moi ou depuis notre bureau parisien. Comme je travaille autant avec des personnes qui habitent en Europe qu’aux Etats-Unis, mes plages horaires peuvent être assez larges et le télétravail permet d’organiser mes journées en fonction de ces contraintes.

On a un culture deck : « work smarter not harder ». On ne prône pas la culture de travailler plus.

Comment vous vous organisez, concrètement ?

Céline Méchain : Pour tout ce qui est professionnel, on utilise intensivement toute la suite Google et Slack également. Nous nous sommes appropriés l’outil de afin de compenser le moment café que nous n’avons pas dans la journée entre nous. Slack est devenu une sorte d’open space virtuel. Nous nous rencontrons dans la vraie vie également : une fois par an, nous nous retrouvons pour une semaine ; une fois par trimestre notre CEO fait une partage tous les sujets importants dans la société ; et chaque manager d’équipe peut réunir son équipe lorsqu’il le juge nécessaire. Au quotidien, il faut juste que le travail soit fait. Pour montrer à notre équipe qu’on est disponible, on marque sur notre timeline de quelle heure à quelle heure on travaille.

Maxime Berthelot : Je travaille en moyenne sept heures par jour, mais ça dépend des jours. Normalement en six heures on peut tout faire. On a un culture deck : « work smarter not harder ». On ne prône pas la culture de travailler plus. Actuellement j’habite à Amsterdam parce que ma copine travaille là-bas. Je travaille en étroite collaboration avec 5 personnes chez Buffer, mais qui sont partout dans le monde. Parfois, c’est difficile car il faut s’adapter aux fuseaux horaires. Ce qu’il faut, c’est s’adapter aux autres, on discute beaucoup en utilisant Slack, c’est le principal.

Cela peut ne pas plaire à tout le monde, il y a certaines personnes qui ne supportent pas être enfermés toute la journée chez eux.

Chez Platform.sh, comment gérer-vous à distance le recrutement des collaborateurs ? Comment recrutez vous ? Quel type de personne ?

Céline Méchain : Pour gérer le recrutement, le process est le même que dans des entreprises dites normales, je ne vois aucune différence sauf que tout se fait en visio-conférence. Le type de personne que je recrute, ce sont des personnes autonomes, qui ont l’habitude de chercher d’abord par eux même quand ils sont devant quelque chose qu’ils ne savent pas faire. Le turnover est très faible parce que les gens qui nous rejoignent connaissent déjà le télétravail, ils y sont habitués. Car ça peut ne pas plaire à tout le monde, il y a certaines personnes qui ne supportent pas être enfermés toute la journée chez eux, ce que je comprends tout à fait. Donc les personnes qui nous rejoignent, ce sont soit des anciens entrepreneurs, soit des consultants indépendants…

Quel statut ont les collaborateurs de Buffer et Platform.sh ?

Céline Méchain : Quand on recrute quelqu’un qui est dans un pays où on a une entité légale (comme en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et en Allemagne), on lui propose un contrat de travail, donc il devient salarié. À l’inverse, quand on recrute quelqu’un qui est dans un pays où il n’y a pas d’entité légale, c’est un contrat de prestation. Dans les faits, ils sont traités comme des salariés parce qu’ils reçoivent des parts de société.

Maxime Berthelot : Je suis contractor, c’est-à-dire que je paye mes impôts en France même si j’habite à Amsterdam. Buffer est une entreprise américaine qui n’a pas d’entité en Europe, donc ils ne peuvent pas embaucher des personnes en France. Tous les collaborateurs en Europe ont le statut auto-entrepreneur. Moi, j’ai le statut de profession libérale.

On n’a pas de culture d’entreprise où les collègues deviennent des amis, mais on a une culture vraiment très internationale.

Quels sont les avantages du télétravail ?

Céline Méchain : Le principal avantage, c’est l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle que permet le télétravail. Je ne perds pas du temps le matin et le soir dans les transports, ça ne me fatigue pas. Des équipes hautement internationales représentent un autre avantage certain. L’autre avantage aussi, c’est la flexibilité. Les gens se déplacent aussi plus facilement, je me rends compte qu’ils n’hésitent pas à vivre un an dans un pays, un an dans un autre… La seule limite : avoir une connexion internet sans faille.

Maxime Berthelot : Cette liberté a changé ma vie, l’entreprise me donne tellement en me faisant confiance et en ne contrôlant pas tout ce que je fais, que j’ai envie de lui rendre. C’est donnant-donnant, cette autonomie me motive à bien travailler.

En tant que RH, il faut savoir rester proche des gens pour bien voir si quelqu’un ne va pas bien. Garder de petites équipes, ça permet de conserver cette culture qui plaît énormément qui est une culture start-up, amicale, informelle.

Quels sont les inconvénients ?

Maxime Berthelot : Les seuls inconvénients, c’est le côté un peu isolant. En France, le jour moyen de télétravail c’est un jour par semaine. Nous on est dans le 100% donc ce n’est pas hyper facile de rencontrer des nouvelles personnes lorsqu’on arrive dans une nouvelle ville et qu’on travaille de chez soi. Mais ce qui est bien, c’est qu’on fait une retreat une fois par an, c’est-à-dire qu’on se retrouve tous dans un endroit dans le monde pour se rencontrer. Aussi, on fait des minis retreat tous les six mois par ville en fonction des équipes.

Céline Méchain : Le risque que je vois en tant que RH, c’est que si quelqu’un se désinvestit, on le verra moins vite. Donc, ce qui est bien, c’est de garder de petites équipes, qui font que les managers sont quand même très proches de leurs collaborateurs. En tant que RH, il faut savoir rester proche des gens pour bien voir si quelqu’un ne va pas bien. Garder de petites équipes, ça permet de conserver cette culture qui plaît énormément qui est une culture start-up, amicale, informelle. La difficulté qu’on se pose aussi souvent, c’est comment intégrer des gens juniors. On va sûrement créer des centres de formation en Amérique et en Europe, où les juniors qui nous rejoignent iront passer du temps afin d’être par la suite autonomes sur leur poste. Une fois qu’ils le seront et qu’ils connaîtront les valeurs de la société, ils pourront travailler seuls.

À partir du moment où vous avez des responsabilités qui vous plaisent, que les gens comptent sur vous, et que ce que vous faites a un vrai impact, vous vous investirez énormément.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait faire du télétravail ?

Maxime Berthelot : J’ai l’impression que tout le monde pourrait le faire mais visiblement certaines personnes se rendent compte que ce n’est pas fait pour eux, parce qu’ils aiment aller dans un bureau tous les jours. Il faut être très organisé, travailler avec méthodes, et ne pas avoir peur d’utiliser des outils différents. Les premières semaines, ça peut être un peu perturbant, mais il faut valider avec l’équipe le fonctionnement à avoir, et comment on va s’entraider et surtout bien communiquer.

Céline Méchain : Il faut être passionné par ce qu’on fait. Sinon c’est facile de ne rien faire et de ne pas être productif. Lorsqu’on est chez soi, la tentation de regarder la télé peut être forte, et c’est pour ça que je pense que le télétravail peut ne pas correspondre à tout le monde. À partir du moment où vous avez des responsabilités qui vous plaisent, que les gens comptent sur vous, et que ce que vous faites a un vrai impact, vous vous investirez énormément. Mais chez Platform.sh, on ne regarde pas la quantité de travail, mais la qualité de travail.

Il faut changer les modes de communication radicalement. C’est-à-dire qu’il ne faut pas traiter différemment les salariés en fonction de s’ils travaillent de chez eux ou au bureau.

Quels conseils pour qu’une boîte fasse sa transition peu à peu vers des postes en télétravail ?

Céline Méchain : Pour commencer, il faut que le type de produits ou de services proposés par la société soient compatible avec le télétravail. Ce sont souvent des métiers intellectuels. Ensuite, il faut voir si la population est compatible, si les collaborateurs sont prêts à aborder cette manière de travailler. La société doit avoir plusieurs volontaires au télétravail, pour qu’on puisse voir si ça fonctionne. Bien évidemment, dès que la transition est effectuée, il faut changer les modes de communication radicalement. C’est-à-dire qu’il ne faut pas traiter différemment les salariés en fonction de s’ils travaillent de chez eux ou au bureau. Mais il faut savoir qu’il y a de plus en plus de sociétés qui le font, et qui surtout réussissent.

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Maylis Haegel

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