Les Civic Tech (ou technologies civiques) désignent l’ensemble des projets associatifs ou entrepreneuriaux utilisant les technologies pour améliorer le système politique et parfaire la démocratie. Mais comment s’y prennent-elles et quels grands enjeux doivent-elles affronter ? Le point sur un écosystème complexe et en plein développement…

Qu’est-ce que la Civic Tech ?

« Un secteur à la croisée de la technologie, de l’innovation, d’un gouvernement ouvert et de l’engagement du citoyen »  selon la Knight Foundation 

La Civic Tech est un ensemble d'outils numériques développés pour transformer le fonctionnement du système politique en place afin d’en améliorer l’efficacité et de redonner le pouvoir au peuple. Elles n’ont pas vocation à enrichir leur fondateur mais visent au contraire à servir l’intérêt général.

Dans son rapport sur les Civic Tech publié en 2013, la Knight Foundation expliquait que ce secteur se devait d’être « à la croisée de la technologie, de l’innovation, d’un gouvernement ouvert et de l’engagement du citoyen. »

Depuis les années 2000, de nombreux projets de ce type ont vu le jour. Ils ont permis la création d’outils, de sites et de logiciels qui tous, chacun à leur manière, ont voulu renouveler la manière d’articuler un dialogue entre le peuple et ses gouvernants et remettre le citoyen au coeur du processus démocratique en mettant à sa disposition toutes les données et les outils dont il a besoin pour comprendre, agir et participer à la vie politique.

Histoire des Civic Tech

À mesure que la foi des nouvelles générations dans le système politique s’étiole, l’idée de révolutionner la manière dont s’exerce la démocratie fait son chemin, notamment chez les nouvelles générations. Pour autant, le concept de renouveau politique en lien avec la technologie est loin d’être nouveau. L’idée d’utiliser les technologies numériques pour servir la démocratie est même présente depuis l’apparition d’Internet

C’est notamment dans les années 90 que le concept d’open data voit le jour, qui défend l’idée de connaissances comme biens communs devant circuler librement et être accessibles à tous afin de favoriser égalité, transparence, ouverture et progrès démocratique. Si ces considérations ne concernent à l’époque qu’un petit groupe de développeurs et de scientifiques, la démocratisation de l’outil informatique et, bien sûr, l’apparition d’Internet a étendu la problématique à l’ensemble de la société. Car avec l’idée d’open data apparaît rapidement l’idée de transparence politique et de gouvernement ouvert, prémice des Civic Tech.

Aujourd’hui, la majeure partie de la population est connectée à Internet et aux réseaux sociaux. De plus, l’écosystème start-up, qui s’est largement développé au cours des 15 dernières années, a permis la mise en place de nombreuses initiatives à la fois civiques et entrepreneuriales dans ce secteur. Tout le monde peut donc potentiellement prendre part aux Civic Tech.

Les grandes typologies de Civic Tech

Si toutes les Civic Tech entendent peser sur le système politique en place, leur manière de s’y prendre diffère. Certaines misent sur le dialogue renouvelé, d’autres sur la transformation de l’intérieur, d’autres encore sur l’accès à l’information ou sur l’intelligence collective et le partage de données.

Pour échanger et créer un dialogue entre élus et citoyens

Ce type de projet vise à fluidifier les échanges et à consolider le système actuel en permettant un dialogue entre pouvoirs publics et citoyens : permettre aux citoyens de donner un avis sur un sujet, répondre à un sondage d’opinion ou poser des questions à un élu, comparer des programmes politiques pour savoir comment voter, comme le propose le site voxe.org. Le but est en fait de recrédibiliser le système actuel auprès de l’opinion publique en le modernisant et en permettant aux citoyens de s’y reconnaître. In fine, cela peut peut-être permettre de renforcer la confiance du peuple envers les politiques.

Pour transformer et faire évoluer la démocratie

Certains projets veulent « hacker la démocratie », c’est-à-dire changer le système de l’intérieur sans pour autant vouloir le détruire. Au contraire, ils s’appuient sur ses ressources et sur son mode de fonctionnement pour le transformer. Cela peut, par exemple, consister à faire élire des représentants citoyens à l’assemblée, comme le font les sites #mavoix ou Baztille. C’est également ce que veulent faire les sites de pétitions en ligne, qui permettent aux internautes de s’engager pour une cause qui, si elle rassemble suffisamment de voix, peut avoir un poids significatif devant les gouvernants.

Pour informer et rendre les données publiques accessibles aux citoyens

Certaines applications ou plateformes permettent le partage, l’analyse et l’utilisation de données relatives à l’action publique. Leur but : apporter de la transparence. L’open data, par exemple, est un mouvement reposant sur l’idée fondamentale que les données publiques sont un bien commun. Elles doivent donc être disponibles, réutilisables et distribuées de manière universelle. Des associations comme nosdéputés.fr partagent des données sur les actions des députés, partant du principe qu’en mettant à la disposition de tous les informations relatives aux activités des élus et de l’administration, on améliore leur efficacité.

Pour partager et faciliter l’échange et la coopération

Proche de l’économie collaborative, certains outils visent à mettre la technologie au service de l’entraide et de l’intérêt général. Ce sont, par exemple, les plateformes de financement participatif ou des outils comme Ushahidi, plateforme créée en 2008 au Kenya lors des émeutes qui ont suivi les élections, afin que les habitants de Nairobi puissent indiquer sur une carte les itinéraires dangereux à éviter en envoyant un simple SMS. Depuis, l’application a développé de nombreuses fonctionnalités similaires. Il s’agit de miser sur l’intelligence collective pour améliorer le système ou compléter l’offre publique quand celle-ci est insuffisante.


Les grands enjeux des Civic Tech

La représentativité

À l’heure actuelle, la Civic Tech touche encore trop peu de personnes. Or, pour être efficace, elle a besoin de s’adresser à une large majorité de citoyens. Dans une interview donnée au magazine Alternatives économiques, Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à l’université de la Sorbonne, explique que « Les initiatives les plus visibles aujourd’hui, hormis les plateformes de pétition en ligne, ne fédèrent au mieux que des dizaines de milliers d’usagers, ce qui est bien trop peu pour transformer radicalement le paysage de nos institutions et décevant au regard des attentes et des potentialités de ces instruments ». À l’avenir, les Civic Tech devront donc trouver un écho auprès du plus grand nombre, sans quoi leur efficacité restera limitée.

« Les initiatives les plus visibles aujourd’hui ne fédèrent au mieux que des dizaines de milliers d’usagers, ce qui est bien trop peu pour transformer radicalement le paysage de nos institutions. » Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à l’université de la Sorbonne

Le financement

Pour être reliés à la Civic Tech, les applications et logiciels développés doivent être open-source et les associations créées doivent avoir un but non lucratif. Pourtant, tout projet a besoin de moyen pour exister et se développer. Dès lors se pose la question de leur financement qui doit également permettre de rester indépendant. Le recours au bénévolat, aux dons et au financement participatif est essentiel mais certaines associations créent également des entreprises commerciales dont les bénéfices servent exclusivement à faire fonctionner leur projet civique, ce qui n’est pas sans générer des critiques, car comment préserver leur indépendance ?

Certaines associations créent également des entreprises commerciales dont les bénéfices servent exclusivement à faire fonctionner leur projet civique, ce qui n’est pas sans générer des critiques, car comment préserver leur indépendance ?

Des fondations spécialisées dans le soutien aux Civic Tech ont vu le jour. C’est le cas, par exemple, des fondations Open Society, fondées par George Soros, milliardaire philanthrope. Elles soutiennent des personnes et des organisations qui défendent la liberté d’expression, la démocratie et la transparence gouvernementale. À ce jour, il existe 23 fondations Open Society réparties dans de nombreux pays.

Des lieux dédiés aux Civic Tech

Le Civic Hall

Né à New-York en 2015, le Civic Hall a pour objectif de redonner du pouvoir aux citoyens en permettant à des solutions Civic Tech d’émerger. Il est animé par le Personal Democracy Forum, festival dédié aux technologies civiques et politiques à New-York. Pour favoriser l’émergence de ces initiatives civiques, ils organisent des rencontres entre entrepreneurs sociaux, fonctionnaires, chercheurs, universitaires, ils organisent des conférences et ont également trois labs (Civic Tech, santé et justice). Des espaces similaires se sont créés dans différentes villes du monde et bientôt, Paris aura aussi son Civic Hall.

Le Liberté Living Lab

C’est un espace de 2 000 m2 qui encourage le développement de projets entrepreneuriaux orientés vers l’intérêt général. Situé en plein Paris, il réunit 200 résidents aux profils pluridisciplinaires (start-up, laboratoires d’innovations, chercheurs, intrapreneurs, designers, etc.) qui travaillent ensemble sur les grands enjeux de demain : travail, éducation, transition énergétique, médecine, politique, etc.

Découvrez aussi leur profil Welcome to the Jungle

Quelques projets Civic Tech

Baztille

C’est un mouvement de citoyens dont l’objectif est de transformer la démocratie. Ils regrettent notre système actuel reposant sur l’élection de quelques élus qui, une fois en place, ne servent plus les intérêts du peuple qui n’a plus aucun moyen de contrôler ou de sanctionner leurs actions. Baztille présente donc ses propres candidats à chaque élection. S’ils sont élus, leur seul objectif sera de défendre et de faire appliquer toutes les décisions que les membres de Baztille auront votées.

Accropolis

Une plateforme média et une chaine Youtube qui décrypte l'actualité politique française et propose des émissions interactives auxquelles chacun peut participer via le chat. Tout au long des débats politiques, les animateurs échangent avec le public, s’adaptent à ses demandes et répondent à ses questions. L’objectif de ce média est d’informer le public, de lui fournir des données concrètes, notamment sur les parlementaires, et de lui apporter de nouvelles clés de compréhension du monde politique.

Les sites de pétition en ligne

Ils fleurissent depuis une dizaine d’années : Change, Avaaz, Citizaction, wesignit, jesigne.fr, etc. Ils sont de plus en plus nombreux, fonctionnent au niveau local et international et ont pour objectif de changer le monde grâce à l’opinion publique. Ces sites invitent à signer et partager des pétitions en ligne afin d’obtenir suffisamment de signataires pour pouvoir peser auprès des gouvernants.

Regards Citoyens

Fondée en 2009, cette association veut favoriser l'ouverture des données publiques et la transparence des institutions démocratiques à travers la création de sites et d’applications se basant sur la réutilisation de données publiques. L'association est à l'origine de plusieurs projets comme nosdéputés.fr et nossénateurs.fr.

nosdeputes.fr

Ce site a vocation à informer ses visiteurs sur l'activité parlementaire des députés de l'Assemblée Nationale. Il s’agit de donner aux citoyens les données nécessaires pour comprendre et analyser le travail de leurs représentants. Conçu comme une plateforme de médiation entre citoyens et députés, le site propose à chacun de participer et de s'exprimer sur les débats parlementaires. Leur objectif : créer un dialogue et ainsi permettre aux citoyens de nourrir le travail de leurs élus.

Ushahidi

Cet outil a été créé par Ory Okolloh, activiste kenyane, alors que son pays traverse une période de violence suite aux élections de 2008. Constatant que la population ne peut pas compter sur les médias pour s’informer, elle imagine une application permettant aux habitants de visualiser les lieux dangereux sur une carte. Le site Ushahidi est lancé en 2008, tout comme la société à but non lucratif qui porte le même nom et le logiciel open source, aujourd’hui utilisé par des milliers de citoyens partout dans le monde. Il a, entre autres, été utilisé par l’ONU après le séisme de 2010 à Haïti pour cartographier les zones touchées et faciliter l'aide aux sinistrés.


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