Au large de l’Inde et au cœur de l’Océan Indien, les îles Chagos sont un microcosme extraordinaire de faune et flore en tout genre. Devant les fléaux du changement climatique et de la pêche intensive, le gouvernement Britannique a décidé de créer une réserve naturelle de la superficie de l’Allemagne et l’Italie réunies. Cette décision a été grandement influencée par une campagne digitale et citoyenne d’Avaaz, où 220 000 personnes se sont engagées pour sauver la biodiversité de cette partie du monde. Mais alors, la technologie serait-elle le nouveau vecteur de la voix citoyenne dans nos sociétés hyper-connectées ?

Au-delà de l’utilisation du web 2.0 pour relayer des initiatives qui font du bien à nos sociétés, le cœur de la SocialTech rassemble ces entreprises qui mettent à profit la technologie pour avoir un effet de levier sur des populations très concrètes : sans-abris, réfugiés, malades, personnes en situation de grande précarité… Arrêt sur images sur ces initiatives sociétales 2.0.

Un peu d’histoire

Contrairement à ses cousins Foodtech, Greentech, Fintech... La SocialTech remonte à belle lurette. Le mot a été forgé par Albion Woodbury à l’Université de Chicago à la fin du… XIXème siècle ! Lors d’un séminaire en 1898, cet universitaire a mentionné la SocialTech comme : « l'utilisation de la connaissance, des faits et des lois de la vie sociale pour susciter des objectifs sociaux rationnels. » Il a ensuite défini le terme dans l’article The Scope of Social Technology

À l’époque, le terme renvoyait à de l'ingénierie plus qu’à de la Tech au sens où on l’utilise actuellement. Mais le concept s’est peu à peu déplacé vers l’acception actuelle, bien liée à l’innovation par la technique contemporaine : web 2.0, applications mobiles, ingénierie de pointe, intelligence artificielle, etc. Et ce mouvement fleurit : on observe de plus en plus d’initiatives sociales dans la Tech, qui émanent souvent des employés.

« Ce mouvement vient aussi beaucoup des salariés, car les entreprises doivent de plus en plus s’adapter à leurs demandes. »

Pour comprendre ce mouvement, nous avons rencontré Charles de Valois. Charles fait partie de Webassoc, une association à but non lucratif qui met en relation des professionnels de la tech et des associations d’urgence et de solidarité. Il y est responsable des partenariats avec les entreprises. Charles a confirmé la prépondérance actuelle des initiatives sociales en entreprise via les employés : « Maintenant, on se rend compte qu’on a la possibilité d’agir sans que ça paraisse naïf et idéaliste. Ce mouvement vient aussi beaucoup des salariés, car les entreprises doivent de plus en plus s’adapter à leurs demandes. En tout état de cause, l’acceptation de l’engagement sociétal est en train de changer. Il y a cinq ans, les projets qui conciliaient économie et innovation sociale étaient marginaux. Aujourd’hui, c’est une vraie problématique au cœur de nos sociétés et des enjeux de marques-employeur des entreprises. »

Alors, la SocialTech, c’est quoi exactement ?

« C’est connecter les gens entre eux, il y a un aspect solidaire très important. »

La SocialTech ou encore Technologie sociale, désigne toutes les entreprises qui permettent, grâce à l’utilisation de la technologie, d’améliorer leur environnement social. Pour Charles, ce mouvement est fondé sur la solidarité et « a pour but de mettre à profit les outils numériques pour avoir un impact social. »

Chez Webassoc, cette solidarité se quantifie : 1 500 associations à impact social aidées chaque année par 800 professionnels du web à travers différents formats : formations, conférences, accompagnements personnalisés, workshops, mentoring. De même, de nombreuses entreprises visent à accroître les échanges entre citoyens — discussions, débats — et la solidarité, sous des formes très diverses — monétaire, échanges de compétences, d’objets, etc.

En pratique, cela donne quoi ?

« Plus que jamais, c’est crucial de concilier financement et postures sociales, de faire changer les mentalités des entreprises, et donner aux gens l’envie d’agir. »

Charles le note, « La SocialTech, c’est très vaste. Elle concerne le vivre ensemble, la consommation durable, l’action citoyenne. C’est tout ce qui peut concerner l’impact social. Pour moi, le principal, c’est connecter les gens entre eux, il y a un aspect solidaire très important. »

Ses principaux secteurs sont :

  • L’agriculture et l’alimentation
  • La santé
  • La politique, la démocratie
  • L’habitat
  • Les services...

L’enjeu de la SocialTech est dans le "ici" et le "maintenant". En tant qu’utilisateurs des services de certaines entreprises et/ou associations ou dans le monde professionnel, nous avons tous une carte à jouer. Et surtout les salariés, comme Charles l’affirme haut et fort : « Plus que jamais, c’est crucial de concilier financement et postures sociales, de faire changer les mentalités des entreprises, et donner aux gens l’envie d’agir. »

Alors, c’est parti, vous souhaitez travailler dans ce milieu ?

Les métiers de la SocialTech

Tous les métiers sont bienvenus, puisqu’on parle d’un champ transverse. Charles précise : « Les entreprises SocialTech ont les mêmes besoins que les entreprises classiques : marketing, développement, design, développement produit, il y a de la place pour de nombreux métiers. »

Bonne nouvelle donc : quelle que soit votre spécialité, il y a probablement un poste pour vous, en fonction du secteur et de l’entreprise visés.

Quelques entreprises SocialTech à l’international qui nous ont bluffés

Avaaz réalise des pétitions en ligne sur des sujets citoyens.

Be My Eyes, qui met en relation des mal ou non-voyants avec un réseau d’entraide international.

Change.org, le premier site citoyen de pétitions en ligne.

Chatterbox, l’application pour apprendre une langue avec un réfugié.

Cliiink, l’application qui récompense le tri sélectif.

DigitalGreen, qui partage dans des vidéos de 10 minutes les bonnes pratiques des agriculteurs Indiens et d’Afrique subsaharienne pour leur permettre de sortir progressivement de la pauvreté.

Fluicity, la plateforme des discussions entre citoyens & élus.

Goodeed démocratise le don sur Internet en le rendant simple, transparent et gratuit.

GoodTweet, l’outil de récolte de dons solidaires via YouTube.

Harrassmap permet aux victimes d’agressions en Égypte de géolocaliser anonymement le lieu de leur agression.

HelloAsso, la première plateforme de financement participatif dédié aux associations.

HomelessPlus, l’application qui permet de géolocaliser un sans-abri et de renseigner ses besoins, pour qu’il puisse être aidé par la communauté.

LearnEnjoy, un ensemble d’applications conçues pour permettre aux enfants en situation de handicap ou autistes d’apprendre comme les autres et d’exprimer leur plein potentiel.

LiveForGood, qui organise des programmes d’incubation d’entreprises solidaires et sociales.

Optimiam, qui permet de pallier au gaspillage alimentaire tout autour de vous.

Peek, l’application pour réaliser un examen optique professionnel depuis votre smartphone.

TechFugees, l’association à but non lucratif qui met la technologie à disposition de l’amélioration des conditions de vie des réfugiés, et organise des conférences, meetups et hackathons pour faire changer leur destin, en mieux.

Webassoc, l’association à but non lucratif qui aide les associations de solidarité et d’environnement à se renforcer avec le web, grâce à leur communauté de professionnels de la Tech, bénévolement et sans compte en banque.

Welp, la plateforme qui met en relation des personnes qui ont besoin d’aide, et d’autres prêtes à les aider, gratuitement.


Et pour aller plus loin, ne ratez pas l’édition 2019 de la SocialGoodWeek

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Photo by WTTJ @HelloAsso

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