La « mise au placard » en entreprise : comment s'en sortir ?

  • January 24, 2018

Un parcours sans faute et une motivation sans faille ne sont pas toujours suffisants pour sécuriser sa place en entreprise. Qui n’a jamais entendu parler de ce manager parfait, soudain devenu le vilain petit canard, dans un retournement de situation inattendu ? Sujet autrefois tabou, la “placardisation” est de plus en plus traitée dans les médias et connue au sein des entreprises.

Qu’est-ce que la « placardisation » ?

La placardisation est une mise à l’écart progressive, dans un ingénieux crescendo de petites vexations quotidiennes. Le but ? Vous pousser à quitter l’entreprise de vous-même. Un phénomène qui n’épargne personne, et surtout pas les cadres : 80% des personnes victimes de cette forme de harcèlement sont en effet des managers*.

Certains épisodes de la vie d’une entreprise sont particulièrement propices à la mise au placard : le rachat par un concurrent conduisant à des doublons de postes, une restructuration importante supprimant des services entiers, un changement de direction générant un “grand ménage”, etc. Mais si la placardisation obéit plus souvent à des logiques d’orga­ni­sation, les motifs sont parfois plus personnels : mésentente avec un manager, nouveau poulain à placer ou encore désaccord au sujet de la stratégie du groupe.

Alors comment s’en protéger ? Le point commun entre toutes les personnes qui subissent une mise au placard est de ne pas avoir fait de “personal branding”. Très populaire aux États-Unis, le marketing de soi consiste à se faire connaître en entreprise, à mettre en avant ses projets. Car il est plus difficile d’écarter une personne dont tout le monde connaît le nom, qu’un illustre inconnu.

Les signes avant-coureurs

Les signes avant-coureurs sont nombreux, parfois subtils et souvent progressifs. Sans céder à la paranoïa au moindre doute, leur convergence doit être prise au sérieux. Le but est souvent de vous pousser à la démission en vous retirant ce qui fait l’intérêt de votre travail.

  • Vous êtes écarté des réunions. On a “oublié” de vous convier à la réunion de service ? Vous êtes le seul à ne pas être au courant des dernières décisions de votre manager ? Vous n’êtes plus dans la boucle des mails ?
  • Vous êtes dénigré régulièrement. Votre supérieur conteste constamment vos idées ? Il vous met publiquement en porte-à-faux ?
  • On vous retire petit à petit les moyens de travailler. Personne ne vient réparer votre ordinateur ou mettre à jour vos logiciels ? Vous n’avez plus accès au réseau social interne, aux serveurs partagés ?
  • On vous retire des responsabilités. On “allège votre charge de travail” en vous déchargeant d’une mission importante ? On demande subitement à une personne de contrôler tous vos dossiers ?
  • Vous êtes isolé géographiquement. Le “nouveau bureau flambant neuf” que l’on vous propose se trouve être au dernier sous-sol de l’entreprise ? Ou celui qui est tout au bout du couloir, éloigné de vos collègues ou de votre équipe ?

Dans les grandes entreprises, la mise au placard peut s’étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années. La disgrâce est alors difficile à détecter.

Comment « sortir » du placard ?

Comment réagir quand on soupçonne d'avoir été mis au placard ? Se battre ? Partir ? Dans tous les cas, la meilleure solution reste d'agir et ne pas attendre que la situation se débloque d'elle-même.

  • Évoquez la situation avec vos collègues. Cela vous permettra de confirmer ou d'infirmer vos soupçons. C’est aussi nécessaire pour ne pas vous isoler et risquer de vous faire oublier.
  • Si vos échanges confirment votre impression, allez voir votre supérieur. Essayez de comprendre les raisons de cette mise à l'écart et montrez-vous déterminé(e) à travailler sur les points bloquants, lorsque c'est possible. C'est également l’occasion de faire le point sur vos compétences, vos savoir-être et vos objectifs professionnels.
  • Si la situation n'évolue pas, il faut frapper plus haut. Sollicitez un rendez-vous avec les RH ou la direction générale. C'est leur rôle de corriger le tir. Vous pouvez également trouver un appui du côté des délégués du personnel, ils ont souvent les moyens de vous accompagner.
  • En parallèle et si vous souhaitez rester dans l'entreprise, montrez-le ! C'est le moment de redoubler d'efforts, de vous investir sur de nouveaux projets pour illustrer votre motivation. Les échos de votre dynamisme pourraient faire changer d'avis vos supérieurs ou donner envie à un autre manager de vous faire rejoindre son équipe.
  • Vos efforts n'ont pas débloqué la situation ? Votre dernier recours est de saisir la justice. Commencez par monter votre dossier en consignant les faits précis et contactez un avocat.

Ce que dit la loi

La loi ne donne pas de définition juridique de la mise au placard, la notion reste donc floue. Cependant, le salarié peut s’appuyer sur deux des obligations légales de l’entreprise : l’employeur est dans l’obligation de fournir au salarié le travail prévu au contrat (art. 1194 du Code civil) et de prévenir toute situation de harcèlement moral (art. L. 4121-1 du Code du travail). Deux éléments qui font souvent défaut lors d’une mise au placard et dont le salarié peut se servir.

Peut-on avoir gain de cause ?

Les poursuites en justice sont de plus en plus courantes, la jurisprudence s’étoffe et les témoignages de victimes se multiplient sur Internet. Il existe plus de 250 arrêts de la chambre sociale de la cour de Cassation portant sur des faits de mise au placard volontaires. Cependant, les procédures restent difficiles à mettre en oeuvre. C’est à vous, salarié victime, de prouver votre isolement soudain, un changement de bureau, la suppression de vos responsabilités, etc. Auquel cas, il est possible d’intenter une procédure aux Prud’hommes afin d’obtenir la résiliation de votre contrat.

Quelle solution espérer ?

Pendant la durée de cette procédure, vous êtes tenu de rester dans l’entreprise. Si la justice vous donne gain de cause, vous pouvez quitter l’entreprise dans les conditions habituelles d’un licenciement, et donc une indemnisation. Si ce n’est pas le cas, vous serez débouté et votre contrat de travail se poursuivra normalement.

Vous décidez de quitter l’entreprise : tout ce que vous devez savoir.

Si une discussion à l’amiable n’a pas fait évoluer votre situation et que vous ne souhaitez pas entamer une procédure judiciaire, quelles sont vos solutions ? Vous pouvez négocier votre départ et demander une rupture conventionnelle vous permettant de partir avec des indemnités et un préavis négociés. En apportant les preuves du harcèlement moral dont vous êtes victime, un employeur qui ne souhaite pas faire de vague peut se montrer plus ouvert à la discussion. La démission doit être vue comme un dernier recours. Car vous serez tenu de respecter un préavis et ne toucherez ni indemnisation, ni vos allocations chômage le temps de trouver un nouvel emploi.

*Source : l’Institut du Salarié

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Marlène

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